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L’hospice de Dely Brahim : images pitoyables des victimes de l’ingratitude filiale

APS/H.Rachel.
 

Le centre des personnes âgées de Dely Brahim (Alger) est une structure accueillant des êtres âgés fragiles et affaiblis, abandonnés par leurs familles. Il se définirait à juste titre comme une ultime mise à l’épreuve du regard de la société sur cette frange vulnérable.

Les résidantes de ce foyer sont certes prises en charge par la tutelle qui leur procure les soins nécessaires mais souffrent terriblement d’avoir été privées de la chaleur familiale et abandonnés par leurs propres enfants.

Le personnel du centre tente tant bien que mal d’apporter un peu de réconfort et d’affection à ces oubliés de leurs enfants égocentriques et ingrats "Nos enfants sont ingrats et oublieux, ils nous ont jetés comme on jette...", déplore une des hôtes de l’hospice.

Un employé du centre dit éprouver un sentiment bizarre à chaque fois qu’il franchit le seuil de ce lieu, beaucoup d’amertume et de désolation pour ces vieilles femmes victimes de leur dévouement et de leurs sacrifices pour une progéniture qui, en retour, les a abandonnées.

Il s’est dit tout aussi désolé pour les vieilles qui souffrent d’un handicap et dont les proches se sont débarrassées en les plaçant dans ce foyer.

Une vielle, Fatima, lance les yeux larmoyants "le jour viendra où mon fils (marié à une européenne) qui m’a "jeté" dans ce foyer aura lui aussi le même sort et sera jeté par les siens". Refoulant ses peines et son profond chagrin elle regagne sa chambre à pas comptés pour mieux retrouver son calme.

La directrice du centre Belhi Naima qui n’a ménagé aucun effort pour faciliter la mission du journaliste de l’APS a souligné que ’"la prise en charge de personnes aussi vulnérables demande de la patience".

"Pour certaines, explique-t-elle, la vie devenait insupportable au foyer familial, pour d’autres, le centre était la solution qui devait satisfaire tout le monde, favorisée sans doute par les conditions socio-économiques".

Le centre est certes une modeste demeure mais un lieu sûr pour ces êtres vulnérables devenus particulièrement sensibles dans leur amour-propre à cause de ce coup du sort. Le personnel veille à leur assurer un tant soit peu de bonheur, leur redonner le sourire et la joie de vivre.

"Nos malades sont une partie de nous et nous sommes une partie d’elles, nous sommes désormais leurs familles", dira une des assistantes sociales.

Cependant et en dépit de tous les efforts louables du personnel pour recréer l’ambiance familiale, il reste que celle-ci a ses particularités que l’on ne peut compenser, car comme dira Mme Belhi "nul ne peut combler l’absence de l’autre".

Mme Belhi a par ailleurs précisé au sujet des résidantes que certaines sont "normales", selon le terme qu’elle a employé et d’autres souffrent de handicaps.

"Certaines ont été amenées par leurs enfants qui n’ont plus jamais cherché après elles, étant un obstacle pour eux, d’autres parce que leurs fils ou filles ont changé de classe sociale et donc de vie sociale alors qu’elles-mêmes sont restées attachées à leur authenticité", a-t-elle ajouté.

"D’autres encore sont venues de leur propre gré pour vivre dignement à l’abri du froid, loin de la rue et du regard malveillant des passants". Mme Belhi a indiqué en outre que ses hôtes sont prises en charge par une psychologue et sont examinées régulièrement par un médecin et un spécialiste le cas échéant.

Les personnes âgées interrogées ont accepté de parler mais sous couvert de l’anonymat. L’une lance en éclatant en sanglots "je ne veux pas que mon fils voit mon nom, cela nuirait à sa réputation" ! l’amour maternel oblige !. Rassurée que son nom ne sera pas citée, elle raconte "je suis bien ici et tous les employés sont mes enfants.

Mon fils m’a ramené dans cet endroit il y a quelques années et je ne savais pas qu’il allait m’abandonner à jamais (...) il avait pris une petite valise et m’avait dit qu’il m’emmenait pour une visite et je me suis retrouvée dans ce foyer".

"En fait, a-t-elle dit, j’étais furieuse lorsque mon fils m’a laissée mais quelques jours après je commençais à me sentir sereine. Ma belle-fille ne veut pas de moi chez elle et mon fils n’a pas une forte personnalité.

Je suis une vieille femme, j’ai mes habitudes alimentaires, mes médicaments (...)". "J’ai deux filles mariées, dira une autre, mais elles ne viennent me rendre visite que très peu. Elles m’ont ramené dans ce centre parce que leurs maris me malmenaient".

Une des assistantes du centre intervient "la plupart des locataires ont encore le cœur qui bat très fort pour leurs enfants même si ces derniers le leur rendent mal".

Beaucoup d’histoires, différentes l’une de l’autre, certaines plus émouvantes que d’autres, seront relatées à chaque pavillon du foyer avec pour dénominateur commun une profonde tristesse et un fort sentiment d’ingratitude. Leur message est éloquent "la piété filiale" et elles insistent sur sa portée.


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