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Cheikh Ayad: «J’aurais tué Boumediene, n’était la fetwa de cheikh Soltani»

الشروق أونلاين
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Cheikh Ayad: «J’aurais tué Boumediene, n’était la fetwa de cheikh Soltani»

Cheikh Boudjemâa Ayad nous livre dans cette interview des informations explosives sur les débuts du mouvement islamiste où ses compagnons et lui auraient tenté de mener des pérations armées visant les figures du régime de Boumediene, dont le président actuel Abdelaziz Bouteflika vers la mi-1970, n’était la fetwa du cheikh Abdellatif Soltani interdisant toutes opérations menant à l’effusion de sang.

Cheikh Ayad revient dans cette interview avec beaucoup de détails sur les débuts du mouvement islamiste, où il avait raison et où il avait tort.

Echorouk: Comment et quand avez-vous commencé la prédication ?

C.B.A: J’avais la chance d’être présent dans la mosquée de Katchaoua à l’occasion de la prière du premier vendredi de l’Algérie indépendante où Cheikh Bachir Ibrahimi avait prononcé le prêche. A cette époque, je me suis rendu compte que l’Algérie a recouvert ses valeurs, au même temps que l’Union de la jeunesse affiliée au FLN diffusait au niveau de places publiques de films russes qui parlaient du bolchevisme. J’ai été parmi ceux qui déploraient le coup d’Etat de Boumediène en 1965 contre Ben Bella que le peuple avait porté légitimement au pouvoir. J’ai été parmi ceux qui ont suivi les guerres arabo-israéliennes et la guerre des Six Jours et le putsch de Zebiri contre Boumediène.

Echorouk: Comment avez-vous pu arriver à travailler dans la prédication ?

C.B.A: J’ai retrouvé mes repères dans la mosquée El Atik en 1969. A force de côtoyer les membres du groupe pour la prédication, j’ai renoncé au tabagisme. Au Clos-Salembier (El Madania aujourd’hui), nous faisions amener des gens pour assister et à écouter le prêche hebdomadaire prononcé à la mosquée et lequel appelle à l’union et exhorter les gens à faire la prière. De plus, on s’implique concrètement dans le mariage de jeunes et s’efforçait d’omettre les obstacles auxquelles étaient confrontés les gens en les aidant à les surmonter en se regroupant dans une association sous forme de « Twiza » qu’on a adoptée de manière officielle. C’est là que nous avons commencé à appeler les gens à renoncer au tabac et à l’alcool et avoir de bonnes mœurs.

Echorouk: Comment avez-vous opté à la rupture avec le groupe de la prédication ?

C.B.A: Le pouvoir suivait tous les mouvements des noyaux du groupe à Salembier. En 1973, nous nous étions mis d’accord sur la nécessité de désigner un émir. Nous nous étions rassemblés dans la mosquée Abdelhamid Ibn Badis où de nombreux fidèles avaient proposé un émigré algérien établi en France d’occuper ce poste. Quant à moi, j’ai refusé ce choix sous prétexte que comment un émigré puisse diriger les affaires du mouvement en Algérie. Comme j’ai vu que beaucoup ont insisté sur ce choix, j’ai décidé de me retirer avec tant d’autres. J’avais alors une conviction que tout qui vient de l’extérieur ne constitue qu’une complémentarité à ce qui se fait à l’intérieur.

Echorouk: Vous voulez dire que le pouvoir suit ce que vous faisiez ?

C.B.A: Effectivement ! Je me suis rendu compte en 1986 lors de mon interrogatoire. J’ai su alors que les forces de sécurité ne lâche rien passer sur le travail du mouvement islamique, notamment lorsqu’on m’avoir demandé pourquoi je me suis opposé à la désignation de l’émir résidant en France. Ce qui m’a frappé le plus si lorsqu’ils m’ont demandé si je fais la prière ? Si mes parents le font aussi ? Quels types de livres que je lis ? Quels sont les Cheikhs qui m’ont marqués ? Quelle radio que j’écoute le plus souvent ?…

Echorouk: Comment avez-vous connu cheikh Mahfoud Nahnah ?

C.B.A: Mohamed Kerat s’intéressait beaucoup à enregistrer tout ce qui est prononcé à l’université par un conférencier ou enseignant, tandis que Tahar Zichi travaillait à proximité de la mosquée El Rahma (miséricorde) en compagnie de Mokhtar où ils avait découvert cheikh Nahnah en 1973. Nous écoutions alors les enregistrements avant de se rendre à Plateau pour assister aux cours que donnait cheikh Nahnah. Parallèment, nous avons créée l’Ecole Es-Salam (paix) grâce à la contribution des habitants, particulièrement Moubarak Ben Arab, Abderrahmane Ounane, Saâdi, Guendouzi dit Lekouas. Par la suite, des cheikhs venaient nous rendre visite dans cette école, et c’est là qu’on a décidé d’inviter cheikh Nahnah à Salembier en décembre 1973. Avant lui, les cheikhs Mohamed Bouslimani et Abdelkader El Blidi avaient rejoint l’école depuis deux mois. Lors de la première rencontre avec cheikh Nahnah, on a offert un dîner en son honneur chez Tahar Zichi.

Echorouk: Pourquoi étiez-vous parmi les opposants au régime de Boumediène ?

C.B.A: La cause est claire… la nationalisation des terres, des biens, la révolution agraire et les sorties de l’Union nationale générale des étudiants algériens (Ungea) qui s’attaquaient aux valeurs et tout ce qui a trait à l’Islam et les mesures restrictives imposées aux oulémas. C’étaient les facteurs qui nous ont poussés à s’organiser dans un mouvement et à passer à l’action.

Echorouk: Comment avez-vous opté pour mener des actions de contestation contre le pouvoir ?

C.B.A: C’était le défilé en armes qu’avait organisé l’Algérie à l’occasion des célébrations du déclenchement de la guerre de Libération nationale qui avait donné l’impression d’une Algérie laïque. Dans ce défilé où avaient assisté des présidents, le roi Fayçal, que Dieu ait son âme était alors irrité par cette scène. C’était la période où on a sensiblement ressenti une attaque franche contre l’Islam et où le régime s’est emparé de toutes les organisations, unions,…etc. C’était à partir de cette période que nous avions commencé à réfléchir pour contester et faire changer les choses imposées par le pouvoir.

Echorouk: Comment s’était produite la fusion entre le groupe d’El Madania et celui que dirigeait Nahnah à Blida ?

C.B.A: Cheikh Nahnah me demandait d’un moment à l’autre sur le type d’actions qu’on menait à El Madani et ailleurs. Lorsque je le tenais informé sur ce qu’on faisait, il s’était montré intéressé d’autant plus que le nombre d’étudiants ayant adhéré à notre groupe avait atteint 75 personnes qui payaient leurs cotisations et qu’il existait de formateurs.

Echorouk: Où teniez-vous vos rencontres ?

C.B.A: L’endroit était sous forme d’une cave d’une superficie de 60 m² que nous avions aménagée. A cette époque, Ali Benhadj et certains étudiants nous ont rendu visite. De plus, l’activité se faisait uniquement dans cette cave car elle s’est étendue vers des maisons et des mosquées.

Echorouk: Vous avez dit Ali Benhadj ?

C.B.A: Oui, en 1975 un groupe d’étudiants et Ali Benhadj nous ont rendu visite. Ali Benhadj était encore jeune. Il semblait qu’ils appartenaient à la mosquée de la faculté centrale d’Alger «Jaz’ara».

Echorouk: Avec l’adoption de la Charte de 1976, il y avait eu un problème entre le groupe d’El Madania et celui de Blida avec Boumediene après la coupure des câbles téléphoniques ?

C.B.A: Le régime a connu deux étapes. La 1ère après le coup d’Etat mené en 1965 par Boumediene contre Ben Bella. La seconde était le Conseil de la révolution, alors que tout fut arrêté. Le régime ne s’arrêtait pas à ce niveau car il voulait entrer dans une troisième étape en se débarrassant du régime dictatorial et du parti unique en vue d’instauration d’une crédibilité, dite la crédibilité populaire en révisant la Charte de mars 1976. Cependant, certains partisans de la gauche déclarait à la presse: Quelle est l’utilité de ces mosquées ? Elles doivent être transformées en des centres culturels et des salles de sport et autres. Mais cheikh Ahmed Hamani, que Dieu ait son âme, avait prononcé devant de hauts responsables: «Je crains que l’Algérie importera des personnes pour laver et prier les morts». Il est utile de rappeler que le régime a tenté de distribuer de la bière «Malta» en prétextant qu’elle ne contenait pas d’alcool, mais la société et les oulémas du ministère des Affaires religieuses s’étaient fermement opposés.Nous avions établi cinq principes pour toute action de contestation contre le pouvoir: 1- l’action ne doit pas être contraire à l’Islam 2- pas d’effusion de sang 3- ne pas avoir une tendance dévastatrice 4- ne pas entraver les intérêts des personnes 5- ne pas sortir de son cadre symbolique Il n’y a que cheikh Nahnah et le simple interlocuteur (cheikh Ayadi) qui avons négocié de ses mécanismes et que toute personne autre que nous deux parlant du sabotage des lignes téléphoniques n’est qu’une victime ou aurait proféré des mensonges. A Salembier, nous avons commencé à réfléchir des endroits à cibler.

Echorouk: Vous étiez alors en train de préparer une action armée contre le régime de Boumediene ?

C.B.A: Oui, nous avons désigné les frères du mouvement et moi avec précision à Salembier les endroits et les personnalités à prendre pour cible, en suivant tous les mouvements de hauts responsables de l’État, lesquels nous avions cru que leur disparition évite à la société et à la nation toutes formes d’ignorance et de sous-développement. Mais la fetwa de cheikh Abdellatif Soltani nous a empêché de passer à l’action car elle démontre clairement que cette opération n’était pas en harmonie avec les mécanismes et les principes que nous avions adoptés. Du coup, nous avions opté pour cibler les lignes téléphoniques. Le travail se limitait alors à cheikh Nahnah et moi et que les endroits à cibler étaient tenus secrets jusqu’au moment d’exécution de l’opération.

Echorouk: Vous voulez dire que vous aviez l’intention de tuer des responsables de l’État ?

C.B.A: Effectivement. Nous suivions les déplacements du défunt Houari Boumediene et de son ministre des Affaires étrangères et président actuel Abdelaziz Bouteflika pour les tuer. Il n’y a que cheikh Nahnah et moi qui planifions de les tuer, et ce en réaction an non respect de l’Islam à cette époque. Mais, Dieu merci, nous avions évité à notre peuple et à nous-mêmes des affres de la fitna qui aurait des retombées désastreuses sur la société algérienne.

Echorouk: Comment aviez-vous pu évité cela ?

C.B.A: Après avoir réfléchi sur la méthode et fixer les endroits à viser, il nous était nécessaire de demander l’avis de celui qui avait plus d’expérience et de sagesse. Alors, je suis allé moi-même chez cheikh Abdellatif Soltani à qui j’ai demandé: «Si je tue Boumediene, pourrai-je entrer au Paradis ?». Après avoir réuni toutes ses forces, il m’a répondu: «Si tu le fais, tu resteras éternellement en enfer». Cette réponse m’avait poussé à renoncer à tout acte menant à l’effusion de sang ou à anéantissement des structures de l’État.

Echorouk: Etiez-vous capables de tuer Boumediene ?

C.B.A: Nous avions suivi ses mouvements et ceux de Bouteflika durant plus d’un mois. J’ai repéré même un endroit pour jeter sur son cortège une voiture piégée et de procéder à un attentat kamikaze à l’aide d’explosifs. C’étaient ces idées qui traversent mon esprit qui m’ont poussé à demander l’avis de cheikh Soltani. Celui-ci nous a évité à mon groupe et à moi de nous plonger dans un climat de violence qui a déchiré le pays dans les années 90.

Echorouk: Est-ce que vous vous êtes rendu compte que vous aviez tort ou presque?

C.B.A: J’ai la conscience tranquille, car je donne des enseignements aux générations futures. Oui, nous avons tort d’un côté et avions raison d’un autre pour avoir consulté les oulémas. S’il y avait une consultation des oulémas du côté du pouvoir et du côté de certains islamistes, l’Algérie aurait pu éviter ce bain de sang et le lourd tribut qu’avait payé le pays.Ce qui est regrettable aujourd’hui, c’était la hogra dont ont fait l’objet les oulémas y compris cheikh Abdellatif Soltani, lesquels ont été privés par le régime de leurs droits. S’ils connaissent son poids et sa valeur, personne n’osera le critiquer ou lui faire du mal.

A suivre…

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