Le vibrant plaidoyer de Mustapha Cherif pour un « juste milieu numérique »
Le samedi 9 mai 2026, l’institut IFAG a accueilli la 3ème édition de « Riyada Talks », organisée par INSAG Business School. Invité d’honneur, l’éminent penseur et philosophe Mustapha Cherif a livré une analyse profonde sur l’avenir de l’humanité à l’épreuve de l’intelligence artificielle (IA), mettant en garde contre une « déshumanisation » programmée.
Alors que la révolution numérique bouleverse les fondements de nos sociétés, Mustapha Cherif pose une question cruciale : comment rester humain à l’ère des algorithmes ? S’appuyant sur son dernier ouvrage, Réflexion sur l’humain et l’intelligence artificielle, le philosophe a partagé sa vision d’un monde où la technologie ne doit plus être une fatalité, mais un outil régulé par la raison.
Le risque de « l’esclavage algorithmique »
Pour Mustapha Cherif, l’IA n’est pas qu’une simple avancée technique ; c’est un phénomène qui risque de mettre en cause les soubassements de la civilisation. Il a notamment évoqué la notion de « boîte noire », ce moment où la machine échappe à ses propres concepteurs.
« La machine ne sera jamais humaine, mais l’humain, lui, peut devenir une machine », a-t-il averti. Le danger majeur réside dans la perte de nos sensations et de notre lien social, nous transformant en « simples esclaves des algorithmes et des données massives ». Face à cette menace, le penseur plaide pour une souveraineté informationnelle devenue essentielle.
Pour un « juste milieu numérique »
Comment, concrètement, le citoyen peut-il protéger sa liberté au quotidien ? La réponse de Mustapha Cherif tient en un concept : le « juste milieu numérique ».
Sortir de la marchandisation : Refuser une vision du monde où tout est réduit à l’objet ou au profit.
Réhabiliter les sciences humaines : Pour répondre à la « détresse de la société », il ne suffit pas de former des ingénieurs. Il faut intégrer la philosophie, la sociologie et la biologie pour comprendre la logique qui conduit la raison humaine.
Passer de la théorie à la pratique : À l’image de la civilisation arabe historique, qui a su allier savoir et savoir-faire, l’homme moderne doit trouver un équilibre entre ses valeurs et les outils qu’il crée.
Trois visions du monde en conflit
L’intervention a également mis en lumière une fracture civilisationnelle. Entre une vision occidentale parfois marquée par la séparation entre foi et raison, et une vision confuse où « tout est lié » sans distinction, Mustapha Cherif propose une troisième voie.
Il prône un équilibre inspiré de la civilisation musulmane : une distinction claire entre l’objectivité et la subjectivité, sans jamais opposer les valeurs universelles à la rationalité scientifique.
Conclusion : Un défi de civilisation
En clôture de cette conférence-débat, le message était clair : l’IA ne doit pas être un langage qui nous dicte notre conduite, mais un outil que nous devons apprendre à nommer et à classer (IA discriminative vs IA générative) pour mieux le maîtriser. L’avenir de la civilisation humaine dépendra de notre capacité à passer du pouvoir technologique à la sagesse pratique.