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“Les chaînes d’information continue multiplient les manipulations et les discours racistes pour justifier le carnage à Gaza”

ماجيد صراح
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“Les chaînes d’information continue multiplient les manipulations et les discours racistes pour justifier le carnage à Gaza”
D. R
Dominique Vidal

Dominique Vidal, journaliste et historien spécialisé dans les relations internationales, notamment du Proche-Orient, est l’auteur d’une vingtaine de titres. Depuis 2009, il co-dirige, avec Bertrand Badie, la publication annuelle de l’ouvrage collectif de géopolitique : “L’État du Monde”.

Dans ses réponses aux questions d’Echorouk Online, Dominique Vidal analyse le débat public en France concernant la situation à Gaza depuis le 7 octobre et retrace l’évolution de la position de la France vis-à-vis de la question palestinienne.

Echorouk Online: Comment évaluez-vous le débat en France sur ce qui se passe à Gaza depuis le 7 octobre, en tenant compte  de l’opinion publique, des médias et des positions politiques ?

Dominique Vidal : Tout dépend de quoi vous parlez.

La classe politique est divisée : la droite et l’extrême droite sont plus pro-israéliennes que jamais, tandis que la gauche – de LFI aux Verts et au PC – dénonce la guerre de Benyamin Netanyahou et défend les droits des Palestiniens. Même Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, en fait de même… pour la première fois.

Côté médias, le panorama est aussi divers. Les chaînes d’information continue multiplient les manipulations et les discours racistes pour justifier le carnage à Gaza, que les grandes chaînes publiques et privées ignorent ou sous-estiment. Mais des chaînes comme France TV info, France 24 et RFI s’efforcent d’organiser des débats équilibrés.

Je suis aussi frappé par la qualité – je dirais même le courage – du Monde et de Libération. L’Humanité fait aussi un travail d’information et d’analyse remarquable. Sans oublier Mediapart, le site d’information qui a fait de l’investigation le cœur de son profil.

En quoi la position de la France vis-à-vis de la question palestinienne a-t-elle évolué au fil du temps ?

L’évolution est évidente. Après dix ans d’alignement de la IVe République sur Israël, à qui elle a même permis d’acquérir l’arme nucléaire, l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle marque un premier tournant, confirmé en 1967 : le président de la République sanctionne Tel-Aviv pour avoir déclenché une guerre préventive, décrète un embargo sur les ventes d’armes et rééquilibre la politique proche-orientale de la France.

Ses premiers successeurs, de Georges Pompidou à François Mitterrand en passant par Valéry Giscard d’Estaing, prolongent, chacun à sa façon, cette orientation. Jacques Chirac aussi, mais seulement jusqu’à 2005, où il commence à se réaligner sur Washington et Tel-Aviv. Nicolas Sarkozy et François Hollande vont accentuer cette évolution – le premier réintègre la France dans le commandement militaire unifié de l’OTAN ; le second trinque avec Netanyahou en assurant qu’il aura « toujours un chant d’amour pour Israël et ses dirigeants ».

Que dire d’Emmanuel Macron ? Ses zigzags depuis le 7 octobre symbolisent l’abandon définitif de la « politique arabe » gaulliste qui avait, après la fin de guerre d’Algérie, rendu à la France son influence au Proche et Moyen-Orient.

Quels sont les principaux défis auxquels les journalistes et les chercheurs font face, depuis le 7 octobre en France, lorsqu’ils tentent de présenter une analyse objective de la situation à Gaza et en Palestine en général ?

Là aussi, tout dépend des médias. Dans ceux qui relaient la propagande d’Israël, le travail des journalistes honnêtes devient très difficile. Dans d’autres, plus « objectifs », le principal obstacle au travail des journalistes et des chercheurs est moins la censure que l’autocensure : la crainte de susciter de vives réactions parmi les lecteurs/auditeurs/téléspectateurs et, en conséquence, de la direction de la rédaction pèse lourd. C’est évidemment dans la presse engagée que les journalistes sont les plus libres d’assurer une couverture honnête des événements.

Quelles pourraient en être les conséquences d’une telle situation sur la compréhension des Français du conflit ?

Les sondages permettent – plus ou moins – d’évaluer les sentiments des Français. Ce qui frappe, dans celui publié deux mois après l’attaque du Hamas, c’est le recul de la sympathie vis-à-vis d’Israël : 28 %, soit – 10 points par rapport à l’enquête de la fin octobre. Cette tendance ne m’a pas surpris : l’opinion a une image de plus en plus négative de l’État juif – le premier décrochage a commencé avec les massacres de Sabra et Chatila, puis s’est amplifié avec les deux Intifadas et a fortiori les guerres successives contre la bande de Gaza. Néanmoins, la faible sympathie pour Israël reste très supérieure à celle qu’expriment les sondés envers l’Autorité palestinienne 10% et le Hamas 3%.

Autre indice, le président Macron et son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, n’ont pas réussi à interdire les manifestations de solidarité avec les Gazaouis. Désavoués par le Conseil d’État, ils ont dû autoriser la plupart des défilés. Les foules mobilisées ont toutefois été bien moins massive qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis. L’interdiction initiale des manifestations a dissuadé bien des personnes de manifester. Mais la principale dissuasion, ce sont surtout les violences policières qui se multiplient depuis l’élection d’Emmanuel Macron et la nomination de Gérald Darmanin.

A votre avis, comment ce soutien des politiques français au gouvernement Netanyahou et l’invisibilisation des souffrances des Palestiniens pourraient-elles influencer les relations de la France avec le monde arabe ?

De toute évidence, l’abandon progressif, mais accéléré, de la politique dite « arabe » de la France a considérablement dégradé son image dans le Maghreb et le Machrek. Mais certains d’États arabes seraient mal placés pour lui faire ce reproche : eux-mêmes n’ont-ils pas trahi la cause palestinienne en signant avec Israël les accords d’Abraham ? Il me semble d’ailleurs qu’un des objectifs de l’opération du Hamas, le 7 octobre, était de donner un coup d’arrêt à ce processus, et notamment d’empêcher l’Arabie saoudite d’en faire autant.

Propos recueillis par Madjid Serrah

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