Maouche: «Je suis contre la politique de Raouraoua»
L’ex-sélectionneur national, Mohamed Maouche a révélé dans cette interview les raisons qui l’ont poussé à démissionner à quelques mois du Mondial-1982, qu’il vouait une haine à Makhloufi et Khalef et affirmait son opposition à la politique de Raouraoua.
A quelques mois du Mondial-2014, pouvez-vous revenir des années en arrière pour nous relater comment vous avez-pu qualifier les Verts au Mondial-82 en Espagne?
La qualification en Coupe du monde 1982 n’était pas venue comme ça, c’était plutôt un fruit d’un travail de longue haleine, en programmant des stages chaque semaine en présence de tous les joueurs évoluant au championnat national. Je me souviens qu’on programmait avant les éliminatoires trois séances d’entraînement par jour, et pour éviter aux joueurs de s’ennuyer on changeait le camp de stage entre Annaba, Oran, Constantine et Alger. Nous avions de grands joueurs doués. Je dois dire que ce n’étaient pas Rougov, ni Saâdane ni moi-même qui avons formé Madjer, Beloumi et Assad, mais nous n’avons leur apporté ce qu’ils ont besoin pour atteindre le plus haut niveau. Actuellement, on ne peut en aucun cas appliquer ce programme avec les dates arrêtées par la FIFA.
Si nous avions eu des joueurs locaux en sélection, nous aurions pu appliquer ce programme… cette politique a été appliquée en Égypte qui lui a permis de remporter trois trophées consécutifs?
Effectivement! La sélection égyptienne nous a imités quelque peu. En vérité, nous devons reconnaître que les Égyptiens ont effectué un grand travail sous la houlette de Hassen Shehata qui savait très bien ce qu’il le faisait. Récemment, j’ai suivi un match comptant les éliminatoires du Mondial-2014 entre l’Égypte et le Gabon. Franchement, en tant qu’Algérien et Arabe je veux voir la Tunisie et l’Égypte en Coupe du monde, car elles méritaient de se qualifier.
En phase finale du Mondial-1982, on vous a écartés et faisant appel aux services de Mahieddine Khalef et Rachid Makhloufi. Que s’est-il passé au juste?
Celui qui a vu les matches qu’a livrés la sélection nationale au Mondial-1982 se rendrait compte qu’il y avait eu un grand travail qu’il avait été effectué pendant des années et non dans un peu de temps. Rougov, Saâdane et moi avons formé l’équipe de 1982, que l’on veuille ou non… je ne voulais pas remuer l’histoire. Toutefois, je vous fais savoir que les autorités du pays et certains responsables de l’époque ne voulait pas qu’on aille au Mondial avec un entraîneur étranger. D’ailleurs, on m’avait demandé d’écarter Rougov de mon staff, chose que je n’avais pas acceptée. En effet, on avait très bon staff et on s’entendait très bien. Il faut le dire, Rougov était un crack, doué et il avait des idées et travaillé mieux que Saâdane et moi. Ensuite, j’ai demandé au ministre de la Jeunesse et des Sports de l’époque, Abdennour Bekka d’effectuer le voyage en Espagne en compagnie du même staff. J’avais proposé Saâdane comme sélectionneur et Rougov comme manager, mais les responsables ont refusé que je leur aie proposé.
Vous, vous avez parlé des exploits de l’équipe nationale, mais le sélectionneur actuel a vivement critiqué l’histoire du football algérien, en allant jusqu’à laisser entendre que les Verts n’on jamais eu un excellent attaquant?
Il a tort… Pour le corriger, je dois dire que tout le monde avait peur de la sélection algérienne des années 80. Que Halilhodzic sache qu’un entraîneur français connu m’a dit personnellement qu’il ne voulait pas jouer l’Algérie en Coupe du monde… notre façon de jeu et nos joueurs le fascinaient. N’est-ce pas là une reconnaissance de notre force?
Etes-vous en faveur du maintien de Halilhodzic à la tête du staff technique?
Le problème n’est pas dans le maintien ou le départ de Halilhodzic. Le vrai problème est comment se qualifier au second tour? En vérité, nous n’avons pas des joueurs de haut niveau et n’avons aucun joueur jouant régulièrement dans un grand club. Je pense que Nabil Bentaleb est capable d’apporter un plus à la sélection au Mondial, car nous avons tant besoin de joueurs doués comme lui.
Vous êtes donc pour la politique adoptée par la FAF en comptant sur des joueurs binationaux?
Non, non… je suis contre cette politique. Tenez-vous bien qu’on ait des joueurs locaux plus doués sur le plan technique que les professionnels, mais malheureusement il n’y a pas un travail de base dans notre pays. D’ailleurs, nous n’avons que peu de techniciens et d’entraîneurs et la majorité d’entre eux travaillent en Ligue 1 et obéissent à leurs présidents qui ne connaissent rien du football. J’ai été au Sahara récemment, et j’ai vu de gamins ne dépassant l’âge de 10 ans très doués, mais il n’y a personne pour les prendre en charge. Ils ont besoin d’encadrement pour développer leurs capacités. Les présidents des clubs qui se disent professionnels préfèrent plutôt dépenser des milliards sur des joueurs qui ne sont pas faits pour le foot au détriment de jeunes passionnés du foot et très doués…Quant à Bentaleb, je l’ai proposé comme une solution urgente car il ne reste pas beaucoup de temps avant le coup d’envoi du Mondial. En réalité, cette politique n’a pas donné de résultats probants d’où il fallait promouvoir la formation…Il est regrettable que nous soyons dans la mauvaise voie et il nous faut au moins 10 ans pour espérer atteindre le professionnalisme.