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Entretien avec Rafik Temghari, président du Cercle de l’émir Abdelkader :

Quel rôle pour la communauté algérienne en France aujourd’hui ?

ماجيد صراح
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Quel rôle pour la communauté algérienne en France aujourd’hui ?
D. R
Rafik Temghari

La communauté algérienne en France est la plus nombreuse parmi les diasporas étrangères. Pourtant, son influence demeure limitée sur la scène politique et médiatique, alors même que les campagnes de l’extrême droite se multiplient à son encontre, notamment dans le contexte de la crise actuelle entre Alger et Paris, qui a placé la diaspora algérienne au cœur des débats politiques et médiatiques en France.

Cette situation souligne la nécessité d’un meilleur encadrement et de l’émergence de voix capables de défendre ses intérêts. Dans ce contexte, plusieurs initiatives ont vu le jour récemment, portées par des Algériens vivant en France et des Franco-Algériens. Parmi elles figure le Cercle de l’émir Abdelkader, qui réunit des membres de l’élite franco-algérienne en France.

Cette association qui porte le nom du fondateur de l’État algérien moderne ambitionne de «construire des ponts de paix entre les deux rives de la Méditerranée».

Adjoint au maire de Rueil-Malmaison, en région parisienne, et président du Cercle de l’émir Abdelkader, Rafik Temghari revient, dans cet entretien accordé à Echorouk, sur les défis de la diaspora algérienne et les moyens de la transformer en un acteur influent de la vie publique française.

Echoroukonline.com : À votre avis, pourquoi la communauté algérienne en France, bien qu’étant la plus nombreuse, reste-t-elle en retrait sur le plan de l’influence ?

Rafik Temghari : La communauté algérienne en France, bien qu’elle soit la plus nombreuse, (on parle de la première communauté étrangère hors union européenne) demeure limitée dans son influence pour plusieurs raisons.

D’abord, il y a un facteur historique et politique : les relations entre la France et l’Algérie ont longtemps été marquées par le poids du passé colonial, ce qui a contribué à maintenir une forme de méfiance mutuelle, de la suspicion et parfois une stigmatisation. Cela a freiné l’émergence d’une représentation politique forte et assumée.

Ensuite, il existe une fragmentation interne. La communauté algérienne en France est diverse : par génération (anciens immigrés, deuxième, troisième génération), par trajectoires sociales, par sensibilités politiques ou culturelles. Cette diversité, qui est une richesse, rend parfois difficile l’élaboration d’une voix commune.

Il faut également souligner le manque de relais au sein des institutions politiques françaises. Contrairement à d’autres diasporas (italienne, portugaise, arménienne, juive…), les Franco-Algériens n’ont pas su ou pas pu structurer un véritable lobby d’influence, que ce soit au niveau parlementaire, économique ou culturel.

Enfin, il y a un problème de transmission et de confiance : beaucoup de jeunes Franco-Algériens, bien qu’intégrés et talentueux, se sentent peu représentés et parfois exclus du débat public. Cela crée un sentiment de distance vis-à-vis de la politique, et donc une sous-représentation.

Comment dépasser cette situation et encourager l’élite franco-algérienne à jouer pleinement son rôle ?

La crise actuelle entre Alger et Paris met la communauté algérienne au centre des débats, mais souvent sans qu’elle puisse réellement s’exprimer par elle-même. Pour dépasser cette situation, il faut agir sur plusieurs niveaux.

D’abord, il est essentiel de favoriser l’émergence de porte-voix légitimes. Cela passe par la valorisation de figures issues du monde académique, culturel, économique ou politique, capables de défendre les intérêts de la communauté avec crédibilité et indépendance. Trop souvent, les voix mises en avant sont soit stigmatisées, soit instrumentalisées.

Il faut aussi structurer un réseau d’influence. Les élites franco-algériennes existent, mais elles travaillent souvent de façon isolée. Créer des espaces de concertation, des think tanks, des associations de réflexion, permettrait de transformer cette force individuelle en force collective.

Un autre point crucial est l’investissement dans la jeunesse. Les nouvelles générations sont éduquées, créatives, et parfaitement à l’aise dans les deux cultures. Si elles trouvent des mentors et des espaces de reconnaissance, elles peuvent devenir les porte-drapeaux d’un discours apaisé et constructif.

Il revient aussi aux institutions françaises et algériennes de donner une place réelle à cette élite. Tant que la communauté est perçue uniquement sous l’angle sécuritaire, identitaire ou conflictuel, ses représentants resteront marginalisés. Or, l’apport des Franco-Algériens peut être un véritable levier de rapprochement entre les deux pays.

Ces dernières années, plusieurs initiatives comme le Cercle de l’émir Abdelkader ont vu le jour. Quel regard portez-vous sur ces expériences et quels obstacles doivent-elles surmonter ?

Ces initiatives, comme le Cercle de l’Émir Abdelkader, jouent un rôle essentiel car elles s’inscrivent dans une démarche positive, culturelle et mémorielle, loin des discours de confrontation ou de repli. Elles permettent de rappeler des figures historiques universelles, comme l’Émir Abdelkader, qui incarnent à la fois la résistance, le dialogue interreligieux et la paix. Cela contribue à donner une image plus juste et plus noble de la communauté franco-algérienne.

Cependant, ces initiatives se heurtent à plusieurs obstacles. Le premier est le manque de soutien institutionnel et financier : elles reposent souvent sur l’engagement bénévole de quelques personnes motivées, ce qui limite leur rayonnement. Le deuxième est la faible visibilité médiatique : les grandes causes positives trouvent rarement un écho dans l’espace public, dominé par les polémiques identitaires. Enfin, il y a un défi de mobilisation : beaucoup de Franco-Algériens partagent ces valeurs, mais ils hésitent à s’engager ou à s’afficher, par crainte d’être stigmatisés ou récupérés.

Ces initiatives sont prometteuses et nécessaires, mais elles gagneraient en efficacité si elles étaient mieux structurées, davantage soutenues et mises en réseau. Elles représentent une voie crédible pour transformer l’héritage historique en levier de rapprochement et de rayonnement.

Concrètement, que peut faire l’Algérie pour accompagner sa diaspora et soutenir les associations qui l’animent en France ?

L’Algérie pourrait jouer un rôle beaucoup plus actif dans le soutien à sa communauté en France. D’abord, en renforçant le lien institutionnel : créer des structures de proximité au niveau des consulats pour accompagner les associations, les aider à se structurer et à accéder à des financements transparents.

Ensuite, il serait utile de valoriser les talents de la diaspora. Beaucoup de Franco-Algériens brillent dans les domaines académiques, économique, culturel ou scientifique, mais ils ne sont pas suffisamment intégrés aux stratégies de coopération entre les deux pays. L’Algérie pourrait mettre en place des programmes pour les associer directement à son développement, comme le font d’autres États avec leur diaspora.

Un troisième axe serait l’appui à des initiatives culturelles et éducatives : soutenir les associations qui promeuvent l’histoire commune, la langue arabe, le tamazight et la culture algérienne, afin de renforcer la transmission entre générations et de lutter contre la perte de repères.

Enfin, il est essentiel que l’Algérie développe un discours inclusif et moderne vis-à-vis de sa diaspora. Il faut la considérer comme un véritable partenaire stratégique, capable de bâtir des ponts entre les deux rives.

Propos recueillis par Madjid Serrah

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