Emeutes antimusulmanes en Inde: une ex-ministre jugée coupable de meurtre
La justice indienne a reconnu mercredi coupable de meurtre une ancienne ministre du gouvernement de l’Etat du Gujarat (ouest) pour son implication dans des émeutes antimusulmanes en 2002, les plus graves depuis la Partition de 1947 et qui avaient fait au moins 2.000 morts.
Maya Kodnani, ex-ministre chargée de l’Enfance et du Développement humain au sein du gouvernement dirigé par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), a été jugée coupable de la mort de 97 musulmans dans le quartier Naroda Patiya d’Ahmedabad, la capitale du Gujarat.
Voici dix ans, des affrontements avaient fait au moins 2.000 morts, principalement des musulmans pourchassés, brûlés vifs ou abattus. Les émeutes s’étaient déclenchées après que 59 pèlerins hindous eurent péri brûlés dans l’incendie d’un train en février 2002.
Soixante-et-une personnes étaient poursuivies pour meurtre, complot et coups et blessures avec armes. Trente-deux d’entre elles, dont Mme Kodnani, ont été reconnues coupables, a indiqué à l’AFP l’avocat de la défense, Shamshad Pathan.
“Plus de 90 personnes ont perdu la vie, en majorité des femmes et des enfants. Tous étaient sans défense”, a dénoncé le procureur général, Akhil Desai, précisant qu’il réclamerait la peine de mort vendredi, jour où les peines doivent être rendues.
“Si certains des accusés réussissent à échapper à la peine de mort, je demanderai la prison à vie”, a-t-il ajouté devant la presse.
A l’énoncé du verdict, Mme Kodnani, qui avait quitté le gouvernement au moment de son arrestation en 2009, a éclaté en sanglots.
Un responsable d’un groupe extrémiste hindou, Babu Bajrangi, qui raconta en 2007 à un magazine comment il avait brûlé des familles entières, figure aussi parmi les coupables.
Une enquête du gouvernement du Gujarat, dirigé par le nationaliste Narendra Modi, avait conclu à un incendie volontaire du train mais une enquête fédérale a ensuite conclu à un accident.
M. Modi a été accusé d’avoir fermé les yeux sur le déchaînement de violences antimusulmanes, ce qu’il continue de démentir. Il est toutefois interdit d’entrée aux Etats-Unis en raison des émeutes.
En dépit de l’enquête fédérale de 2005, un tribunal du Gujarat a reconnu l’an dernier 31 musulmans coupables de meurtre et complot pour l’incendie du train.
La proximité de Maya Kodnani avec Narendra Modi risque d’être un embarras pour cet homme politique qui ne cache pas ses ambitions de premier ministrable.
Le verdict de mercredi clôt une procédure ayant vu défiler 327 témoins à la barre. Plus de 100 autres personnes ont été jugées coupables du meurtre de musulmans au cours de différents procès depuis 2002.