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Le frère de Bouyali: “Bouyali n’avait tiré qu’une seule balle”

الشروق أونلاين
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Le frère de Bouyali: “Bouyali n’avait tiré qu’une seule balle”

Le frère de Mustapha Bouyali continue de nous révéler des vérités sur la mort de son frère après six ans de fuite et les supplications interminables à le convaincre à renoncer aux armes.

Echorouk: Vous aviez dit que son niveau d’instruction est bas, pourquoi n’avait-il pas alors consultés des oulémas et des prêcheurs avant de prendre les armes ?

S.B: Mustapha est monté au djebel car il était poursuivi par les services de sécurité. Comme il n’avait pas trouvé une issue, il n’avait trouvé d’autres que ceux qui se rendaient à la mosquée de El Achour, à savoir les amis de Mahmoudi El Hadi. C’est là que commençait la réflexion de trouver de solution, où Mustapha bien qu’il soit armé avait pris des contacts avec des oulémas et des prédicateurs. Les efforts consentis avaient été couronnés lorsque les moudjahidine avaient réussi à le convaincre de rentrer du maquis.

Echorouk: Que s’est-il passé lorsqu’il est revenu du bureau de Lakhdiri à la mosquée de El Achour ?

S.B: Après son retour, Mustapha avait été accusé de trahison par le groupe, dont El Hadi Doudi qui n’avait pas jamais pris les armes. Un jour, je l’ai rencontré et lui ai dit: « Si la situation nécessite de prendre les armes pourquoi ne vous le feriez pas vous même ? ». « Vous n’avez pas le droit de parler de cela, vous êtes lâche », m’avait-il lancé, lui qui n’avait pas à ce moment de domicile.

Deux mois plus tard, Mustapha reprenait ses cours qu’il donnait à la mosquée. Au bout d’une courte période, son domicile avait été attaqué en pleine nuit pas des véhicules remplis d’une trentaine de personnes armées. Les verres des fenêtres de sa maison avaient été brisés mais il avait réussi à prendre la fuite.

Echorouk: Pourquoi cette attaque ?

S.B: La raison principale c’étaient bel et bien les cours qu’il donnait, notamment après avoir appelé à une marche pacifique revendiquant l’application de la Charia en réponse au discours prononcé par Chadli Bendjedid. Par conséquent, il s’est enfuit définitivement sans retour au point où personne ne pouvait le convaincre à renoncer à son engagement y compris ses compagnons de la guerre de Libération.

Echorouk: Avait-il été plus expressif en incitant au « Jihad » ?

S.SB: Il circulait discrètement dans les rues et les localités de la capitale et il avait incité les islamistes à s’unir, à organiser de manifestations et à intensifier la prédication.

Cela s’était passé avant qu’on ne soit attaqués en 1983, où notre frère Mokhtar avait été tué tandis que

Echorouk: Combien de personnes parmi vous avaient été incarcérées ?

S.B: Tous ses frères, Mohamed, Mahmoud, Sid Ahmed et ses neveux Djamel, Mustapha Kezadri et ses beaux frères Mohamed et SidAli Hidoussi et autres. Son domicile, avait été quant à lui sous surveillance des forces de sécurité.

Quarante (40) personnes au total de la famille avaient été détenues à Barouaguiya, avant que certains d’entre nous ne soient transférés dans une autre prison. Deux ans et demi plus tard, soit en 1985, la majorité avait bénéficié d’acquittement, tandis que nous avions passé 9 mois en prison, dont aucune visite n’a été autorisée. Par la suite, notre famille avait recouru deux avocats pour nous défendre.

Echorouk: Quelles étaient les reproches retenues contre vous, et comment aviez-vous été jugé ?

S.D: J’ai été condamné à 5 ans de prison, lorsque j’étais en compagnie de Mustapha dans une opération qui s’était produite devant un barrage dressé par les gendarmes à Ben Aknoun.

Aux premiers jours de son escapade, je le raccompagnais personnellement de crainte qu’il n’y ait d’affrontement ou d’accrochage entre lui les services de sécurité. Un jour, sur le chemin de retour de Notre Dame d’Afrique vers 23 heures, un barrage de gendarmes avait été dressé à Ben Aknoun. Les agents nous ont fait arrêté et nous demandé les papiers du véhicule. Le chauffeur leur avait répondu que nous étions des collègues, mais le gendarme avait insisté et demandé d’ouvrir le coffre arrière du véhicule. Mustapha s’apprêtait alors à descendre de la voiture, mais un gendarme qui aurait vu peut être de loin son arme avait tiré une balle. Mustapha avait riposté de son côté en sautant du véhicule. Mais, je peux vous assurer que c’était la première et la dernière fois qu’il tirait une balle en direction d’une personne.

Nous étions restés avec les gendarmes. Soudain ces derniers s’étaient mis à crier sans quand leur demande « Nous sommes des pères de famille. Il n’y a de Dieu qu’Allah et Mohammed est Son messager ». En quittant l’endroit de quelques mètres, les gendarmes avaient ouvert le feu. Nous avions laissé le véhicule et traversé des terrains agricoles à pied en direction de Draria où nous avions passé la nuit chez quelqu’un qu’on connaissait.

Au bout d’un quart d’heure la capitale avait été entièrement assiégée et des barrages étaient dressés partout.

Nous avions été surpris par le nombre d’agents mobilisés et les fouilles régulières dont ont fait l’objet nos domiciles.

En raison d’une balle tirée par Mustapha, tout semblait être troublé. Aujourd’hui, la tuerie, le vol et les agressions dans les rues mais personne ne daigne rendre justice au citoyen.

Echorouk: Comment aviez-vous été arrêté ?

S.B: Ma femme était tombée malade et son père l’avait emmenée chez lui. Lorsque j’ai appris qu’elle était malade je suis allé m’enquérir sur sa santé. Les services de sécurité fouillaient quotidiennement mon domicile et cherchaient après moi. Mon frère Mokhtar avant qu’il ne trouvait la mort leur avait indiqué que je me trouvais alors chez mon beau-père car ma femme était malade pour qu’ils sachent que je n’avais pas pris les armes avec mon frère Mustapha. A minuit, des agents de sûreté avaient fait irruption dans le domicile de mon beau-père et m’ont arrêté. Ils m’avaient conduit directement vers Bab Djedid puis vers la prison de Berouaguiya.

Echorouk: Quant à votre frère Mustapha, comment avait-il été tué ?

S.B: Mon frère Mokhtar qui travaillait dans une entreprise à Bab El Oued s’était mis d’accord avec les éléments de la GN qui lui ont demandé de coopérer avec eux afin de parvenir à convaincre Mustapha de quitter les maquis. Mokhtar s’était engagé avec eux et s’était même disposé à eux en acceptant de sortir du domicile qu’après avoir reçu leur ordre. Certes, que nous tenions tous à notre religion et prêts au Jihad en faveur du pays mais pas au point où il y ait une violence entre des uns des autres.

Echorouk: Je comprends que les membres de votre famille s’opposaient à la violence de Mustapha ?

S.B: Mustapha avait un grand poids et de grandes qualités au sein de la famille d’où il nous était difficile de lui dire que « nous sommes contre toi ». C’est pourquoi nous avions tenté de lui parler avec douceur. Un jour nous avions réussi discrètement à organiser une rencontre entre lui et des officiers de la Gendarmerie nationale, qui étaient en charge du dossier et en coordination avec Cheloufi. Croyez moi, cette rencontre tenue entre Mustapha et ces officiers avait duré 2 heures, et que c’était que Mustapha qui parlait et personne d’entre eux n’avait prononcé un mot devant lui…Hormis un d’entre eux qui lui avait posé une question: où étiez-vous à l’époque de Boumediène ?

Mustapha lui avait répondu qu’en raison du discours qu’il avait prononcé à Cheraga, il avait été limogé de la fédération des moudjahidine et que son discours était enregistré. Ils lui ont textuellement dit: « On vous le jure qu’on l’a écouté. Si on ne l’avait pas écouté, on n’aurait pas réuni avec vous aujourd’hui ». Cependant, les choses ne s’étaient pas passées comme nous l’avion souhaité.

Ils avaient discuté avec nous un par un. Le général Chenoufi était le responsable du dossier.

En vérité, lorsque Mokhtar s’était mis d’accord de coopérer avec les services de la GN, des agents de la sûreté lui avaient demandé le lendemain de les accompagner. Il avait refusé en se justifiant que la GN l’ordonnait de sortir du domicile qu’après avoir reçu leur ordre. Mais, les agents de sûreté avaient rejeté ses prétextes. Après un temps, il avait accepté de la accompagner mais à condition de se rendre chez la brigade de Gendarmerie la plus proche pour les préaviser. Monté dans leur voiture et au bout de quelques mètres seulement un d’entre eux était descendu et lui avait tiré dessus.

Echorouk: Comment saviez-vous que c’étaient des agents de sûreté qui l’avaient emmené avec eux ?

S.B: Son enfant était avec lui à bord de la voiture. Lorsqu’ils avaient tué son père, ils l’ont présenté à Bouzaréah où ils l’ont interrogé.

Echorouk: Aviez-vous alors demandé d’enquêter sur la mort de votre frère Mokhtar ?

S.B: Effectivement, nous avions demandé d’ouvrir une enquête mais aucune suite n’a été donnée. Mokhtar est notre frère aîné. Il était moudjahid et n’avaient pris les armes que contre l’occupation française.

Echorouk: Ne voudriez-vous pas lancer un appel aux autorités ?

S.B: Je lance un appel au nom de toute la famille Bouyali au président Bouteflika, cet homme respectueux d’ordonner l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur la mort de mon frère Mokhtar afin de le réhabiliter et réhabiliter toute la famille du préjudice qu’elle avait subi.

Echorouk: Votre frère Mustapha, avait-il tué des éléments de sûreté et de la Gendarmerie ?

S.B: Non. D’ailleurs il ne ripostait pas même dans des accrochages avec les gendarmes et les éléments de sûreté.

Une fois, il avait arrêté certains gendarmes mais il ne les avait pas fait du mal. Il avait déchargé leurs armes avant de leur les rendre. Mustapha, en vérité, n’avait fait du mal à personne. Comme je vous l’ai dit auparavant, la seule balle qu’il avait tirée c’était juste pour se défendre.

Echorouk: Quelles étaient les reproches retenus contre les membres de votre famille incarcérés dans la prison ?

S.B: J’ai été présent lors de l’incident survenu dans un barrage dressé à Ben Aknoun mais je n’étais pas armé. Mes autres frères étaient accusés de regroupement et d’incitation des citoyens à se révolter contre le pouvoir et la possession d’arme de guerre.

Echorouk: Voudriez-vous dire que Mustapha n’avait jamais fait du mal à personne durant les 6 ans de fuite ?

S.B: Le but du commandement de la Gendarmerie nationale était de voir Mustapha se rendre. Lui, il avait refusé la façon dont son domicile avait été attaqué. Il s’opposait à l’utilisation des armes et à cibler des commissariats de police et cherchait à éviter des affrontements avec des agents de la force publique. Pour preuve, ces derniers le qualifiaient d’un « véritable homme » car il ne visait jamais des personnes.

Echorouk: Pendant toutes ces longues années, Mustapha prenait-il des contacts avec sa famille ?

S.B: Il était tout le temps en contact avec sa famille et rentrait souvent chez lui, comme il le faisait à l’époque coloniale. D’ailleurs, mon père, que Dieu ait son âme, le repoussait chaque fois qu’il rentrait de crainte qu’il ne soit tué par l’armée française. Dans les années 80, même sentiment que ressentait la famille chaque fois qu’il rentrait. Mustapha avait un sang froid et ne craignait que le Bon Dieu.

Echorouk: Combien de temps avait-il passé dans les maquis ?

S.B: La première fois, il a passé 17 jours en sortant de chez lui le 4 octobre 1981.

La seconde fois s’étendait de 28 avril 1982 au 4 janvier 1987, date à laquelle il avait été tué.

Echorouk: Qui l’aidait pendant toutes ces années ?

S.B: Pendant toute cette période, Mustapha n’avait jamais ni tué ni blessé personne. Pendant la période où nous étions incarcérés, Mustapha se rendait à la maison.

Mais Doudi El Hadi qui est aujourd’hui imam en France avait poussé Mustapha à prendre les armes avait bénéficié de toutes les facilitations pour aller s’installer en France.

D’ailleurs, il avait été irrité et nous avait même qualifiés de traîtres lorsque nous avions demandé de Mustapha de déposer les armes.

Echorouk: Pourquoi selon vous l’Etat l’avait traité de cette manière ?

S.B: Pour le récompenser car -comme je vous le dis- il était derrière tout ce qui s’était passé. La trahison réside dans le fait que c’était lui-même qui avait incité Mustapha à prendre les armes avant de le trahir.

Echorouk: Saviez-vous s’il est rentré au pays depuis son départ en France ?

S.B: Il n’a pas visité le pays depuis 20 ans, mais il est rentré récemment pour assister aux obsèques de l’un de ses proches. Il avait été arrêté à l’aéroport car il était recherché mais vite relâché après avoir une médiation.

Echorouk: À l’exception de sa famille, Mustapha avait-il contacté des personnalités du mouvement islamique ?

S.B: J’ai appris qu’il avait contacté le défunt Cheikh Nahnah. Celui-ci était contre ce qu’avait fait Mustapha mais ne lui avait pas dit « Non ». D’ailleurs, ils avaient eu un autre rendez-vous mais Nahnah ne s’était pas déplacé.

Echorouk: Etes vous sûr de ce que vous dites, car ce que vous venez de révéler est dangereux ?

S.B: Certes que Nahnah était contre la violence, mais lorsque Mustapha lui avait raconté ce qu’il avait subi, il avait fustigé le système.

A suivre…

Correctif:

Celui qui incitait Mustapha à prendre était plutôt Doudi Mohamed El Hadi et non Hamoudi El Hadi.

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