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Pourquoi l’Afrique veut-elle corriger la carte du monde ?

ماجيد صراح
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Pourquoi l’Afrique veut-elle corriger la carte du monde ?
wikimedia
Planisphère du monde selon la projection de Mercator

Cela peut paraître étrange, mais c’est une réalité. La carte du monde que nous utilisons aujourd’hui, connue sous le nom de « Mercator », et employée depuis des siècles et se trouve partout : sur les murs des salles de classe, dans les manuels scolaires, les reportages d’actualité, les logos d’entreprises et sur les plateformes numériques… Pourtant, elle n’est pas exacte, car elle déforme considérablement la taille des pays du Sud.

C’est ce qu’explique à Echoroukonline.com la responsable des communications de l’organisation « Africa No Filter », Lerato Mogoatlhe : « La carte de Mercator est inexacte. Elle réduit la véritable taille de l’Afrique tout en agrandissant l’Europe et l’Amérique du Nord. Cette distorsion n’a pas été remise en question depuis plus de 450 ans, en faisant la plus ancienne campagne de désinformation et de mésinformation au monde. Cela doit cesser. Restaurer la véritable échelle de l’Afrique est essentiel pour transformer la manière dont le monde voit le continent et dont le continent se voit lui-même.»

En avril dernier, cette organisation a lancé, en partenariat avec « Speak Up Africa », une campagne visant à corriger la représentation de l’Afrique sur les cartes, en abandonnant la projection Mercator au profit de la projection « Equal Earth » de 2018, considérée comme plus fidèle aux dimensions réelles des continents. L’Union africaine a annoncé son soutien à cette initiative en août dernier.

La vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, Salma Malika Haddadi, souligne que « la carte peut sembler n’être qu’un simple outil, mais en réalité ce n’est pas le cas », rappelant que la projection de Mercator a entretenu l’idée d’une Afrique « marginale », alors qu’elle est la deuxième plus grande des continents par sa superficie et abrite plus d’un milliard d’habitants répartis dans les 55 États membres de l’Union africaine. 

Elle ajoute : « Reconnaître que la représentation visuelle n’est pas neutre, mais qu’elle véhicule des récits de pouvoir, constitue un moment charnière dans la quête de l’Afrique pour retrouver sa place dans l’ordre international. »

La projection Mercator est l’une des formes de projection cylindrique utilisées pour dessiner des cartes, mise au point en 1569 par le géographe et cartographe flamand Gerardus Mercator. Elle avait été conçue à l’époque pour la navigation maritime, et elle a facilité l’exploration coloniale, au moment où les Européens commençaient la colonisation des Amériques et la première expansion coloniale française.

Lire aussi – Amzat Boukari-Yabara, historien : La fin de la Françafrique, ce n’est pas pour aujourd’hui

Lerato Mogoatlhe précise : «Le colonialisme n’a pas seulement extrait des ressources. Il a aussi façonné les perceptions. Il a ancré des stéréotypes sur l’Afrique à travers de nombreux outils, y compris les cartes. Et les cartes sont une forme puissante de récit. »

Les effets de cette distorsion apparaissent clairement dans les pays situés au sud de l’équateur, en particulier en Afrique. Par exemple, alors que la carte suggère que le Groenland est plus grand que l’Afrique, la réalité est que le continent africain est quatorze fois plus vaste, et que le Groenland est même légèrement plus petit que l’Algérie.

Il serait même possible, par exemple, de placer les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, le Mexique et une grande partie de l’Europe à l’intérieur de l’Afrique, tout en laissant encore une vaste zone inoccupée.

Cette réduction de la taille des pays du Sud, notamment de l’Afrique, et l’exagération de la taille d’autres régions ont contribué à ancrer une image géographique faussée, influençant la manière dont le monde considère l’histoire et la place de l’Afrique.

Mogoatlhe insiste : «La carte de Mercator représente visuellement l’Afrique comme petite, périphérique et peu importante. Si un continent semble petit, il est plus facile de le percevoir comme moins influent. Cette distorsion minimise l’immensité, la diversité et le rôle central de l’Afrique dans l’histoire humaine, le commerce, l’innovation et la culture. Elle réduit l’influence du continent.»

C’est pourquoi, ajoute la journaliste sud-africaine, « la campagne #CorrectTheMap va bien au-delà d’une simple carte : il s’agit de représentation exacte, de dignité et de transformation des récits stéréotypés sur le continent. »

Cette distorsion cartographique s’inscrit dans une injustice historique plus large, marquée par la minimisation systématique des contributions, des potentialités et du statut de l’Afrique.

Pour y remédier, Mogoatlhe conclut : «nous devons remplacer la carte de Mercator par des cartes en aires égales dans les écoles, les manuels et les programmes scolaires ; encourager les gouvernements, les organisations internationales et les plateformes technologiques à adopter des projections cartographiques précises ; aider les gens à comprendre pourquoi la carte est importante et comment elle façonne les biais ; et, parallèlement au changement de cartes, amplifier les récits sur l’innovation, le leadership et les progrès africains pour contrer l’héritage des récits coloniaux. »

Madjid Serrah

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