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Sid-Ahmed Bouyali: «Bouyali a été trahi… 20 personnes seulement avaient assisté à ses funérailles!»

الشروق أونلاين
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Sid-Ahmed Bouyali: «Bouyali a été trahi… 20 personnes seulement avaient assisté à ses funérailles!»
Bilal Zouaoui
Sid Ahmed Bouyali s'entretenait avec le journaliste de Echorouk

Sid-Ahmed Bouyali continue dans cette troisième et dernière partie d’évoquer la période d’après la mort de son frère Mustapha, de la création du FIS, du rôle de sa famille et comment avait-elle vécu la décennie noire.

Echorouk:Quelle était la position des Cheikhs Sahnoune, Ali Benhadj et Djaballah vis-à-vis de Bouayali qui avait choisi l’option des armes ?

S.B: Cheikh Ali Benhadj avait dit à Mustapha que prendre les armes est une question difficile. Cependant il lui avait dit: « Vous êtes opprimé, vous pouvez vous défendre de la façon que vous jugez utile. Mais opter pour prendre les armes ne doit pas être un prétexte pour que vous imposiez votre avis ». Quant à Djaballah, Mustapha ne l’avait jamais contacté, mais pour Sahnoune je n’avais pas d’information s’il y avait de contacts entre eux.

Echorouk: Merani avait cité des personnes qui étaient avec Mustapha Bouyali, pourriez-vous nous parler d’elles ?

S.B: Il y avait dans son groupe en fait Chabouti, Mansour Meliani, Taibi Boulenouar, Amamra Mohamed, Mayes et Djafar Berkani. Toutefois, je ne me rappelle pas exactement le nombre de ses compagnons qui avaient été tués lors du dernier accrochage. Ils seraient au nombre de cinq, dont Noureddine.

Echorouk: Racontez-nous la façon avec laquelle avait été tué Mustapha ?

S.B: C’était son chauffeur qui devait le conduire un soir vers un endroit qui l’avait signalé aux services de sécurité.

Echorouk: Pourquoi l’avait-il signalé au service de sécurité ? Coopérait-il avec eux ?

S.B: Au départ, le chauffeur était préparé pour mener cette mission. A quelques encablures de l’endroit où ils devaient se rendre, il avait arrêté le camion et pris la fuite. Les services de sécurité qui étaient en place avaient allumé des projecteurs. Un accrochage avait eu lieu entre eux et le chauffeur avait également été tué.En vérité, j’ai appris ce qui s’était passé ce jour-là mais je n’étais pas présent. Ce qui savait plus sur cet accrochage ce sont bel et bien Mohamed Amamra et Taïbi Boulenouar.

Echorouk: Amamra est-il toujours en vie ?

S.B: Oui, il est toujours en vie. S’agissant du chauffeur, ce que je savais de lui c’est qu’il est originaire de Larbaâ et qu’il avait trahi mon frère Mustapha.

Echorouk: Croyez-vous que les forces de sécurité auraient pu arrêter ?

S.B: Effectivement, ils pouvaient facilement l’arrêter mais eux ils voulaient se débarrasser à tout prix, car il constituait à leurs yeux une pierre d’achoppement. Mustapha avait été tué à Larbâa dans la nuit dans un endroit non loi de Souk El Fellah. Mais, jusqu’à présent on ne sait pas qui était derrière la manipulation du chauffeur.

Echorouk: Après sa mort, votre famille avait-elle reçu son corps? Qui avaient assisté à ses funérailles ?

S.B: Sa dépouille avait été emmenée à Châteauneuf pour être vue par des responsables avant d’être remise à la famille. Il a été enterré dans le cimetière de Oued Romane à Alger et il n’y avait que près de 20 personnes qui avaient assisté à ses obsèques.

Echorouk: Y avait-il des islamistes présents lors de son enterrement ?

S.B: Personne n’avait été présent. L’endroit avait été mis sous surveillance impressionnante des services de sécurité. Même, Ali Benhadj n’avait pas assisté car il était en prison. On était dans une même prison lui et moi. Ensuite, il a été transféré vers un centre de détention à Ilizi avant que Chadli ne déclare l’amnistie présidentielle.

Echorouk: Quel était le sort réservé au groupe après la mort de Mustapha Bouyali ?

S.B: Djaâfar Berkani continuait à activer pendant une période avant d’être abattu dans un immeuble à Bachdjarrah, peu avant les événements d’octobre 1988.

Echorouk: Votre famille, comment avait-elle vécu les moments suivant la mort de Mustapha ? Y avait-il eu des fouilles de votre domicile ?

S.B: La surveillance n’avait pas cessé mais la résidence surveillée avait été levée sur le domicile familial. Les membres de notre famille avaient été privés d’exercer aucun métier jusqu’aux années 90. Moi-même, je n’avais pas été réintégré dans mon poste qu’après les années 90, et c’était grâce à la médiation du Me Ali Yahia Abdenour. Mais, je n’avais pas retrouvé mon poste car j’ai été rétrogradé.

Echorouk: Quelle était alors la réputation de la famille au sein de la société ?

S.B: Croyez-moi, la famille de Bouyali est respectée chez tous qui la connaissent de près ou de loin. Les seules qui ne la respectaient pas, c’étaient les partis de la laïcité.

Echorouk: Y avait-il parmi les islamistes celui qui s’inquiétait de la situation de votre famille ?

S.B: Oui, il y a certains islamistes qui sont en contact avec la famille notamment Cheikh Ali Benhadj et Saïd Gachi. Celui-ci nous rendait visite à la maison chaque fois qu’il venait à Alger.

Echorouk: Merani avait cité que l’idée de la création du FIS était élaborée chez la famille Bouyali en présence des membres de la famille, de Gachi et de Ali Benhadj ?

S.B: Je vais vous donner des informations exactes sur la création du FIS car j’ai été dans toutes les étapes ayant précédé sa naissance. Lors de l’instauration du multipartisme par Chadli, Gachi venait presque souvent me rendre visite chez moi à Alger. Après l’annonce faite par le défunt Chadli, il avait été question alors de créer un parti islamique. Ensuite, il y avait des rencontres tenues chez moi, comme l’avait souligné Merani, dans la mosquée de Benhadad à Kouba ainsi que dans celle de «Essuna» à Bab El Oued. D’autres rencontres avaient également été tenues chez Ali Benhadj où nous nous entretenions sur la nécessité de présenter un dossier pour le créer. L’appellation de ce dernier a été donnée dans la mosquée Benhadad.

Echorouk: Aviez-vous été conseillés à ne pas adhérer au FIS ?

S.B: Nous avions été conseillé de nous éloigner du conseil consultatif et le leadership et non pas du parti. En vérité, nous n’avions pas exploité le nom de Bouyali en politique, car pour nous l’affaire Bouyali est close. Nous avions voulu milité en tant que d’adhérents et des militants au sein du FIS.

Echorouk: Il y a une forte relation liant votre famille à celle de Ali Benhadj ?

S.B: Effectivement, notre famille entretient d’étroites relations avec Cheikh Benhadj. Il ne passe pas deux semaines sans qu’il ne me rende visite chez moi. C’est un homme de principe et fidèle. Cependant, je ne partage pas le même avis que celui de Merani qui qualifie le FIS de gigantesque mais réduit son leadership au nain.

Echorouk: Le FIS avait implosé politiquement en un temps record. Ne croyez-vous pas qu’il avait été visé ?

S.B:Le FIS avait ses points positifs et ses points négatifs. En tout cas, ce parti ne pouvait jamais arriver au pouvoir et que la grève politique n’a été qu’une goutte qui a fait déborder le vase.

Echorouk: Il y ait ensuite une tendance vers la violence, et votre famille savait ce que signifiait cette tendance ?

S.B: Je vous confirme que ceux qui avaient pris les armes au début des années 90 n’avaient aucun lien ni de près ni de loin avec la famille Bouyali. Nous en tant que famille avions été incités à prendre les armes.

Echorouk: Après l’apparition d’autres groupes armés, aviez-vous procédé au retrait ?

S.B: Toute la famille était contre la violence et s’opposait à l’implication du FIS dans la violence et dans l’extrémisme. La famille de Bouyali était aux côtés du FIS et que si un parti aux mêmes principes que lui était créé elle l’aurait soutenu.

Echorouk: Pourquoi n’aviez-vous pas lancé un appel au nom de votre famille aux groupes terroristes de cesser l’effusion du sang des Algériens ?

S.B: Nous n’avions lancé aucun appel parce que nous n’avions pas eu connaissance de ces groupes. Quand vous ne connaissez ces groupes, vous ne pouvez pas les maîtriser.

Echorouk: Après la propagation du terrorisme, aviez-vous été menacés par des groupes terroristes ?

S.B: Nous étions sous surveillance. L’Etat savait ceux qui nous rendaient visite au quotidien. Nous étions habitués à cela. Aucun parti politique ne nous a contacté. Notre attitude était bien claire dès le départ, car nous nous opposons à toute action armée.

Echorouk: Aviez-vous soutenu d’autres partis islamique nés après la dissolution du FIS ?

S.B: Hormis le FIS, nous n’avions jamais soutenu d’autres partis islamiques. En vérité, il n’y avait que le FIS qui avait dit « non » au pouvoir, d’autres étaient tous pro-régime.

Echorouk: Quelle était votre position vis-à-vis de la réconciliation nationale ?

S.B: Nous n’avions guère bénéficié ni de la réconciliation nationale ni de l’amnistie générale. Même lorsque nous avions voulu qu’une enquête soit diligentée sur la mort de mon frère Mokhtar, nous n’avions pas réussi. Le jour de notre libération de la prison, un des gardiens était venu nous demander de plier bagages pour quitter la geôle. Un quart d’heure plus tard, il revenait et me trouvait en tenue de prisonnier. J’avais refusé de les raccompagner à l’administration. Par la suite, un officier était venu me voir à qui j’avais dit: « L’Etat avait tué mon frère et aucune enquête n’a été ouverte. Comme puis-je alors revoir ma famille ? Je réclame d’ouvrir une enquête ici en prison avant que je ne sorte ». Un autre agent était venu me demander de ne pas perdre de temps pour sortir de la prison. Mais quand je lui avais expliqué la situation et étais campé sur ma position, il m’avait dit qu’il saisirait le procureur général. Croyez-moi, le procureur général était venu me voir en pyjama et m’avait dit: «Je note dans le rapport que vous sortez de la prison mais à condition qu’une enquête sur la mort de votre frère soit diligentée». C’est ce qui a été fait effectivement.

Echorouk: Voudriez-vous une indemnisation par exemple?

S.B: Nous voulons plutôt la réhabilitation et non l’indemnisation. En fait, la réconciliation nationale a-t-elle satisfait les revendications de ceux qui ont déposé les armes ?

Echorouk: Après l’arrivée au pouvoir de Bouteflika, votre famille avait-elle cherché à remettre sa plate-forme de revendications pour bénéficier de la réconciliation ?

S.B: Nous avons perdu toute confiance du régime et non des personnes. Bouteflika est un homme politique respectueux mais nous ne l’avions jamais sollicité à ce sujet. Mustapha Bouyali était un héros dans les rangs du FLN comme le témoigne tout le monde.

Echorouk: Comment vivent la famille de Mustapha, ses enfants et ses frères ?

S.B: Nous étions très proches du Mustapha. Il nous était comme un père. Nous étions d’accord avec lui jusqu’à ces derniers jours. Ses deux fils faisaient du commerce et gagnaient dignement leur vie. Ils n’avaient pas étudié lors de la résidence surveillance qui nous était imposée, c’est pourquoi ils s’étaient penchés sur la vie professionnelle. Dieu merci, il sont tous deux indépendants financièrement, quant au capital de la famille ce sont bel et bien ses bonnes mœurs.

Fin

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