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ENTRETIEN :

Younous Omarjee, vice-président du Parlement européen : L’attitude de l’UE face à la situation à Gaza fragilise sa crédibilité

ماجيد صراح
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Younous Omarjee, vice-président du Parlement européen : L’attitude de l’UE face à la situation à Gaza fragilise sa crédibilité
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Younous Omarjee, vice-président du Parlement européen.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé dans son discours sur l’état de l’Union européenne 2025, prononcé mercredi 10 septembre, que l’Union suspendrait son soutien bilatéral à Tel-Aviv. Elle a également déclaré l’imposition de sanctions contre les « ministres extrémistes » du gouvernement Netanyahou et  les « colons violents ».

Dans son allocution devant les députés européens, von der Leyen a souligné : « Ce qui se passe à Gaza a ébranlé la conscience du monde. Des gens sont tués alors qu’ils quémandent de la nourriture. Des mères portent leurs enfants morts dans leurs bras. Ces images sont tout simplement catastrophiques. »

Le lendemain de ce discours, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à un cessez-le-feu et condamnant « le blocus humanitaire imposé par Israël, qui provoque une famine à Gaza ».

Le vice-président du Parlement européen, Younous Omarjee, a affirmé, dans cet entretien accordé à Echorouk, que les mesures annoncées par l’Union européenne face au génocide mené par l’occupation israélienne à Gaza demeurent insuffisantes au regard de la gravité de la situation. L’eurodéputé français, membre du groupe de la Gauche au Parlement européen (GUE/NGL), a également appelé l’Union européenne à maintenir la pression diplomatique en faveur d’une solution fondée sur deux États.

Echorouk : Ursula von der Leyen a annoncé, dans son discours sur l’état de l’Union 2025, la suspension partielle de l’accord entre l’UE et Tel Aviv. À votre avis, cette mesure est-elle suffisante face au génocide mené par le gouvernement Netanyahou contre Gaza ?

Younous Omarjee : Non, cette mesure est largement insuffisante. On ignore encore en quoi consistera la suspension partielle de cet accord. Ces demi-mesures ne correspondent pas à la gravité de la situation et au génocide en cours. Le Parlement européen, dans sa résolution du 11 septembre, a rappelé que plus de 63 000 Palestiniens ont été tués, dont 17 000 enfants, et que la famine à Gaza résulte directement de l’obstruction israélienne de l’aide humanitaire. Face aux violations répétées du droit international humanitaire, UE dispose pourtant de mécanismes plus contraignants, comme l’activation de l’article 79 de l’accord d’association qui permet des “mesures appropriées” en cas de violations. De telles mesures doivent être approuvées par une majorité qualifiée au Conseil, où siègent les 27 Etats membres. J’appelle la France à peser dans les négociations. Tout autre choix que celui d’une suspension totale est un renoncement.

Pourquoi, selon vous, ce retard de l’Union européenne, malgré les conclusions de la CIJ, les mandats d’arrêt de la CPI, alors qu’elle a appliqué des sanctions rapides et fermes dans d’autres contextes ?

C’est le reflet d’un double standard insoutenable. L’Union a réagi en quelques jours face à l’invasion russe de l’Ukraine, adoptant des sanctions massives et coordonnées. Et elle a eu raison de le faire. Mais contre Israël, malgré les ordonnances contraignantes de la Cour internationale de justice et les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale visant Netanyahou et Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, elle se limite à des sanctions individuelles anecdotiques. Pourquoi ? Je pense que cela révèle, fondamentalement, les difficultés qu’ont les anciennes puissances coloniales européennes à se désolidariser facilement de l’entreprise coloniale et génocidaire de d’Israël. Il y a chez certains de ces dirigeants tout un continent mental en commun. Cette attitude fragilise la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale.

Plusieurs États membres ont déjà reconnu la Palestine, mais pas l’ensemble de l’Union. Le Parlement européen compte-t-il entreprendre des actions pour avancer vers une reconnaissance collective et un soutien institutionnel clair à la souveraineté palestinienne ?

Le Parlement européen fait preuve d’une timidité qui stupéfie. Il a fallu attendre des dizaines de milliers de morts à Gaza pour qu’il consente à appeler à un cessez-le-feu permanent et durable en votant l’amendement que j’ai déposé avec Manon Aubry après l’avoir à de nombreuses reprises refusé. Le Parlement européen pourrait faire davantage pour exiger également la suspension de l’accord de l’association ainsi que la vente des armes à Israël. J’aurais là encore aimé que le Parlement européen soit aussi offensif que pour dénoncer les crimes de guerre en Ukraine et demander des sanctions contre la Russie.

Pour dénoncer le génocide à Gaza et le silence de l’Union européenne, les députés du groupe la Gauche unitaire européenne ont porté des chemises rouges et se sont levés lors du discours sur l’état de l’Union 2025 prononcé par Ursula von der Leyen, le mercredi 10 septembre 2025, au Parlement européen à Strasbourg. Photo : left.eu

Dans sa résolution du 11 septembre, le Parlement européen a clairement « [invité] les États membres à envisager de reconnaître l’État palestinien en vue de parvenir à une solution fondée sur la coexistence de deux États ». Cette résolution est une avancée, mais elle révèle aussi les limites de notre action, puisque la reconnaissance de la Palestine relève de la compétence des Etats membres. Nous voyons toutefois une dynamique nouvelle : la France, la Belgique et d’autres partenaires européens ont annoncé leur intention de reconnaître la Palestine, rejoignant déjà dix États membres qui l’ont fait depuis plusieurs décennies. L’Union européenne doit maintenir la pression diplomatique en faveur d’une solution à deux États.

L’administration Trump a annoncé qu’elle annulait et ne délivrerait pas de visas à l’Autorité palestinienne pour assister à l’Assemblée générale de l’ONU. Que pourrait faire l’Union européenne face à cette situation ?

C’est une décision inacceptable qui viole l’esprit même des accords sur le siège des Nations unies, censé être un lieu neutre et accessible à tous les États membres et observateurs de la communauté internationale. L’Union européenne a plusieurs moyens d’agir : elle peut faciliter l’accès des responsables palestiniens par le biais de ses réseaux diplomatiques, augmenter son aide financière à l’Autorité palestinienne pour compenser les pressions américaines. Elle peut aussi activer la loi de blocage européenne pour contrer les sanctions américaines. L’Union européenne doit faire entendre la voix du droit international contre les attaques incessantes dont il est victime. Mais là encore, la vraie question est celle de la volonté politique. Si l’Union se contente de déclarations, elle s’exposera une fois de plus à l’impuissance et au discrédit.

Propos recueillis par Madjid Serrah

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