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Benbrahem Brahim : Boumediène a failli avaler sa cigarette de crainte de Boussouf

الشروق أونلاين
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Lorsqu’on parle de El Ouedghiri Abdelhak Ben Mohammed, commerçant, ou Layachi Ahmed, commerçant ou Layachi Ahmed, fonctionnaire à l’ambassade du Maroc à Madrid, il faut savoir que ces trois appellations ne sont des identités marocaines fictives. En effet, il s’agit de l’Algérien, au vrai nom Benbrahem Brahim, qui est né le 25 juin 1925 à Dellès, dans la wilaya de Boumerdès.Il est un des éléments très actifs des services secrets algériens qui a assumé la tâche d’acheminement d’armes depuis le Maroc et l’Espagne, pour approvisionner les moudjahidine. Il a remarquablement contribué à alimenter la révolution en milliers d’armes, au moment où il n’y avait qu’une seule issue pour acheminer des armes vers le pays, à travers les frontières, surveillées par l’armée française.

Dans cette interview qu’il nous a accordée, Benbrahem parle de Abdelhafid Boussouf, avec lequel il entretenait des relations et aux côtés duquel il a travaillé, et parle également de Abdelaziz Bouteflika, qu’a connu à Nadhour, au Maroc. Il revient aussi sur la relation entre Boussouf et Houari Boumediène ainsi que les dernières heures précédant l’assassinat de Abane Ramdhane.

Il révèle également la vérité sur l’assassinat de plusieurs personnalités et ceux qui étaient derrière et sa mobilisation pour des dizaines d’étudiants dans les rangs de la révolution…

Echorouk: Comment avez-vous commencé la lutte contre le colonialisme français avant et au moment du déclenchement de la Révolution?

B.B: Nous, le groupe de 1945, nous avons été tout le temps visés. En 1945, j’étais combattant au côté de mon frère, Allal, qui a été chef de la région de Dellès jusqu’à Tigzirt, à Tizi-Ouzou. Recherché par l’armée française, mon frère Allal, a rejoint le maquis en portant avec lui une somme de 800 mille francs français, avec laquelle il a acheté des armes pour lui et ses amis qui l’ont accompagné. La même année, il fut tué par les français. Je l’ai remplacé à la tête de la région de Sidi Daoud au sein l’organisation secrète, qu’avait créée Hocine Ait Ahmed. Il est le fondateur de cette organisation paramilitaire.

Après une période de stagnation qu’a connu la lutte nationale après 1945, nous avons remis le train sur les rails une année après le déclenchement de la Révolution. Nous assumions la tâche de la collecte des cotisations. Les autorités françaises ont découvert ce que nous faisions. Nous avions donc pris attache avec Abane Ramdhane et Ouamrane et nous les avions mis au courant. Nous leur avions dit que nous avions que deux issues, soit rejoindre le maquis ou soit la prison, car les français nous cherchaient.

Ils nous ont conseillé d’aller au Maroc ou en Tunisie et continuer à collecter des armes. Nous étions partis au Maroc, dont mon frère aîné, Laârbi et moi avions contacté le roi du Maroc, Mohammed VI, et commencions à ramasser des armes.

A cette époque, Thaâlibi Tayeb, connu sous le nom Si Allal, était le représentant du Front de libération nationale (Fln).

Nous avions été accompagnés au Maroc par Mankouchi Laârbi et Abbas.

Dans les années 1956 et 1957, je suis parti en Espagne, dont Yousfi, était notre responsable.

Nous avions entretenu des relations avec des marocains et les espagnols, lesquels nous achetaient les armes qu’on faisait passer à travers certains points de passage, à l’instar de Gibraltar. Lorsque Abane Ramdane fut venu en 1957 au Maroc, je l’ai rencontré et lui ai parlé sur les problèmes rencontrés dans la collecte d’armes.

Il m’a appris que seulement 11 moudjahidine du groupe des 45 ont pu rentrer depuis le barrage électrifiée à la frontière, d’autres ont été tous liquidés.

S’agissant des entraves rencontrées, je lui ai dit que nous continuons le combat et nous mourrons avant l’indépendance du pays.

Echorouk: Vous aviez rencontré Abane Ramdane quelques heures avant sa liquidation. Avez-vous douté qu’un complot serait fomenté à son encontre ?

B.B: Non, nous n’avions pas des doutes. A mon arrivée à Madrid, j’ai allumé la radio et appris que Abane fut blessé à la frontière avec la Tunisie. A ce moment là, je me suis douté qu’il y a quelque chose qui se préparait contre lui, car la veille j’étais à ses côtés.

Echorouk: Daho Ould Kablia, ex-président de l’association du ministère de l’Armement et des Liaisons générales (Malg) avait déclaré que Boussouf ne connaissait pas Abane, et que la première qu’ils s’étaient vus c’était au Maroc ?

B.B: C’était à l’occasion de la tenue d’une rencontre de la Commission de coordination et d’exécution (Cce). Nous sommes allés, cheikh Kheireddine et moi chez le roi du Maroc. Au départ, j’avais appelé Ghezaoui, qui était directeur de la sûreté nationale et lui annoncé la date de la tenue de la rencontre du Cce. Ce dernier a téléphoné au Maroc en l’informant de la date de la réunion : (hadouk lpakitat idjou fi…). Je lui ai demandé pourquoi vous parlez de cette manière, et m’a répondu que leurs lignes téléphonique étaient sous écoute.

Lorsque les membres de la Commission sont venus, j’étais à Tataouine attendant Mohammed VI et j’ai fais rentrer les membres à la salle où devait se tenir la rencontre. Tout le monde était présent, y compris Abane Ramdane, lequel a été reçu par le roi marocain.

Il a également assisté à la rencontre, le responsable de la circonscription de Tataouine, dont j’étais le médiateur ayant organisé cette rencontre.

Echorouk: Vous vous souvenez exactement combien de temps passer avant l’assassinat Abane ?

B.B: Je ne me souviens pas de la date exacte, parce qu’nous étions préoccupés de collecter des armes et les faire passer au pays. J’ai été aussi occupé de faire entrer les étudiants ayant participé à la grève de 1956 et leur fournir de faux passeports pour pouvoir rentrer au Maroc via l’Espagne et les conduire par la suite vers les camps d’entrainement au Maroc.

Pour pouvoir les faire entrer en Espagne, on donnait des cigarettes Marlboro aux soldats espagnols pour pouvoir les faire entrer.

Echorouk: Historiquement, les trois (B), à savoir Abdelhafid Boussouf, Lakhdar Bentobal et Krim Belkacem seraient derrière l’assassinat de Abane Ramdhane. Y a –t-il une quatrième personne qui aurait été également à l’origine de cette liquidation ?

B.B: Non. Il est difficile de rajouter une personne. Il est connu de tous que c’étaient les trois cités qui étaient derrière l’assassinat de Abane Ramdhane.

Echorouk: Quelles étaient les vrais raisons de la liquidation de Abane ? Constituait-il un danger pour la révolution, comme le disaient certains ?

B.B: Non. Abane campait sur ses décisions. Il soutient la primatie de l’Intérieur sur l’extérieur. Je ne vois que c’est une raison pour l’assassiner. Les erreurs de la révolution de s’arrêtaient pas à ce niveau. Le commandant Zoubir, fut liquidé aussi tout comme le capitaine Mustapha Lakehel, qui fut le premier capitaine de l’Armée de libération nationale (Aln) en 1956.

Echorouk: À propos d’Abdelhafid Boussouf. Il était comment ?

B.B: « Kan moukh », (il était un crack) et ne reconnaissait jamais ceux qui faisaient des excuses factices pour ne pas accomplir leurs missions. Il comptait sur moi beaucoup. Lorsqu’il montait dans une voiture à mes côtés, il dormait car il se sentait en sécurité. C’était quelqu’un qui bosse beaucoup et dort peu.

Echorouk: Comment a-t-il atteint ce niveau d’intelligence ? Quels étaient les facteurs ayant fait de lui ce génie ?

B.B: Il était vraiment génie. L’adage de chez nous disait : « Atini fahem, Allah la kra » (donne-moi quelqu’un d’intelligent, même s’il n’est pas instruit). Boussouf était comme ça.

Echorouk: Quelle était son idéologie : la gauche ou la droite ? De quel écrivain était-il influencé ?

B.B: Son seul souci était le pays et l’indépendance. Son premier et dernier objectif, était celui que l’Algérie vive indépendante. Il n’est pas intéressé par l’argent.

Echorouk: Après l’assassinat de Abane Ramdhane, avez-vous pensé mener une enquête ?

B.B: Nous nous n’étions que des combattants. L’assassinat de Abane nous a blessé.

Echorouk: L’assassinat de Abane, Zoubir et Mustapha Lakehel. Ces assassinats ne cachent-ils pas, à vos yeux, une volonté politique visant à liquider les cadres de la révolution ?

B.B: Je trouve que la France serait derrière tout cela.

Echorouk: Quel le véritable différend entre Boussouf et Boumediène ?

B.B: Au départ, Houari Boumediène craignait beaucoup Boussouf. Une fois, c’était à Oujda au Maroc où j’étais présent. Boumediène fumait une cigarette et lorsque Boussouf fut entré, Boumediène à failli avaler sa cigarette.

Echorouk: Quel était le rôle joué par le Malg après 1962 ?

B.B: En 1962, j’ai cessé d’exercer la politique et préféré s’isoler.

Echorouk: Vous n’avez pas parlé de Ahmed Benbella ? L’aviez-vous connu ?

B.B: J’étais parmi ceux ayant accompagné les cinq (5) leaders à Rabat au Maroc, dont Ahmed Benbella. Ils étaient à bord de l’avion marocain les transportant de Rabat à Tunis détourné par les autorités françaises le 22 octobre 1956.

Ce jour-là, je sentais qu’un mal allait se produire. J’ai été près de Mohammed Boudiaf et Mohammed Khider. Je leur ai manifesté ma crainte quant à ce voyage. Khider m’avait répondu en me montrant sa mitraillette. Boudiaf lui a ainsi répondu par une certaine moquerie.

Echorouk: Y avait-il des signes au préalable sur ce que tu pressentais ?

B.B: Non, c’était juste un pressentiment. Un même pressentiment que j’avais avant même l’assassinat de Boudiaf au début des années 90. Ce jour là, j’étais chez moi. A 7heures 30, j’ai écouté à la radio que Boudiaf effectuait une visite à Annaba et dit : « Wach ddah » (qu’est ce qu’il le mène). Ma femme m’avait dit : « Qu’est ce qu’il ya ? ». Je lui ai répondu que les circonstances ne sont pas favorables pour cette visite.

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