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Inceste et autres sujets tabous

Comment les réseaux sociaux servent d’exutoire aux victimes?

Echoroukonline
  • 202
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D.R

Harcèlement, agressions sexuelles, inceste…sont depuis longtemps des sujets tabous au sein des familles algériennes. Il était interdit d’en parler, excepté lors de rencontres entre femmes et dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui, il existe de nombreuses plateformes où les femmes se retrouvent pour communiquer entre elles, se conseiller mutuellement, se documenter et partager leurs expériences. Une manière de briser la glace et de lever le rideau sur ce phénomène d’ampleur, ce qui nous laisse découvrir des histoires scandaleuses et comportements récurrents au sein de certains foyers.

Ce ne sont pas des scénarios imaginaires ou de la fiction, il s’agit malheureusement d’une triste réalité, de faits qui ont lieu quotidiennement et qui révèlent un nombre considérable de cas de jeunes femmes qui souffrent encore d’inceste au sein de leur famille dans le silence.

Témoignages:

L’une d’entre elles a écrit dans un message anonyme sur une des pages de militantes féministes sur “Facebook”, pour nous parler de sa belle sœur qui voyage souvent dans le Sud dans le cadre du travail avec un de ses frères, en disant: «Il y a environ deux mois, j’ai remarqué que mon frère cadet traitait la femme de son frère d’une manière douteuse, il la chouchoutait et s’assurait qu’elle ne manquait de rien…J’ai senti qu’il y avait anguille sous roche, suivi l’affaire avec attention et découvert qu’à plusieurs reprises, il se rendait secrètement dans sa chambre, en l’absence de son mari. Je ne peux pas les confronter mais je n’arriverai pas à garder le secret plus longtemps. Que dois-je faire?».

Une autre femme a écrit dans un groupe sur les réseaux sociaux: «J’ai été choquée en voyant notre voisine harcelée par son beau père, dans la cour de la maison. J’ai pu filmer la scène depuis la fenêtre de ma chambre, mais je ne sais pas comment agir face à cette situation?».

De nombreuses histoires similaires à celles-ci envahissent la toile, les auteurs de ces témoignages demandent souvent de l’aide sur la procédure à suivre, ou du moins se débarrasser de ce lourd fardeau qui pèse sur leurs épaules en échangeant avec des anonymes.

La sociologue et psychologique, “Karima Rouibi”, affirme que de telles histoires semblent sans grande importance pour certains, pour eux ce sont des choses qui ne se racontent pas, par pudeur, par honte et discrétion, des choses que les coutumes, les origines ont comme sacralisées. Mais indirectement, avec leurs comportements, ils incitent à la propagation de ce fléau, et minimisent son impact sur la société.  Il est donc préférable de recourir à la justice ou solliciter un Imam ou un professionnel, que de s’exposer sur Facebook et ne pas savoir sur qui tomber.

Dans une publication qui aborde les agressions sexuelles dans la société algérienne, une femme raconte sa triste histoire dans un commentaire, qui s’est ensuite transformé en une publication qui a provoqué un tollé, dans le but est d’atténuer les effets psychologiques des filles qui ont été victimes de harcèlement et d’abus sexuels, je cite : «Quand j’avais six ans, mon oncle de 19 ans a emménagé chez nous, car nous habitions près de son Université, et depuis il tentait d’abuser de moi, me forçait à coopérer tout en me menaçant…» Elle ajoute: “… Des années plus tard, Dieu merci, le destin a fait que je me suis mariée, j’ai donné naissance à 3 enfants, mais j’ai gardé les séquelles de mon enfance volée, même si je vis une vie paisible, la honte me hantait, et quand je repense à lui et à ce qu’il m’a fait, je le déteste du plus profond de mon être, mais je poursuis ma vie et je relativise».

Souvent, les victimes d’inceste n’osent pas parler, parce que leur bourreau est un proche. Entre la peur de briser toute une famille et celle de ne pas être crue, la victime préfère garder le silence et se replie sur elle-même. Parfois, d’autres, se sentant en confiance, décident de parler en se confiant à un proche. Malheureusement, les attentes ne sont pas toujours celles qu’elles voudraient. Leur parole est remise en cause, le bourreau est trop souvent une personne en qui toute la famille a confiance. Ceci, rend sa culpabilité plus qu’impossible.

Il y a donc comme une omerta dans notre communauté en ce qui concerne les sujets qui fâchent. L’inceste est peu ou prou évoqué, et pourtant l’on sait très bien que ce mal touche beaucoup de personnes, les foyers algériens, musulmans y compris. Ces tabous scellés par nos familles, nos coutumes et nos traditions, ont pourtant besoin d’être désacralisés. Nous devons lever la chape de plomb sur ces sujets afin de libérer la parole des victimes et surtout sensibiliser les enfants.

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