Les gardes communaux se préparent pour une impressionnante marche
En dépit des difficultés du jeûne et la distance les séparant de leurs familles et proches, les gardes communaux sont déterminés de maintenir leur sit-in et se disent prêts à envahir la capitale à tout prix.
« Sommes-nous des Indiens pour que le gouvernement nous traite de cette manière ? », « Ö Bouteflika, nous vous avons élu, mais vous n’avez accordé aucune importance au corps des gardes communaux depuis 13 ans de règne ». Tels sont les slogans scandés, à notre arrivée, par des centaines de gardes communaux ayant trouvé refuge dans les champs des orangers, en face de l’aéroport militaire de Boufarik.
Il était 19 heures 30, lorsque nous sommes arrivés au camp des agents de la garde communale qui ressemble à une tribu d’Indiens, dans la région de Boufarik où ils ont installés des tentes à base cabanes à sucre et d’herbes, dans des champs de blé moissonné et des orangers pour se protéger du soleil. Les emblèmes nationaux hissés tout au long du camp.
De nombreux donateurs et une cuisine à la belle étoile
Au niveau du camp de “dignité » que baptisent les gardes communaux, à tout moment on aperçoit de voitures et camions chargés de nourriture en provenance de Boufarik et Blida et les environs. A chaque arrivée de ces véhicules portants des repas au profit des contestataires, un des leurs appelle ceux qui n’ont pas reçu leurs part de venir la prendre, « venez-prendre votre part ! ».
Il est à noter qu’une grande solidarité entre les agents venus de différentes régions du pays est constatable pendant ces premiers jours du mois de carême.
« En plus de la cuisine que nous avons préparée à ciel ouvert, les donations nous viennent des citoyens », a indiqué que le coordinateur des gardes communaux, Hakim Chaib.
« La chorba, le bourak, les dattes, le lait et zalabia de Boufarik nous ne manquent pas. Il y a tout dans ces plats, mais demeure insuffisant, car on rompt le jeûne dans un camp comme celui des Indiens, loin de la famille et les proches », a-t-il déploré.
« Nous n’avons imaginé à aucun moment que l’Etat nous traite de cette façon. Hier nous l’avons défendu pour qu’il ne soit pas entre les mains des terroristes, aujourd’hui, il nous délaisse dans ce camp », a-t-il ajouté.
Dans un coin de ce camp, un garde communal en pleurs et refusant de parler s’est isolé. Nous avons demandé à ses collègues pour savoir ce que lui arrivent, et ils disent qu’il a appelé sa fille et lui a dit qu’elle reste sans manger ni boire jusqu’à son retour à la maison.
De la chorba dans des bouteilles de l’eau
Avant l’appel à la prière d’El Maghrib (rupture de jeûne), des agents ont découpé des bouteilles de l’eau minérale et versant de la chorba dedans.
Nous avons interviewé un agent qui tenait une bouteille remplie de la chorba sur la situation qu’ils vivent actuellement dans ce camp: « ca ne fait rien, pourvu que notre dignité soit respectée », a-t-i dit. « Nous nous sommes rassemblés avant le Ramadhan, pendant le Ramadhan et après le Ramadhan. Notre mot d’ordre est : « Eljouaâ la al roujouâa » (la faim que le retour) », a-t-il ajouté.
« Comme vous le voyez, nous les agents n’avons ni sabres ni armes blanches, comme le disent certains. Nous sommes pacifistes », nous a-t-il confié.
« Je vous le jure, que je ne porterai plus jamais cette tenue bleue dans un cadre officiel », a-t-il lancé.
« Les autorités ont traité Élissa mieux que nous. Elles lui ont rempli les poches avec de l’argent, tandis qu’elles nous traitent nous comme des réfugiés de guerre dans notre propre pays », a-t-il déploré.
A 20heures 3 minute, un garde communal a annoncé le moment de rupture de jeûne à l’aide de son sifflet. Les gardes-communaux nous ont invités à partager avec eux ce moment en mangeant avec eux. Au dessous d’un oranger, on peut retrouver des dattes, du lait, de la chorba et du jus. A chaque instant un des agents nous appelle à partager avec lui sa part.
Toutes ces images que nous avons vécues avec ces agents démontrent à quel point ils sont déterminés d’aller jusqu’au bout des leur revendication et leur insistance à envahir de nouveau Alger, dont la date n’est pas encore fixée.
Nous avons quitté le camp de « dignité » comme le nomment les gardes communaux, lesquels attendent une prise en charge de leurs revendications par l’Etat en affirmant que le communiqué du ministère de l’Intérieur ne reflète pas la vérité des gardes communaux.
Ils interpellent le président de la République à intervenir pour leur rendre justice à ce corps dont 4 mille d’entre eux ont péri.