Rachid Aouine: « Nous ne sommes manipulés ni par Benbitour ni par Belhadj »
Le chef de la section de El Oued du Comité national de la défense des droits des chômeurs (CNDDC), Rachid Aouine a démenti que les mouvements de contestation des jeunes du Sud soient manipulés de l’extérieur ou de l’intérieur du pays.
Rachid Aouine a qualifié de « calmants conjoncturels » les décisions prises par le Gouvernement et affirmé la poursuite de leur action de contestation jusqu’à satisfaction de leurs revendications.
Avez-vous rencontré de difficultés de communication (internet, téléphone) pour lancer appel à la participation au sit-in tenu avant-hier (samedi) à El Oued?
Effectivement! Deux jours avant le jour J, l’internet a été quasiment coupée au point où vous ne pouvez ni recevoir de messages électroniques ni télécharger des photos ou des vidéo. Même les réseaux de téléphonie mobile ont été presque coupés.
Certaines parties vous accusent d’être manipulés de l’étranger pour la séparation des jeunes du Nord de ceux du Sud. Est-ce vrai?
Nous rejetons en bloc toutes ces allégations par lesquels certaines parties tentent de déstabiliser et déjouer nos actions de contestation notamment au Sud, en nous accusant de séparatistes, de régionalistes. Nous avons subi plusieurs formes d’harcèlement et de menaces des services de sécurité. Les pouvoirs publics ont usé de différents moyens pour saborder notre mouvement pacifique en nous mettant les bâtons dans les roues.
Quel est votre commentaire sur les décisions prises par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal?
Les mesures prises par Sellal n’ont rien apporté de nouveau. Les politiques adoptées par les gouvernements qui se sont succédés ont échoué. En d’autres termes, ces gouvernements sont synonymes d’échec. Cependant, certaines réformes ont été engagées, mais qui n’étaient que de procédures conjoncturelles ayant pour objectif d’apaiser la colère et détendre la situation. Concrètement, il n’y a pas eu sur le terrain une véritable politique indiquant une certaine intention de prendre nos doléances en charge. D’ailleurs, nous ne sommes pas totalement certains que nos revendications soient satisfaites.
Les agences d’emploi ont créé de postes d’emploi,s’agit-il en fait de postes permanents ou temporaires?
Rien de cela n’a été concrétisé sur le terrain. Nous en tant que membres du CNDDC réclamons un véritable dialogue direct avec l’Exécutif au vu de tout le monde. Notre condition pour dialoguer avec le gouvernement est qu’il y ait une bonne intention de prendre en charge les revendications des chômeurs.
Les politiques des gouvernements qui se succèdent ont démontré leur échec dans la prise en charge des revendications des enfants du Sud. Nous nous sommes fixés comme objectif dans le rassemblement que nous avons tenu avant-hier (samedi) de réclamer l’instauration d’un Etat de droit, parce que nous voulons d’institutions qui fonctionnent de manière transparente et loin du favoritisme et de la bureaucratie.
Vous avez dit que l’Administration a voulu négocier avec vous en cachette. Quels justificatifs avancez-vous?
Un notable de la zawiya d’Adrar et conseiller à la présidence de la République nous a adressé une lettre pour être l’intermédiaire entre les jeunes du Sud et l’Administration. En effet, nous lui avons répondu que nous sommes un comité autonome et voulons un dialogue direct et sérieux. Comme nous lui avons dit que nous sommes capables de dialoguer et de régler nos revendications par nous-mêmes car nous n’avons pas besoin d’intermédiaires.
Ali Benhadj a été arrêté aux abords de la ville de El Oued. Avait-il été invité pour prendre part à la marche?
Nous n’avons pas invité Ali Benhadj, et notre communiqué a été adressé à tous les nationalistes libres et à tous ceux qui sont solidaires avec nous et avec nos revendications légitimes. Et si Ali Benhadj ou autre était solidaire avec nous, personne ne pourrait l’empêcher et tout le monde était solidaire avec tous les courants.
Louisa Hanoune avait dit que vous étiez manipulés par Benbitour?
Benbitour ne nous a jamais manipulés et aucune rencontre n’a eu lieu entre lui et nous. Il n’y a également aucune partie qui nous manipule. Notre mouvement est pratiquement reconnu par le gouvernement et pour preuve, la déclaration de Abdelmalek Sellal au lendemain du sit-in tenu à Ouargla. Personne ne nous incite ni dicte ce que nous faisons. Nous sommes conscients de ce qui nous entoure et de ce qui se trame dans la rue. Nous sommes une organisation indépendante.
Quand envisageriez-vous arrêter votre mouvement de contestation?
Notre action continue sans répit et ce jusqu’à ce que nos revendications soient concrétisées sur le terrain, en mettant en place d’entreprises fonctionnant en toute transparence en vue de répondre aux besoins des jeunes chômeurs.