Pardon, chère Mère et Sœur,
C’est pour montrer le réel et la vérité amère, pour crier les souffrances individuelles et collectives, pour dénoncer l’oubli et la négligence, pour pleurer les "harragas" et les "Harragates" morts en haute mer et stockés anonymement au fond d'un tiroir des morgues sous le ciel d'un Eden tant rêvé, c'est pour distinguer et appréhender la bonne graine de l’ivraie que la justice humaine est incapable de juger, que tu as lancé ce cri, un cri simple et court, mais assourdissant, vibrant comme l’hommage qu’on te doit, nous qui avons oublié ou obligés d‘oublier notre histoire qui ne cesse d’être mystifiée par ceux qui ont changé de camp durant nos différentes révoltes et notre guerre de libération ou par leurs progénitures, qui se cachent aujourd’hui derrière de faux témoignages qui vantent leurs faux « hauts faits de guerre ».
Tu as dit, un jour, que ‘’les larmes ne sont pas signe de faiblesse mais un déclic pour une renaissance de courage et de volonté’’ pour affronter les pires obstacles qui peuvent encombrer notre chemin, le chemin tant rêvé par nos jeunes combattants et combattantes, militants et militantes qui ont échangé leur jeunesse contre des armes dérisoires pour la libération de notre patrie.
Aujourd’hui, tu dénonces l’indifférence, par ton cri de « détresse » tu as réveillé nos âmes meurtries par la pauvreté, et l'humiliation dans lesquelles on se trouve sans pouvoir dire halte au mépris, peut-être par manque de clarté d’esprit ou par égoïsme, car pour le dire il nous faut beaucoup de courage, un peu de ton courage, de ta franchise et de ta volonté.
Beaucoup de tes sœurs et frères combattants sont tombés sur le champ d’honneur, ils ont payés de leurs vies l’indépendance de l’Algérie, et qui aujourd’hui cette même Algérie est incapable de les préserver des insultes de certains journalistes égyptiens illettrés et en manque d’éducation.
Tu vis parmi nous mais tu nous manques, tu nous manques énormément, nous sommes assoiffés de connaitre ta vie de combattante car nous n’aimons pas qu’on nous la raconte de peur qu’on la mystifie parce qu'elle fait partie de notre histoire.
Nous sommes en besoin de ta voix, cette voix qui a dit non au colonialisme avec toute sa cruauté et sa barbarie, cette voix qui a dit « vive l’Algérie » à maintes reprises et qui continue à le dire, dans ton cri nous avons senti que le cœur de cette Algérie profonde bat encore et battra tant qu’il y aura des femmes et des hommes de la vraie souche algérienne comme la tienne.
Tu vis parmi nous dans la simplicité mais avec cette qualité de militante ferme, franche sans orgueil ni hypocrisie.
Tu vis et vivras dans nos cœurs, dans nos mémoires, toujours fière, la tête haute, la conscience tranquille envers toi-même, envers Dieu et ton peuple, ce peuple qui a compris ton cri avec toute sa signification et son sens profond et qui sera toujours à tes côtés parce que tu es l'une de ses raisons d'être.
Pardon, nous te demandons de nous pardonner, parce que tu es notre grande DAME à qui nous devons le plus grand respect et l'amour indélébile et indéfectible d'une mère qu'on est sensé protéger et porter sur nos épaules sans se lasser.
Nous te demandons pardon à toi Djamila qui a acceilli ta condamnation à mort avec le sourire, ce sourire de la fleur de ton âge qui dure et durera toujours malgré les tentatives de son usurpation en Algérie des années 2000. Pardon, nous t'avons compris très en retard...
Merci et mille pardons à toi qui a tant donné sans rien demander, ni rien pris à notre insu, comme l'ont fait tant d'autres, et rare est cette qualité mais on la retrouve chez toi et c'est parce que tu te nommes Djamila BOUHIRED.