Algérie et cinéma, il était une fois aujourd’hui
Allons faire une tour dans ce petit bourg qui s’appelle cinéma algérien d’aujourd’hui. Cet endroit si mystérieux, si confiné que même les bactéries y respirent au forfait. Où les images attendent d’être restaurées, dépoussiérées, libérées de l’œil accoucheur de ciseaux pour tailler les pellicules
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Il était une fois le cinéma algérien d’aujourd’hui – ça commence déjà par un anachronisme. Comme si le destin posait ses sales pattes sur le crane du cinéma-, avec ses réalisateurs dopés à l’affection des niveleurs d’opinion, avec sa structuration économique à injections choisies, avec un engrenage de production personnelle-autosuffisante-touche-pas-à-mes-récoltes-budgétaires, avec son empire à la Xanadu, avec ses opportunistes, ses charlatans, ses squatteurs et son orchestre maudit cracheur de cacophonies médiatiques. Mais aussi avec ses belligérants de l’image, avec d’autres realisateurs qui, acculés par les restrictions de toutes sortes, comme l’eau s’infiltrent dans chaque fissure pour pouvoir faire un film. Avec des gens inconnus qui, amoureux du cinéma, restent à l’affut d’une bonne œuvre.
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« Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs », nous dit Bazin. Vers quel monde nos regards se tournent aujourd’hui. Incontestablement vers ceux qui essayent avec toutes les embuches, de façonner leurs images. Téguia. Après Rome plus tot que vous, l’unique film algérien qui fait glisser en vous un sentiment enfoui de fierté, le réalisateur nous revient avec nland son dernier fleuron sorti des fours Téguièsques. On se souvient du flux d’images abrasives, complexes de par leur simplicité – Et oui messieurs il est beaucoup plus compliqué de faire simple qu’on se le dise – du jeu entre le « il » et le « elle » dans Rome plutôt que vous, qui rappelle d’ailleurs Los Amentes del circulo polar (Les Amants du cercle polaire de Julio Medem, 1998) tourné plus récemment. Et bien Téguia arrive avec Inland et ca promet d’être émorfilé
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Zaimèche et Dernier Maquis après avoir vu ce film, on se dit finalement, il existe un dernier maquis, le cinéma. Parfois on a la conscience enfantine de se dire pourquoi l’Algérie ne diffuse pas ce genre de films, comme une complainte naïve pour exorciser l’inhumanité et le crime contre l’art auxquels s’adonnent les niveleurs d’opinion. « Ce n’est pas sarcler mais labourer qu’il faudrait ». Gorki l’aurait surement dit de la façon dont on anathématise ceux qui se montrent sévères avec les films algériens. Mais on attend depuis si longtemps une lueur, que l’attente nous rend amers. D’autant plus que la médiocrité de la majorité des productions algériennes ne vous donne pas envie de leur faire des stances.
Mokhnèche, ca allait pour nous jusqu’à Delice Paloma Inattendu de la part d’un réalisateur dont on connaît le potentiel. Mais on se dit que ce n’est rien, même Wenders a fabriqué un drôle de film l’année passée. Même Kusturica a du faire un documentaire sur Maradonna. Même le jury d’un festival comme Cannes a décerné une palme d’or à Entre les murs, un film qui nous donnent du folklore médiatique en crues torrentielles. On attend quand même une prochaine œuvre avec impatience. -
Juste une petite remarque, « Le texte éloigné des doigts qui le pétrissent perd son odeur d’aspic ». Djaout aurait pu crier cela pour qu’il rentre bien dans les oreilles des potentats et de ceux qui nous narrent société algérienne à mille et un kilomètre du pays qui porte le même nom. Si l’on veut parler dans un film des algériens il faudra avoir le postérieure usé au contact du quotidien à observer cette société, et ce, à l’intérieur du pays.
Que se passe-t-il côté court… Avant cela remettons les choses à leur place et rendons au peuple ce qui appartient à César : A ceux qui voient le cinéma comme un prochain folklore manufacturé, à ceux qui pensent que ca leur ouvrira une porte vers un univers de paillettes parfumées à la quiétude vespérale du luxe. Comme il était le cas pour la musique à un certain temps en Algérie ; tout le monde tenait une guitare à la main sous un olivier. Vous vous écraserez contre la paroi. Le cinéma est un tamis aux trous serrés, seuls les bons grains de couscous peuvent passer. Des festivals en quête de renom et de notoriété, en Algérie, veulent peindre le cinéma en orange mécanique, excitant les crânes-cucurbitacées à essayer de se servir de l’art comme échelle à échelon en vue de faire de l’argent. Bas les masques ! Seuls les caparaçonnés peuvent distiller l’image. -
Côté court, on voit des émergences par-ci par là, des jeunes pouces qu’il faudra apprendre à cultiver. Des sélections pour de jeunes réalisateurs dans des festivals à l’exemple du Fespaco qui a remis le poulain d’or à Khaled Ben Aissa pour son film Sektou (Et ils se sont tus). D’autres noms commencent à apparaitre dans la palette cinématographique. Le tout et de savoir discerner les couleurs pour faire un beau tableau. « J’ai troué l’abat-jour des limitations colorées, je suis tombé dans le bleu » disait Mahlevic. Du bleu azur pour les courts métrages algériens, ce n’est pas de si tôt. Il faudra d’abord trouer les abat-jours, fracturer leurs horizons bleus, les déconstruire pour voir ensuite comment on construit un ciel avec des bouts d’images. Des courts algériens qui se montrent de plus en plus présents. Mais le plus important est de faire dans la qualité et non la quantité comme disent les artisans. La production de courts en Algérie est majoritairement une production libre. Des réalisateurs qui s’autoproduisent avec l’argent de leur pain. Paradoxalement, d’autres qui sont produits avec l’argent du peuple et des contribuables
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De rares rencontres et manifestations, sont l’un des derniers remparts contre l’appauvrissement cinématographique. Avec, comme on le sait, le manque de moyens pour ce genre de manifestations, sclérosant ainsi le potentiel créatif, des gens arrivent à catalyser de l’énergie pour faire subsister l’envie de créer ainsi les quelques cinéphiles qui persévèrent donnent l’envie de continuer à y croire.
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Si on se met à analyser les différents contextes et facettes de la matière traitée dans les films algériens en générale, longs, courts, moyens-métrages et documentaires compris, on apprendra alors la teinte du cinéma en Algérie. Un cinéma qui se cherche, un cinéma qui traite depuis la postindépendance –même bien avant- de turpitudes sociales, de conflits intrinsèques d’une société prise entre le fantôme d’hier, l’amnésie du présent, et une peur viscérale que demain puisse ressemble à hier. Le quotidien un peuple tiraillé entre exaltation meurtrière et algèbre castratrice et ravageuse. Les réalisateurs ont un penchant pour l’utilisation de leurs personnages pour matérialiser leurs idées, quelquefois sous forme de psychologie de bazar et des fois sous forme d’images solides bien encrées dans le quotidien du peuple. Rares sont ceux qui y parviennent.
La fable du cinéma algérien est finalement entretenue par ceux qui l’aiment. Le cinéma en Algérie est tellement immatériel –comme ailleurs j’espère- qu’il est difficile de distinguer ce qui va se faire à l’avenir. On parle tellement peu cinéma dans les manifestations dites cinématographiques. On dit si peu les choses et on produit si peu les bons films, que l’on ne se reconnait si peu dans ce qui est fait. -
La fleuraison du cinéma se fera dans une seule condition, si l’on arrive à mettre les gens qu’il faut dans la place qui leur sied. Aider le potentiel créatif – Messieurs !- Non engraisser les dindons avec des subventions distribuées par Midas et Gargantua conjugués, continuer à ignorer les bons projets car trop délicats, car trop pointus, car trop de boulot. Les producteurs doivent faire leur travail produire, ils doivent apprendre que produire veut aussi dire produire les autres, les réalisateurs doivent réaliser et pas faire des montages financiers gonflés pour pouvoir renflouer leurs caisses. L’état ne doit plus trainer l’art par le licou. Les opportunistes doivent aller travailler à wall street, pas dans le cinéma, la médiocrité peut être évitée…Ça a l’air ardu tout ça… Djaout disait « On n’a pas encore chassé de ce pays la douce tristesse léguée par chaque jour qui nous abandonne. Mais le cours du temps c’est comme affolé et il est difficile de jurer du visage du lendemain. Le printemps reviendra-t-il ? ». Il est – peut-être – même difficile d’espérer, mais on dit chez nous : « L’espoir et le rêve, c’est la banque des malheureux ».