Chine/Japon : manifestations spontanées ?
La vague de manifestations anti-japonaises en Chine a été encouragée par les autorités, a assuré jeudi l’artiste dissident Ai Weiwei, qui a filmé des manifestants s’en prenant à la voiture de l’ambassadeur des États-Unis, lui infligeant des dégâts mineurs mais obligeant le département d’Etat à réagir.
L’artiste, reconnu internationalement, se trouvait mardi dans l’appartement d’un ami situé près de l’ambassade des États-Unis, qui jouxte celle du Japon, quand, voyant les manifestants, il a commencé à filmer la scène.
Il s’est dit “surpris” à la vue d’une cinquantaine de manifestants quittant soudainement le rassemblement mardi devant l’ambassade du Japon pour accourir au-devant de la voiture de l’ambassadeur américain Gary Locke, qui s’apprêtait à rentrer dans son ambassade.
Les manifestants ont endommagé le fanion de la limousine avant de lancer quelques projectiles dessus. Les policiers chinois sont intervenus presque immédiatement pour protéger le véhicule qui a pu s’éloigner en accélérant avant de rentrer à l’ambassade par une autre porte.
L’ambassadeur américain a déclaré à la presse que “tout s’était terminé en quelques minutes”, ajoutant: “Je ne me suis jamais senti en danger”. Sur la vidéo tournée par Ai Weiwei, l’incident dure deux minutes.
“J’étais vraiment surpris parce que tout le monde a pu constater que toute la manifestation était préparée par les autorités”, a raconté Ai Weiwei, un artiste qui a passé 81 jours en prison l’an dernier pour avoir manifesté le souhait d’un nouveau “printemps chinois” après le “printemps arabe”.
Mardi était le point d’orgue d’une vague de manifestations à travers la Chine pour protester contre la décision de Tokyo de nationaliser les îles Senkaku, revendiquées sous le nom de Diaoyu par la Chine, en mer de Chine orientale.
L’ambassadeur Gary Locke a eu un entretien mercredi avec des responsables du ministère chinois des Affaires étrangères pour les “prier de faire tout leur possible pour assurer la sécurité de (notre) personnel”.
Le ministère chinois des Affaires étrangères “a promis un réexamen complet et des mesures en termes de procédures et de protocole pour qu’un incident de ce type ne se reproduise pas”, a encore indiqué l’ambassadeur américain.
Pour Ai Weiwei, les autorités chinoises se sont montrées “naïves” en tentant de manipuler l’opinion chinoise d’une façon selon lui jamais vue depuis la Révolution culturelle (1966-76).
“Avoir recours à ce type de stratagèmes dans ce genre de négociation internationale semble vraiment naïf”, a estimé le dissident.
“Elles (les autorités) essaient de décrire (les récentes manifestations) comme un mouvement spontané, mais on voit à une foule de détails qu’elles ont été à l’évidence soigneusement préparées” avec “l’encouragement des officiels”, a-t-il ajouté.