Conférence sur la « Libye nouvelle » à Paris, mais Kadhafi veut « résister »
Les nouvelles autorités de Tripoli attendent des actes concrets de la communauté internationale, qui était réunie jeudi à Paris pour lancer la transition politique et la reconstruction en Libye, alors que Mouammar Kadhafi, en fuite, appelait ses partisans à la résistance.
Quarante-deux ans, jour pour jour, après la prise du pouvoir par Mouammar Kadhafi, et six mois après le sommet de Paris qui a lancé l’intervention militaire contre le “guide” libyen, une soixantaine de pays et organisations se sont retrouvés jeudi en fin d’après-midi pour une réunion de deux heures. Il s’agit d’élaborer une feuille de route pour la “Libye nouvelle”. Sur le terrain, les rebelles confortaient leurs positions en attendant de s’attaquer à Syrte, dernière grande ville tenue par les fidèles de Mouammar Kadhafi, qui reste introuvable. Ils ont prolongé d’une semaine leur ultimatum et leur ont laissé jusqu’au samedi 10 septembre pour se rendre. Mais l’ex-homme fort de Libye a appelé jeudi ses partisans à “poursuivre la résistance”, estimant qu’il y a des “divergences” entre les rebelles et l’Otan, dans des extraits d’un message audio diffusés par la télévision Arraï. “Nous ne nous rendrons pas (…). Nous allons poursuivre le combat”, a-t-il lancé. Cherchant à favoriser le plus large consensus autour du Conseil national de transition (CNT), l’instance dirigeante de la rébellion libyenne, Nicolas Sarkozy a convié, avec le Premier ministre britannique David Cameron, les soutiens des rebelles comme les anciens alliés de Mouammar Kadhafi. Tous ont pris acte de la chute du régime de Kadhafi, mais certains, hostiles à l’intervention militaire, rechignaient jusqu’alors à entériner la victoire du CNT. Le sommet de Paris précipite les choses. La Russie a reconnu jeudi matin le CNT comme “autorité au pouvoir”. Pékin, qui s’était comme Moscou abstenu lors du vote au Conseil de sécurité de la résolution 1973 qui a permis l’intervention internationale en mars, a dit attacher “de l’importance à la position et au rôle considérable du CNT pour résoudre la crise libyenne”. Et le voisin algérien, qui a accueilli sur son sol des enfants et l’épouse de Mouammar Kadhafi, a promis une reconnaissance du CNT dès qu’il aura formé “un nouveau gouvernement représentatif de toutes les régions du pays”. Sont attendus des membres de la coalition, comme le Canadien Stephen Harper, l’Italien Silvio Berlusconi et l’Américaine Hillary Clinton. Mais aussi les patrons de la Ligue arabe Nabil al-Arabi et de l’ONU Ban Ki-moon, ainsi que l’Allemande Angela Merkel et des représentants chinois, russe, algérien ou indien. Seule l’Afrique du Sud boude la conférence. L’heure est désormais à la reconstruction, une “nouvelle ère de coopération avec la Libye démocratique”, selon Nicolas Sarkozy. Et aussi au partage du gâteau pétrolier libyen, dont les pays moteurs de la coalition espèrent une large part.Dès jeudi, l’Union européenne a levé ses sanctions à l’encontre de 28 “entités économiques” libyennes – des ports ainsi que des sociétés du secteur énergétique et bancaire – pour aider au redémarrage de l’économie, a annoncé sa chef de la diplomatie, Catherine Ashton. L’UE s’est aussi dite prête à aider les nouvelles autorités à former une “police efficace” et “démocratique”. Le président du CNT Moustapha Abdeljalil et son numéro 2 Mahmoud Jibril devaient avant tout renouveler leur demande de déblocage des avoirs gelés de la Libye et présenter leurs besoins urgents en matière de reconstruction. A ce jour, seuls trois enveloppes d’1,5 milliard de dollars ou d’euros chacune ont été libérées des comptes américains, britanniques et français, sur un pactole estimé à plus de 50 milliards de dollars. Les autres puissances se sont montrées pour le moment très réticentes. Et certains pays, comme la Pologne, ont suggéré une fin de la guerre en échange de leur aide. Jusque-là, la coalition, France en tête, s’y est opposée. Paris a précisé que le “business” ne figurait pas à son ordre du jour mais selon le quotidien Libération, la France, premier pays à avoir reconnu le CNT, aurait conclu un accord avec les rebelles lui attribuant 35% du pétrole libyen. Un accord démenti par des représentants du CNT, à Paris et à Londres. De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a déclaré qu’il n’avait “pas connaissance” d’un tel accord, mais jugé “logique et juste” que les pays engagés aux côtés de la rébellion soient privilégiés dans la période de reconstruction. Une conférence de presse de Nicolas Sarkozy est prévue à l’issue de cette réunion, qui devait donner lieu à de multiples rencontres bilatérales. La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a ainsi rencontré jeudi après-midi Nicolas Sarkozy, puis Moustapha Abdeljalil et Mahmoud Jibril.