Des révélations pointent la responsabilité de De Gaulle dans le Massacre du 17 octobre 1961
Des révélations d’un journal français ayant pu consulter les archives déclassifiées confirment a coup sûr l’implication De Gaulle dans le massacre d’Algériens le 17 octobre 1961.
“De Gaulle savait et il savait tout”, a rapporté Mediapart après avoir consulté dans les archives déclassifiées fin 2021 deux notes adressées au général de Gaulle.
1e note adressée a De Gaulle
Mediapart a retrouvé une note datée du 28 octobre 1961 [soit 11 jours après les massacres où des dizaines d’Algériens étaient noyés dans la Seine], rédigée par le conseiller du général de Gaulle pour les affaires algériennes, Bernard Tricot. Il indique au président français qu’« il y aurait 54 morts ». « Les uns auraient été noyés, les autres étranglés, d’autres encore abattus par balle. Les instructions judiciaires ont été ouvertes. Il est malheureusement probable que ces enquêtes pourront aboutir a mettre en cause certains fonctionnaires de police », explique le haut fonctionnaire.
Seconde note en date du 6 novembre 1961
Dans une seconde note datée du 6 novembre 1961, Bernard Tricot expose a Charles de Gaulle une «question d’ordre gouvernemental»: «Savoir si on se bornera a laisser les affaires suivre leur cours, auquel cas il est probable qu’elles s’enliseront, ou si le ministre de la Justice (Bernard Chenot, NDLR) ainsi que le ministre de l’Intérieur (Roger Frey, NDLR) doivent faire savoir aux magistrats et aux officiers de la police judiciaire compétente que le gouvernement tient a ce que la lumière soit faite.» «Il importe beaucoup, semble-t-il, que le gouvernement prenne dans cette affaire une position qui, tout en cherchant a éviter le plus possible le scandale, montre a tous les intéressés que certaines choses ne doivent pas être faites et qu’on ne les laisse pas faire», poursuit-il.
Réponse de De Gaulle
Ladite note porte la réponse manuscrite du général de Gaulle: «Il faut faire la lumière et poursuivre les coupables» et «Il faut que le ministre de l’Intérieur prenne vis-a-vis de la police une attitude d’autorité, qu’il ne prend pas».
En effet, aucune procédure a l’encontre de policiers n’a jamais été lancée. Les ministres de l’Intérieur Roger Frey et de la Justice Bernard Chenot ont été confirmés dans leurs fonctions, de même que Maurice Papon.
De droite a gauche, Roger Frey (intérieur), Jean Verdier (DG de la sûreté nationale), Maurice Paron (préfet de police) et Bernard Chenot (justice)
Force est de rappeler qu’en cette date du 17 octobre 1961, quelque 30 000 Algériens avaient manifesté pacifiquement a l’appel du Front de libération nationale (FLN) contre le couvre-feu qui leur était imposé.
La présidence française a reconnu en octobre 2021 pour la première fois que « près de 12 000 Algériens furent arrêtés et transférés dans des centres de tri au stade de Coubertin, au Palais des sports et dans d’autres lieux. Outre de nombreux blessés, plusieurs dizaines furent tués, leurs corps jetés dans la Seine ».
Des révélations qui ne laissent pas indifférent l’auteur du livre ‘Ici on noya les Algériens’ Fabrice Riceputi, paru le 2 septembre 2021.
«Les révélations de Mediapart confirment que tout l’appareil de l’Etat fut impliqué, a des titres divers, dans le massacre du 17 octobre 1961 et dans son impunité», a réagi Fabrice Riceputi sur Twitter, avant d’ajouter «Ce que l’Elysée en octobre dernier passait sous silence».
Fabrice Riceputi a également reproché a De Gaulle d’avoir laissé en place durant cinq ans son ministre de l’Intérieur Roger Frey et le préfet Maurice Papon qui seront quatre mois plus tard responsables de la tuerie du métro Charonne.
La présidence française a reconnu en octobre 2021 pour la première fois que «près de 12 000 Algériens furent arrêtés et transférés dans des centres de tri au stade de Coubertin, au Palais des sports et dans d’autres lieux. Outre de nombreux blessés, plusieurs dizaines furent tués, leurs corps jetés dans la Seine ».