Ehud Olmert aux Etats-Unis sur fond de démêlés judiciaires
Pressé de démissionner en raison des soupçons de corruption qui pèsent sur lui, le Premier ministre israélien Ehud Olmert entame une visite de trois jours aux Etats-Unis qu'un éditorialiste a qualifiée de tournée d'adieu.
Niant toute malversation dans l’affaire de pots-de-vin ou il est mis en cause, Olmert compte s’entretenir avec le président George Bush de questions essentielles aux relations israélo-américaines et au conflit du Proche-Orient.Le dirigeant israélien, qui a l’occasion de mettre entre parenthèses ses démêlés avec la justice de son pays, a néanmoins fait savoir qu’il démissionnerait s’il était inculpé.Mais, pour l’instant, il entend rester à son poste, aussi bien à la tête du gouvernement que de son parti Kadima.”Dans toute cette affaire, je n’en ai pas encore eu l’occasion mais je pourrai bientôt dire ce qui doit être dit, apporter des explications et balayer les équivoques”, a-t-il dit dimanche soir.”Je sais que les événements politiques de ces derniers jours ont mis la pression sur certaines personnes (…) Je propose que nous évitions d’agir sous la pression.””Nos responsabilités dans la direction des affaires publiques sont lourdes et il faut agir avec réflexion et prudence, en réfrénant les ardeurs de ceux qui pourraient perdre leur calme”, a ajouté le Premier ministre à l’adresse des membres de son parti qui souhaitent son départ.La police israélienne enquête sur des sommes remises à Olmert par l’homme d’affaires américain Morris Talansky. Olmert assure que cet argent a servi à financer des campagnes. Le procureur général d’Israël n’a pas indiqué à quelle date une décision pourrait être prise sur son éventuelle inculpation.Olmert a dit avoir des questions importantes à discuter à Washington.”Mes collègues ministres, qui collaborent avec moi sur les questions les plus stratégiques et les plus cruciales pour Israël, reconnaissent que ce voyage revêt une extrême importance”, a dit le Premier ministre dimanche.Bush et lui se sont rencontrés il y a deux semaines, lors d’une visite effectuée par le chef de la Maison blanche en Israël pour le 60e anniversaire de sa création.Une invitation à la conférence annuelle de la Commission des affaires publiques américano-israélienne (AIPAC), lobby pro-israélien de Washington, a ouvert la voie au voyage d’Olmert – qui pourrait être sa dernière occasion d’effectuer quelques mises au point en tête à tête avec Bush.RENCONTRE AVEC LES TROIS ASPIRANTS US Parmi les questions qui seront sans doute abordées figurent le programme nucléaire de l’Iran, les pourparlers sur la création d’un Etat palestinien que Bush espère voir aboutir à un accord avant son départ de la Maison blanche – mais que la situation intérieure israélienne peut compromettre – et les violences entre Israël et les activistes de la bande de Gaza.Olmert compte aussi rencontrer le candidat républicain à la présidence américaine, John McCain, et les rivaux démocrates Barack Obama et Hillary Clinton. Tous trois doivent prendre la parole à la conférence de l’AIPAC.Dana Perino, porte-parole de la Maison blanche, a reconnu jeudi que l’enquête sur l’affaire Olmert-Talansky affectait quelque peu l’attention portée aux pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens, qui sont censés déboucher sur un résultat dans les sept prochains mois.S’adressant à des journalistes, elle a paru laisser entendre que Bush s’abstiendrait de commenter l’enquête en cours: “Le président considère que la politique israélienne est un sujet dont les Israéliens devront s’occuper.”Le mois dernier, à la veille de sa visite à Jérusalem, Bush avait fait allusion pour la première fois à l’affaire judiciaire en soulignant qu’il tenait Olmert pour “un homme honnête”.Depuis, l’homme d’affaires Talansky a déclaré à un tribunal israélien qu’il avait remis à Olmert 150.000 dollars environ sous la forme de prêts et d’enveloppes remplies d’argent liquide, avant qu’il devienne Premier ministre en 2005.Après cette déposition, le Parti travailliste du ministre de la Défense Ehud Barak, principal partenaire de coalition d’Olmert, a demandé à ce dernier de démissionner en menaçant de provoquer des élections anticipées à une date indéterminée.Plus inquiétant pour Olmert dans l’immédiat, les dirigeants de son parti Kadima – dont la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni – envisagent des élections internes en vue de lui désigner un successeur.