Front Polisario: « Le Maroc reviendrait au sein de l’UA après l’échec de sa politique »
L’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Alger, Bouchraya Hamoudi Bayoune a indiqué que la demande d’adhésion du Maroc à l’Union africaine (UA) intervenait après l’échec de sa politique coloniale et des tentatives « désespérées » de s’imposer de manière illégitime à l’UA.
«34 ans après, le Maroc constate l’échec de sa politique coloniale et qu’il doit respecter les Africains et se soumettre aux décisions de l’UA », a déclaré l’ambassadeur du Sahara occidental à Alger, lors d’une conférence de presse animée conjointement avec l’ancien diplomate algérien, Abdelaziz Rahabi et le professeur en droit international de l’université de Tizi Ouzou Amari Tahar-Eddine.
Abdelaziz Rahabi a mis en garde contre d’éventuelles manœuvres du Maroc après son retour au sein de l’UA qu’il a quittée il y a 34 ans.
«Qu’il intègre ou non l’UA, le Maroc ne saurait en aucun cas modifier l’Acte de l’organisation concernant les frontières… il est tenu de respecter les frontières héritées de la colonisation », a insisté Bouchraya Hamoudi Bayoune.
Pour lui, « l’opportunité s’offre à l’occupant (marocain) d’engager des négociations avec les représentants du Sahara occidental pour le règlement du conflit».
En réaction aux rumeurs du Maroc qui prétend avoir eu le soutien de principe de 28 pays en faveur de sa réintégration au sein l’Organisation panafricaine, le diplomate sahraoui a précisé: « le Maroc a tenté de s’imposer de manière illégitime à l’UA lors du sommet de Kigali (Rwanda) l’été dernier mais l’UA a fait échec à cette tentative ».
Par ailleurs, Bayoune a rappelé ce qui s’est passé lors du 4e sommet Afro-arabe en Guinée équatoriale, lorsque des pays alliés du Maroc, à l’image du Sénégal, ont refusé de le soutenir dans sa démarche en boudant les travaux de la rencontre en raison de la présence d’une délégation du Sahara occidental.
Répliquant d’un ton ironique au royaume marocain qui prétend avoir engagé des investissements dans le continent africain, l’ambassadeur sahraoui s’interroge: « Il parle d’investissement. Est-ce avec les revenus de la drogue? Comment parle-t-il d’investissements étrangers alors qu’il est incapable de former un gouvernement depuis six mois?».
De son côté, l’ancien ambassadeur d’Algérie en Espagne, Abdelaziz Rahabi, a tenu à riposter aux allégations marocaines imputant la responsabilité de la tension qui caractérise les relations algéro-marocaines et le gel de l’Union maghrébine au dossier sahraoui, affirmant qu’« aucun pays n’a reconnu à ce jour la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.»
De l’avis de l’ancien diplomate algérien, « la demande d’adhésion du Maroc à l’UA est (en soi) une reconnaissance indirecte de la République arabe sahraouie démocratique (RASD)».
Par ailleurs, Rahabi a alerté sur le fait que la demande d’adhésion du Maroc à l’UA puisse cacher une stratégie visant à discréditer l’UA.
Pour sa part, l’académicien Amari Tahar-Eddine a fait le lien entre la demande d’adhésion du Maroc au sein de l’UA et celle d’Israël en tant que membre observateur.
Selon lui, «les principes de l’UA s’opposeraient à la présence du Maroc au sein de l’Union, étant donné que l’occupant marocain ne respecte pas les frontières héritées à l’indépendance ou de l’époque coloniale», estimant que «sa politique concernant le conflit sahraoui menacerait la paix et la sécurité dans la région africaine».