Hichem Aboud à Ech Chorouk : «l’inculpation d’un diplomate algérien en France cache beaucoup de choses»
Les tribunaux français viennent de prononcer un non-lieu pour le diplomate algérien Mohamed Ziane Hasseni accusé d’avoir participé dans l’assassinat en 1987 de l’avocat Mecili. Pour rappel le diplomate algérien avait été arrêté par les autorités françaises le 14 août en 2008 dans le contexte d'un mandat d'arrêt international. Le journaliste- écrivain Hichem Aboud a été, lui, un témoin- clé face au juge d'instruction chargé de l'affaire. Il revient dans cet entretien, premier du genre sur le fond du dossier qui a conduit à une forte tension dans les relations entre la France et l’Algérie.
Ech Chorouk : Les tribunaux français viennent de blanchir le diplomate algérien suite aux accusations portées contre lui. Certains estiment que c’est là le résultat d’un accord conclu entre les deux pays. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
Hichem Aboud : Etant donné que je suis un témoin cité dans cette affaire, je peux dire que je connais assez bien ses dessous et certains détails de fond. C’est pourquoi je peux affirmer avec certitude que la justice française n’a finalement fait que son travail en rendant justice au diplomate algérien. Aussi, il n’y a pas lieu d’y voir, à mon avis, une quelconque négociation.
Je considère, au contraire, que l’acquittement de Mohamed Ziane Hasseni par la justice française a tardé. Et s’il ait pu exister des pressions exercées sur la justice française, elles ne pouvaient provenir que de l’Élysée ou du Quai d’Orsay.
Dans cette affaire, certaines parties étaient surtout enclines à faire du tort à l’Algérie plutôt que de défendre la mémoire d’André Mecili. L’acquittement de Mohamed Ziane Hasseni a été rendu public le 4 Juin 2009 à la suite d’un débat mené à travers d’une”vidéoconférence”qui a mis aux prises Mohamed Samraoui d’Allemagne, Mohamed Ziane Hasseni et moi-même.
Au cours de cette confrontation, les contradictions de Mohamed Samraoui qui ont suscités des rires parmi l’assistance notamment quand il est revenu sur ses accusations à l’encontre de Mohamed Ziane Hasseni. La confrontation s’est soldée par une franche poignée de mains entre le juge d’instruction, l’avocat de la partie civile, maître Antoine Comte et le diplomate algérien.
Se disant définitivement convaincu de son innocence, le magistrat lui dira à la fin : «On ne veut pas réparer une erreur par une autre ! » La seule personne accusée dans cette affaire est le diplomate algérien qui vient d’être blanchi. Par conséquent, où se situe ce prétendu accord conclu entre les deux pays ?
Mohamed Samraoui a prétendu récemment avoir fait l’objet de pressions et qu’il disposerait à ce sujet d’enregistrements d’appels téléphoniques qu’il aurait reçus de la part d’un agent des services de renseignements algériens. Qu’en pensez-vous ?
Ceci n’est que pur mensonge de la part d’un personnage peu crédible. Ces allégations sont apparues, notez-le, deux jours avant le prononcé du jugement. Il s’agit, pour moi, d’une diversion destinée à sauver sa tête et à se prémunir de poursuites pénales pour faux témoignage et entrave à la justice.
S’il dispose, comme il le prétend, de tels enregistrements pourquoi ne les a-t-il pas donné à la journaliste José Garçon connue pour son hostilité envers l’Algérie plutôt que de les remettre au juge d’instruction en temps opportun ?
Cela dit, il est très facile de faire des enregistrements d’appels téléphoniques avec qui on veut et les attribuer ensuite à qui on veut. Normalement, Mohamed Samraoui devrait être poursuivi par la défense de la partie civile et le juge d’instruction.
Y a- t-il, d’après vous, une possibilité de telles poursuites ?
Non, je ne crois pas parce que la partie civile aurait dû déjà poursuivre Mohamed Samraoui pour son implication dans ce meurtre pour la simple raison qu’il a déclaré auparavant devant le juge d’instruction avoir assisté à la remise de l’argent au meurtrier qu’il a mis sous sa protection à l’Hôtel Es-Salem de Skikda. Ironie du sort, la partie civile a pris la défense de Mohamed Samraoui qu’elle a mis, contre toute attente, sous son aile.
L’avocat, Antoine Conte qui voue une inimitié mortelle à l’encontre de l’Algérie connaît bien les dessous de l’assassinat d’André Mecili n’envisage pas de poursuivre Mohamed Samraoui pour son implication dans le meurtre. S’agissant du parquet français, il est partie- prenante dans cette tromperie dont s’est rendu l’auteur Samraoui.
Quels sont les dessous auxquels vous faites allusion ?
L’accusation de Mohamed Ziane Hasseni dans l’assassinat d’André Mecili a révélé plusieurs choses. Il convient de rappeler certains faits occultés dans ce dossier par lequel on veut, à tous prix, incriminer les services secrets algériens. En réalité, André Mecili est français de nationalité, de père en fils. Il était de confession chrétienne et portait un prénom français. «Ali» n’était que son pseudonyme. De plus, il était marié à une française. Ses enfants portent également des prénoms français et sont de nationalité française.
Je me demande dans ce cas pourquoi certaines parties tendent à négliger cet aspect et à occulter délibérément la nationalité qu’il a héritée de ses ancêtres ? André Mecili était français et nul ne peut prétendre le contraire. Certes, il a participé à la guerre de libération, comme beaucoup de français à l’instar de Maurice Audin, Henri Maillot, Frantz Fanon et tant d’autres qui ont sympathisés avec la cause algérienne. Les tenants de l’opposition imputent l’assassinat de Mecili à ses efforts de rapprochement entre Ahmed Ben Bella qui dirigeait à partir de l’étranger le mouvement pour la démocratie en Algérie et Hocine Aït Ahmed qui a relancé le FFS au milieu des années quatre-vingt.
Cette thèse n’est pas suffisante pour justifier cet assassinat puisque il existe une autre personne qui, elle, a œuvré dans ce sens avec beaucoup plus d’efficacité. Il s’agit en l’occurrence de maître M. Brahim Younès, qui était l’un des dirigeants du Mouvement pour la démocratie en Algérie.
Quelle est, selon vous, la cause de cet assassinat ?
Après avoir suivi l’évolution cette affaire d’accusation de Mohamed Ziane Hasseni, il en ressort une guerre des services. Ainsi, selon des proches d’André Mecili, ce dernier cherchait à exploiter sa relation avec Ahmed Ben Bella pour faire le lien avec des organisations libanaises qui avaient pris en otage au milieu des années 80 des citoyens français.Il est de notoriété que l’Algérie a joué un rôle déterminant en tant que médiateur entre certaines parties libanaises et des pays occidentaux, qui avait alors des ressortissants détenus au Liban.
D’après ces mêmes sources, André Mecili était en relation avec le capitaine « Er-rougi », un officier des services de renseignements algériens. Il semble que ce dernier l’ait dissuadé de brouiller les efforts de l’Algérie au Moyen-Orient. Cette thèse est devenue aujourd’hui convaincante pour les raisons suivantes: on constate que l’affaire Mecili a ressurgi en Juin 2001 alors que la famille Mecili (son épouse, frères et fils) et le FFS ne s’en souciait presque plus.
Lorsque la presse a demandé à madame Mecili Annie, la veuve du défunt, ce qu’elle pensait d’un de mes entretiens paru sur l’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur» quelles étaient ses impressions à la suite du retour de l’affaire sous les feux de la rampe, elle s’est dite se méfier de mes déclarations. Pourtant, mes déclarations je les ai faites dans un des plus grands hebdomadaires et même devant un juge d’instruction.