L'Algérie peine à trouver acheteur pour son pétrole
· Les spéculateurs sont sortis du marché, faute de liquidités. Reste la réalité du marché, celle de l’offre et de la demande, a estimé le ministre.
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- Le pétrole ne saurait descendre en dessous des 70 dollars, si l’on se réfère au coût de production des sables bitumeux au Canada et celle de l’off shore au Brésil
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- La crise va persister en 2009 et même au-delà, selon le ministre
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« L’Opep n’a pas d’objectif de prix. Si on réduit, ce n’est pas pour atteindre un prix, c’est pour trouver un acheteur à notre brut », c’est ce qu’a affirmé jeudi, notre ministre de l’énergie et des mines, Chakib Khelil, à l’issue d’une visite de deux jours qui l’aura mené à Hassi Messaoud et à Hassi R’Mel.
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M. Khelil qui s’exprimait à propos de la décision de l’Opep d’avancer au 24 octobre une réunion d’urgence initialement fixée le 18 novembre pour discuter de la crise financière mondiale, a estimé que l’Organisation des Pays producteurs de pétrole devrait prendre une décision rapidement : « plus l’action est importante et rapide, plus l’effet sera conséquent. Si elle est lente et hésitante, ça sera plus difficile de maîtriser les prix », a-t-il dit, rappelant dans ce contexte les deux plus importantes occasions où l’organisation a dû intervenir pour stabiliser les marchés, au cours des crises de 1986 et 1998.
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Rappelant le fait que l’organisation ne détient que 40% de la production mondiale, le ministre dira que c’est aussi au pays non Opep qui produisent les 60% restants,de prendre des décisions en conséquence.
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Concernant les quantités de pétrole que devrait retirer l’Opep des marchés pour stabiliser la chute vertigineuse des prix, Chakib Khelil n’a pu donner une estimation, se contentant de constater que l’Opep regroupe treize pays membres, « treize pays qui ont chacun des intérêts différents et donc des objectifs différents », a-t-il affirmé.
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S’expliquant sur le coût marginal du prix du baril, Khelil estimera que celui-ci « devrait osciller entre 70 et 90 dollars “, partant du principe que les sables bitumeux du Canada et l’extraction du pétrole off shore au Brésil « ne peuvent plus être produits si le cours descend sous les 70 dollars le baril ».
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“Il est évident que pour assurer l’équilibre du marché, les livraisons doivent diminuer. Je ne peux vous dire à quel niveau. Nous devons nous réunir pour décider. La réponse viendra de la réunion de l’Opep,” A-t-il dit, précisant dans ce contexte que les spéculateurs sont sortis du marché faute de liquidités et que seule reste l’économie réelle du marché, « celle de l’offre et de la demande ». Une demande qui devrait baisser selon ses propres estimations, à quelque 600 mille à 700 mille barils/ jour, contre les 1, 3 millions prévus.
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Néanmoins, le ministre a signalé que le marché prévoit à terme, le prix moyen de 86 dollars d’ici au mois d’avril prochain, « Au-delà, il faudra s’inquiéter », a-t-il précisé avant d’indiquer que la récession économique mondiale devrait durer toute l’année 2009, et au-delà, en 2010, « l’année 2009 ne s’annonce pas très bonne, il n’ya pas de visibilité et l’avenir est plein d’incertitudes. La question qu’il faut se poser est : est-ce que la Chine va tenir le coup », a-t-il demandé.
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Pour rappel, le baril avait culminé à 147 dollars en juillet, avant de retomber jeudi à moins de 70 dollars à New York en raison de la crise financière mondiale qui provoque un ralentissement économique et une baisse de la demande.
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Pour ce qui est du gaz, Chakib Khelil a souligné qu’il n’y’a pas d’inquiétude à avoir à ce sujet même si les Etats- Unis n’en n’importent plus désormais : « nous ne vendons que 5% de notre GNL aux USA, tandis que l’essentiel de nos exportations va à l’Europe dans des contrats à long terme » a-t-il spécifié, arguant par ailleurs que l’Algérie vend également 10% de sa production sur des marchés « spot » au Japon et en Corée, « et ça marche très bien », a-t-il dit, rappelant que les prix du gaz sont indexés sur ceux du pétrole mais avec une marge de six mois, « on n’a donc vraiment pas à s’inquiéter pour le moment » a conclu Chakib Khelil rappelant enfin que revenus ordinaires du secteur des hydrocarbures pour l’année 2008 sont déjà établis sur 80 milliards de dollars.