L’ambassadeur égyptien l’a affirmé à Echorouk: « Une nouvelle ère des relations algéro-égyptiennes »
L’ambassadeur égyptien à Alger, Azeddine Fahmi a manifesté sa profonde ambition de ce que va apporter la 2e République de son pays, sous le règne de Mohammed Morsi, fraîchement élu, aux relations bilatérales des deux pays sur le plan politique et commercial.Azeddine Fahmi est revenu dans cette interview que nous a accordée (Echorouk) sur le préjudice occasionnée par le match (Algérie/Égypte) du 14 novembre 2009.
Echorouk : Comment voyez-vous le futur de la 2e République avec l’arrivée des Frères musulmans ?
Azeddine Fahmi : C’est un grand événement, Dieu merci. Avant l’annonce des résultats, nous étions très inquiets après notamment le report de l’annonce des résultats du second tour par la commission électorale. Dieu merci, tout est rentré dans l’ordre après l’annonce des résultats. Le vainqueur est le peuple qui aspire à un meilleur avenir à la lumière d’une économie sensiblement affaiblie, et dont le peuple a beaucoup souffert sur le plan social depuis un an et demi.
Echorouk : Vous qualifiez l’arrivée de Morsi au pouvoir de « victoire », alors que ce dernier reste sans pouvoir ?
Azeddine Fahmi : Je suis optimiste à ce que le président élu par une majorité récupérera ses pouvoirs, comme l’a fait courageusement le peuple, qui a réussi à mettre à bas le pouvoir ayant semé de despotisme et d’oppression pendant des décades. Même Chafik, s’il était élu, il n’aurait pas accepté de présider le pays sans jouir de prérogatives.
Echorouk : Le nouveau président affrontera de nombreuses questions épineuses tant sur le plan interne qu’externe, dont le procès de Moubarak et ses fils sera rejugé ?
Azeddine Fahmi: Sur le plan interne, d’une part, la priorité des priorités sera bel et bien la sécurité et la restauration de la paix et de la stabilité dans le pays, qui reste une tâche qui nécessite beaucoup de temps. D’autre part, de nombreux dossiers seront rouverts et des enquêtes sur bon nombre d’affaires seront diligentées, car Morsi devra tenir ses promesses annoncées lors de la campagne électorale, à savoir notamment le sujet de Moubarak et ses fils, ayant été à l’origine des maux du pays, qui seront rejugés.
Echorouk : L’expérience tunisienne a bien montré que les symboles de l’ancien régime ne baissent pas les bras, vous attendiez-vous à de la « fitna » et de l’anarchie dans votre pays ?
Azeddine Fahmi : Certes, qu’il y aurait une résistance des symboles de l’ancien régime et de ceux ayant perdu leur influence, ils tentent sans doute de mettre des obstacles au Président, en usant de la fitna et des troubles dans le pays. Ceux ayant bénéficié des services de l’ancien régime pour faire fortune, font tout pour éviter qu’on leur demande des comptes.
Quant au choix du peuple égyptien dans ce vote, les Égyptiens ont opté pour les Frères musulmans, car ces derniers ont les mains propres.
Echorouk : Comment trouvez-vous les perspectives d’échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Égypte sous le règne de Morsi ?
Azeddine Fahmi : Je suis très optimiste quant aux relations bilatérales des deux pays dans l’avenir, parce que les relations qui lient les deux pays ne datent pas d’hier et le sang des deux peuples a été versé lors de la guerre d’octobre 1967. Nous allons célébrer ensemble le 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie et nous partageons les moments de joie de la glorieuse guerre de Libération nationale qui reste éternellement une référence et un meilleur exemple à suivre.
Malheureusement, les événements ayant eu lieu lors du match de qualification au Mondial-2010, a spectaculairement affecté les relations commerciales des deux pays, dont les investissements égyptiens en Algérie ont connu un sérieux préjudice, notamment en matière du bâtiment, télécommunications, électricité ainsi que le textile. Dieu merci encore, après la révolution populaire du 25 janvier 2011, les relations commerciales des deux pays s’étaient améliorées.
S’agissant des relations politiques, elles n’ont été guère affectées, d’ailleurs la président Abdelaziz Bouteflika était l’un des premiers à avoir félicité la victoire de Morsi à la présidentielle en plus des lettres de félicitations des partis du MSP et le Front du Changement.
Echorouk : Qu’en est-il des négociations sur l’exonération des droits de douanes , dont l’Algérie a changé d’avis à ce sujet ?
Azeddine Fahmi : Depuis mon arrivée en Algérie, en tant qu’ambassadeur d’Égypte, j’ai abordé ce sujet avec le ministre du commerce, Mustapha Benbada qui m’a d’ailleurs promis de revoir graduellement à la baisse les taxes sur les produits égyptiens. Entre autres, les exportateurs égyptiens sont prêts à payer les taxes.
Mustapha Benbada m’a promis d’exposer les préoccupations de nombreux investisseurs aux hauts responsables, notamment celles d’Égypte-Air et d’autres ayant enregistré de pertes considérables mais ont dû payer leurs impôts en dépit du gel de leurs activités après le match du 14 novembre 2009.
Tant mieux, la balance commerciale a augmenté au 1er semestre de l’année en cours (2012) de 200 à 300 millions de dollars ainsi que pour les visas délivrés qui sont passés de 20 à 60.