Les Zaouïas : Regards Croisés sur un Symbole « très » National
Près du Mirhab
Ce sont à la fois des lieux de culte et de spiritualité où se côtoient initiation au soufisme et enseignements Coraniques. De certains avis, ce sont les véritables berceaux de l’islam traditionnel. D’autres, voient en elles les arrière-gardes de l’archaïsme et du charlatanisme.« Les zaouïas et le mouvement national », un thème abordé par quelques historiens algériens lors du Forum d’Echorouk.
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Des rapporteurs du rôle positif des zaouïas, il y’en a.
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Mohamed Arezki Ferrah est là pour relater les rendez-vous de l’histoire, où la Zaouïa a donné du fil à retordre à l’occupant français.
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Monsieur Ferrah est chercheur en histoire et comme le veut la discipline rigoureuse où il exerce ; il parle, avec dates et chiffres à l’appui pour convaincre.
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Au Forum d’Echorouk, il avance le chiffre de « 100 hommes : voici le nombre des martyrs de la révolution que compte les zaouïas. L’un d’eux n’est autre que le Cheikh Tahar de la Zaouïa Timmelil en Kabylie. Un assassinat que les moudjahidines vengeront en exécutant un prêtre de la région d’Azeffoun» raconte le chercheur.
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Devant le corps du prélat les moudjahidines laisseront un message d’avertissement.
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« Un geste qui en dit long sur la relation qu’entretenaient les révolutionnaires avec les confréries religieuses » poursuivra Arezki Ferrah.
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Mais si on devait remonter encore plus loin dans l’histoire de la colonisation, en 1830 l’année de l’invasion de l’Algérie par la France, on apprend que le Dey d’Alger faisait déjà appel aux zaouïas.
« Défendre l’intégrité territoriale », voilà l’argument qui a vite fait de mobiliser les étudiants et les cheikhs de Thi Mammeri. Ils formeront 50% de l’armée du Dey et seront 27 000 à perdre la vie dans la bataille de Staoueli. -
Poursuivant notre discussion avec notre interlocuteur, nous apprendrons que très tôt la zaouïa sera l’un des chantiers d’études sociologiques de la France coloniale qui s’est promis de lui soustraire « pouvoir et crédibilité ». Elle la ruinera économiquement en lui retirant les Waqfs, source de revenus essentiels qui contribuent notamment à pourvoir les nouveaux étudiants d’une bourse d’étude.
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De plus, la France surveillait de très près les activités des zaouïas « répertoriant la moindre inscription et les nouveaux biens acquis ».
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En 1956, l’incendie de la zaouïa Sidi Abderrahmane el Yalouli durera une semaine. Ce sera l’œuvre des militaires français.
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Parmi ceux qui adhèrent sans peine à la thèse de zaouïas « comme relais du combat révolutionnaire », un expert international en soufisme, docteur Mohamed Ben Brika.
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Ce dernier nous éclaire sur l’apport des « zaouïas de l’Est et du Sud algérien qui ont eu un rôle significatif dans la lutte pour la reconquête du territoire national. Le tout doit être compris dans une perspective historique ; depuis le soulèvement populaire en passant par la lutte politique jusqu’à la guerre de libération nationale ».
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Monsieur Ben Brika ajoute que « l’émir Abdelkader, le fondateur de l’Etat moderne algérien, est lui-même un disciple de la Tariqa Kadiria. Par ailleurs, d’autres grandes figures historiques nous rappellent le rôle joué par les nombreuses écoles telles la Rahmania, la Chadlia ou la Zaouïa d’El Hamel qui a été particulièrement active.
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Parmi les personnages illustres qui ont levé l’étendard de ces zaouïas, nous comptons Cheikh Haddad, El Mokrani, Cherif Boubaghla ou encore Lalla N’soumer, sans oublier Cheikh Bouamama.
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Ainsi, pour Mohamed Ben Brika, lui aussi invité du forum « Nous ne devons pas nier la contribution des zaouïas et des écoles de soufisme durant le soulèvement populaire. D’ailleurs, les historiens sont unanimes à reconnaître l’apport ».
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Une «Unanimité » à laquelle le professeur Mohamed Saadi ne semble pas adhérer !
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Sans demi-teinte monsieur Saadi annonce « la plupart des zaouïas algériennes étaient très éloignées du terrain. Peu nombreuses sont celles qui font des actions « limitées », d’ailleurs…Ceci s’explique par la structure idéologique de la zaouïa. Le colonisateur a, je dirais, réussi à y introduire des tendances au charlatanisme ».
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L’opinion que partage le professeur Mohamed el Alami el Sa’ihi qui déclare « l’histoire semble se répéter, nous assistons à travers la politique de Washington et son projet de grand moyen orient avec son désir de réhabiliter les zaouïas. Elle tient à leur donner un rôle politique comme l’avait fait la France durant la période coloniale ».
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Professeur el Sa’ihi évoque l’opposition du cheikh Ben Badis à deux écoles que l’occupant a utilisé pour endormir ses partisans, essayant de refréner l’éveil des consciences nationales.
Mitigée, controversée voire complexe et inachevée, l’histoire des zaouïas n’a pas encore tout livré et encore moins tout dit ce qui a animé ces lieux de culte et ce qui les a fait continuer d’exister comme un symbole « très » national.
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