Libye : Syrte, bastion de Kadhafi, bombardé
Des avions britanniques ont bombardé un QG de Mouammar Kadhafi à Syrte, bastion historique de l'ex-homme fort libyen, dont la capture restait vendredi l'objectif majeur des rebelles après l'annonce hautement symbolique de l'installation de leur gouvernement à Tripoli.
Couronnement politique de plus de six mois de combats acharnés, les rebelles ont annoncé jeudi soir l’installation de leur gouvernement à Tripoli, même si des poches de résistance des pro-Kadhafi subsistent près d’une semaine après l’entrée des rebelles dans la capitale. Le « gouvernement » des rebelles, le bureau exécutif du CNT, jusqu’alors installé à Benghazi (est), a été transféré à Tripoli, a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi Ali Tahouni, son vice-président. Le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, suivra dès que la situation sécuritaire le permettra. Dans la capitale, la situation est restée très calme la majeure partie de la journée vendredi. Dans le sud de la ville, les insurgés ont arraché les drapeaux du régime à l’entrée du quartier loyaliste d’Abou Salim, conquis la veille après 48 heures de combats acharnés. M. Tahouni a aussi assuré que les rebelles mettraient la main sur Mouammar Kadhafi, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 42 ans et pour lequel le CNT a offert une récompense de 1,7 million de dollars, mort ou vif. « Nous sommes libres. Nous pouvons circuler dans nos villes. C’est lui qui est dans les égouts (…). Nous allons l’attraper », a-t-il ajouté, en écho aux commentaires de M. Kadhafi, qui a régulièrement qualifié les rebelles de « rats ». Mais le colonel Kadhafi restait introuvable et les rebelles soupçonnaient l’ancien leader d’avoir trouvé refuge à Syrte, à 360 km à l’est de Tripoli, sa région natale où de nombreuses tribus lui sont fidèles. Dans la nuit de jeudi à vendredi, les forces britanniques, sous l’égide de l’Otan, ont bombardé « un important bunker-quartier général » dans ce grand port de 120.000 habitants, selon le ministère britannique de la Défense. L’Alliance atlantique a aussi annoncé avoir détruit près de Syrte 29 véhicules militaires qui faisaient partie d’un convoi prenant la direction de Misrata, ville rebelle à mi-chemin entre Syrte et Tripoli. Syrte « a toujours été un bastion du régime, et maintenant ce qu’il reste de ce régime l’utilise pour lancer des attaques », a expliqué un responsable de l’Otan sous couvert de l’anonymat, prévenant que les derniers fidèles de Mouammar Kadhafi étaient « prêts à tout ». Dans l’Ouest, les combats se poursuivaient pour la maîtrise de la route stratégique reliant Tripoli à la Tunisie, afin aussi de couper une éventuelle porte de sortie pour Mouammar Kadhafi. Les rebelles ont annoncé avoir pris vendredi sans grande difficulté le contrôle de Bou Kammesh, à une quinzaine de kilomètres de la frontière, et espéraient prendre dans la soirée le commandement du poste-frontière de Ras Jdir (son nom côté tunisien). Des combattants rebelles progressaient aussi vers l’est, en direction de Zelten et de Zouara, qui était toujours aux mains des rebelles mais sous le feu des roquettes tirées par des hommes du régime encerclant la localité.