Militants, journalistes, femmes, artistes : la société civile égyptienne aux abois
Liberté, égalité, justice. Tels étaient les mots d’ordre des Égyptiens qui ont renversé Hosni Moubarak, le 11 février 2011. Mais un an après l’arrivée au pouvoir de Mohamed Morsi, les violations des droits de l’Homme restent nombreuses.
Le 11 juin, Dimyana Obeid Abd Al-Nour, une professeure copte a été condamnée à une amende de 11 000 euros pour insulte à l’islam, par un tribunal de Haute-Égypte. Le 3 juin, Ahmed Douma a lui été condamné à six mois de prison avec sursis pour insulte au président. Lors d’une émission de télévision, ce jeune militant a qualifié Mohamed Morsi de “criminel”, en référence au massacre de Port Saïd.
Deux exemples, parmi tant d’autres. En 2012, les accusations de blasphème et d’insulte au président ont été les atteintes à la liberté d’expression les plus fréquentes, selon le Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’Homme. Lors des six premiers mois de la présidence de Mohamed Morsi, les plaintes pour insulte au chef d’État ont été six fois plus nombreuses que celles déposées pendant les 30 années de règne d’Hosni Moubarak, chassé du pouvoir le 11 février 2011.
“Les droits des femmes régressent”
Si elles tiennent le haut du pavé, ces violations des libertés ne sont pas les seules à avoir été signalées ces derniers mois. Atteintes au droit de manifester, intimidations de journalistes, procès militaires pour des civils… “Il y a davantage de violations des droits de l’Homme que sous Moubarak, affirme Mohamed Zaree, membre de l’Institut du Caire pour les études sur les droits de l’Homme. Dès le premier jour du mandat de Mohamed Morsi, il était clair que la question ne figurait pas sur son agenda.”
Fathi Farid partage ce sentiment. Il coordonne Fouada Watch, un mouvement qui s’est donné pour mission d’évaluer l’action du gouvernement en matière de respect des droits de l’homme. Et notamment ceux des femmes. “Les droits des femmes régressent, assure Fathi Farid. Le pouvoir remet en cause tous les acquis. Il veut par exemple abolir la loi qui permettait aux femmes de divorcer. À l’automne, une trentaine d’organisations a remis à la présidence un projet de loi visant à criminaliser le harcèlement sexuel. Nous n’avons eu aucune réponse.”