Ould Khlifa: L’Algérie ne sera pas un pion dans l’Organisation de la francophonie
Le Forum d’Echorouk a reçu en début de semaine le président du Haut conseil de la langue arabe Mohammed Larbi Ould Khlifa, qui est revenu sur les défis auxquels fait face la langue du saint Coran en Algérie et ses acquis depuis l’indépendance. La colonisation française a particulièrement porté préjudice à la langue arabe, ce qui a fait que l’algérien parle aujourd’hui une langue patchwork. La langue arabe a par ailleurs du mal à s’imposer au niveau des administrations.
- Le président du Haut conseil de la langue arabe a reconnu que la langue française occupe une place non négligeable au sein de la société algérienne à laquelle elle inspire la modernité. Néanmoins, la tendance semble s’inverser aujourd’hui puisque beaucoup tentent de se tourner vers la langue anglaise. Ould Khlifa ajoute que quoiqu’il en soit, la langue française ne constitue pas une menace pour la langue arabe, comme le démontre d’ailleurs la réalité: 8 millions d’élèves suivent leur scolarité en langue arabe alors qu’il y a quelques décennies, l’arabe était seulement une matière parmi d’autres. Même les écoles privées dispensent leur enseignement en arabe.
- Les pays arabes jugent l’Algérie sur une époque dépassée, du temps où l’Algérie était encore sous le joug colonial. Dans le meilleur des cas, ils s’appuient sur les années soixante et soixante-dix pour dire que les algériens communiquent entre eux en langue française, souligne notre invité, qui rappelle par la même, le rôle du mouvement national et de l’association des ulémas musulmans algériens qui ont sillonné notamment l’Égypte et la Syrie pour montrer la vraie image de l’Algérie arabe et musulmane.
- S’agissant maintenant de l’Algérie et de l’OIF (l’Organisation Internationale de la Francophonie), Ould Khlifa indique que l’Algérie n’a fait aucune démarche pour adhérer à l’organisation, d’autant que sa constitution et que son œuvre révolutionnaire ne le permettent pas. L’Algérie ne sera pas non plus un pion ou un tremplin pour certaines puissances qui veulent utiliser des pays pour servir leurs propres intérêts.
- L’Algérie, et en raison du nombre de francophones qu’elle compte, ne s’aventurera pas à rejoindre des organisations régionales sans en connaitre les objectifs, et ce qui s’applique à l’OIF s’applique aussi à l’UPM (Union Pour la Méditerranée), explique le président du Haut commissariat de la langue arabe.
- La colonisation française n’a pas été sans conséquences, affirme l’intervenant. La langue française a été en fait imposée, et chez certains algériens, la langue arabe est considérée come inférieure ou moindre, oubliant que cette langue arabe est une langue de culture et de civilisation qui a véhiculé un savoir important à toute l’humanité. Mais la langue arabe n’est pas liée à une race, et il ne faut donc pas être fanatique vis-à-vis de la langue sur cette base. La langue arabe n’est pas en revanche responsable de la situation économique et sociale en Algérie. L’incriminer n’a pas de sens, car la langue évolue suivant l’évolution de son environnement.
- Si certains insistent sur un prétendu conflit entre la langue arabe et Amazigh, ce n’est là qu’une tentative d’imposer une troisième langue. Pour Ould Khlifa, les langues arabe et Amazigh se complètent. Il se refuse également de parler de division des langues, d’arabophone et de francophone ou autre, estimant que cette manière a fait du mal à la société et ne peut être que négative. S’agissant de la langue française, c’est une langue étrangère et elle doit le rester. Et partant de là, il ne croit pas au multilinguisme en Algérie.
- Mohammed Larbi Ould Khlifa a déclaré que le Haut Conseil de la langue arabe n’est pas une institution commerciale et que nombre de ses publications sont distribuées gratuitement. Il révèle que ces publications sont demandées même à l’étranger, y compris par les bibliothèques du Congrès Américain et de New Delhi en Inde qui ont demandé à s’abonner !
- L’invité du forum d’Echorouk a évoqué la crise qui a failli avoir raison des relations entre l’Algérie et l’Égypte suite à des incidents liés au football. Ce genre de situation menace de fissurer le monde arabe qui n’est déjà pas au beau fixe, surtout depuis 1967, souligne Ould Khlifa. Il a indiqué que les médias algériens se sont distingués lors de la crise et ont su conserver un langage respectueux en répondant aux invectives. Selon lui, c’est la solidarité qui doit prévaloir entre pays arabes quelles que soient les circonstances.
- Intervenant lors du forum, le directeur général d’Echorouk n’a pas manqué de rendre un vibrant hommage à Ould Khlifa qui œuvre activement pour développer et promouvoir la langue arabe. Ali Fodhil a ajouté que la langue arabe a effectivement fait face à une multitude de défis depuis l’indépendance, et ce combat continue. Cette langue est aujourd’hui encore confrontée à certaines difficultés. Elle a par exemple du mal à s’imposer dans toutes les administrations et les institutions techniques et scientifiques. Ali Fodhil souligne que le rôle du Haut Conseil, et de son président est perceptible dans le sens de hisser la langue arabe à la place qui lui revient. La compétence, les connaissances et la présence intellectuelle d’Ould Khlifa pourront donner à la langue arabe un nouveau souffle en Algérie.