Pakistan: l'armée assure progresser à Swat, de nombreux civils tués
Le Pakistan a assuré mardi que son armée allait bientôt prendre en tenailles les talibans à Swat (nord-ouest), à la 4e semaine de son offensive, la presse pakistanaise et des défenseurs des droits de l'homme accusent les deux camps de tuer de nombreux civils.
- L’ONU, qui recense près d’un million et demi de civils déplacés en trois semaines, redoute une crise humanitaire majeure.
Lundi soir, le gouvernement avaient annoncé que les militaires affrontaient les talibans dans des combats de rues dans deux bourgs, Kanju et Matta, alors qu’ils s’étaient bornés jusqu’alors à pilonner les repaires présumés de ces combattants islamistes liés à Al-Qaïda dans les district de Lower Dir, Buner puis Swat.
Les informations livrées par les seuls militaires depuis le début de l’offensive le 26 sont impossible à vérifier, les zones de combats étant hermétiquement bouclées.
“Nos troupes progressent dans Matta où elles ont remporté une victoire majeure”, a affirmé à l’AFP un officier supérieur, sous couvert de l’anonymat.
L’armée affirme que sa stratégie est de prendre les talibans en tenailles dans Mingora, chef-lieu du district de Swat, aux mains des islamistes.
“Nos troupes s’approchent de Mingora, d’où les talibans essaient de s’échapper mais nous ne les laisserons pas passer”, a expliqué le même officier.
Toutefois, à l’unisson de la presse pakistanaise, qui cite des de nombreux témoignages sur des civils tués dans les bombardements de l’armée, des voix s’élèvent pour réclamer qu’ils soient épargnés, tant par les talibans que par les militaires.
“Les habitants de Mingora disent que les talibans ont miné la ville et empêchent de nombreux civils de s’en échapper afin de s’en servir comme boucliers humains”, assure dans un communiqué l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW).
Mais “l’armée ne semble pas prendre les précautions nécessaires dans ses bombardements aériens et d’artillerie, qui ont provoqué d’importantes pertes humaines dans la population civile”, ajoute HRW.
Sous la pression intense de Washington, l’armée pakistanaise a lancé il y a plus de trois semaines une vaste offensive dans la vallée de Swat et ses
environs aux mains des talibans depuis bientôt deux ans.
Selon l’ONU, près d’un million et demi de civils ont fui ces combats.
Mais une partie des quelques 300.000 habitants de Mingora sont pris au piège depuis deux semaines, entre les talibans qui occupent les rues et l’armée qui assiège peu à peu la ville et bombarde certains quartiers, selon des témoignages concordants recueillis par l’AFP auprès de ceux qui ont réussi à fuir. HRW cite aussi des témoins évoquant la mort de nombreux femmes et enfants sous les bombes de l’armée dans des quartiers périphériques.
Mardi, Rashid Khalikov, directeur pour New York du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, a estimé que le Pakistan faisait face à l’une des “pires crises de personnes déplacées” au monde. Le
demi-million de celles qui ont fui l’offensive de Swat s’ajoutent à quelque 550.000 déplacées ces dernières années par les combats entre talibans et militaires dans les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan, plus à l’ouest.
Depuis qu’ils ont été chassés d’Afghanistan par une coalition emmenée par les Etats-Unis fin 2001, les talibans ont établi des bases arrières dans ces zones montagneuses du Pakistan et leurs alliés d’Al-Qaïda y ont reconstitué leur force.
Outre plus de 2.000 soldats tombés depuis fin 2001 dans ces zones tribales, le Pakistan est le théâtre d’une vague sans précédent d’attentats suicide perpétrés par les talibans, qui a tué plus de 1.800 personnes en un an et demi.