Rapt des dirigeants de la révolution algérienne en 1956 : Hassan II impliqué selon Al Djazira
Le journaliste égyptien Mohammed Hassanine Haikal fait porter une lourde responsabilité au défunt roi marocain Hassan II, dans l'enlèvement de dirigeants de la révolution algérienne en 1956 par l'armée française, alors qu'ils se déplaçaient de la ville marocaine de Rabat vers la capitale tunisienne pour assister à une réunion avec l'ancien président tunisien Bourguiba, le roi du Maroc Mohammed V et des représentants du gouvernement français.
Dans le dernier numéro de “avec Haikal”, émission diffusée chaque jeudi par la chaîne satellitaire qatari Al Djazira, Haikal a indiqué que selon les informations qui étaient en sa possession, le défunt roi marocain était impliqué dans l’enlèvement des dirigeants algériens lors de la guerre de libération.
Il s’agirait d’un complot où l’émir Hassan aurait contribué à l’insu de son père le roi Mohammed V. Haikal a déclaré que Hassan II était intervenu grâce à son influence en sa qualité de numéro deux du palais royal. Son père, le roi, devait voyager dans le même avion transportant les hommes de la révolution algérienne (Ahmed Ben Bella, Hocine Ait Ahmed, Mohammed Boudiaf, Mohammed Khider et Mustapha Lachref), mais l’émir est intervenu pour que son père prenne un autre avion. Un deuxième avion de la compagnie aérienne marocaine a été affrété pour les leaders algériens.
Haikal juge cet incident comme un acte planifié “avec ou sans préméditation” par l’émir Hassan et les renseignements français pour faciliter l’enlèvement des dirigeants algériens après leur atterrissage à l’aéroport d’Alger qui était alors sous contrôle français.
Ce but n’aurait pu être atteint, d’après le journaliste, si le roi Mohammed V avait accompagné les dirigeants algériens dans un même avion, cela aurait constitué une violation de la souveraineté d’un état.Haikal a estimé que l’acte de l’émir constituait une nouvelle orientation qu’il avait commencé à préparer sur l’île de Madagascar où il était en exil avec son père.
Il s’était alors convaincu que le soutien du palais royal à la cause algérienne lui avait apporté beaucoup de problèmes en raison de l’entêtement des algériens pour une indépendance totale, chose que refusait le gouvernement français pour qui l’Algérie était une extension géographique et naturelle de l’hexagone en Afrique. Mohammed Hassanine Haikal est revenu sur les aspects du détournement de l’avion qui transportait les responsables de la révolution algérienne en indiquant qu’un correspondant du “New York Times” les accompagnait.
Il a évoqué les discussions entre l’Armée Française et le pilote de l’avion à qui elle a demandé d’atterrir immédiatement sous peine d’abattage. Le pilote a expliqué que l’avion se trouvait au dessus de l’île espagnole de Majorque pour se ravitailler en carburant et l’armée d’occupation a insisté pour un atterrissage de l’avion à l’aéroport d’Alger car il y avait à son bord, arguait-elle, des personnes recherchées.
Le commandant de bord a, selon Haikal, répondu à l’Armée française qu’il craignait pour sa famille au Maroc. L’armée l’a rassuré, c’est alors que le pilote a mis le cap sur Alger en incluant la possibilité de dévier vers le ciel tunisien, ce qu’il ne fit pas. En atterrissant à Alger, les dirigeants algériens pensaient qu’ils étaient à Tunis et ont été surpris de voir la sécurité française venir les arrêter.
Ils ne surent pas ce qui s’était passé entre le pilote et l’armée éliminant ainsi tout risque de représailles de la part des dirigeants de la révolution qui étaient armés.