Tension entre Alger et Paris
La sortie de Nicolas Sarkozy accusant l’Algérie de « mensonges » dans l’affaire des moines de Tibhirine provoque de vives réactions.
- « Sarkozy sème le doute » titrait hier El Watan, pour qui le chef de l’État français demande « aux autorités algériennes de dire la vérité ». « Sarkozy accuse l’Algérie de mensonges » renchérissait Liberté. Quant aux autorités algériennes, hormis une réaction du Rassemblement national démocratique (RND) du premier ministre Ahmed Ouyahia, dénonçant « ces campagnes tendancieuses », elles observent le silence.
- Le fait est qu’en plein festival panafricain et le jour même de la fête nationale de l’indépendance algérienne, les déclarations du général François Buchwalter imputant la mort des moines de Tibhirine (région de Médéa) à une « bavure » de l’armée algérienne et l’implication de Sarkozy dans ce dossier ont été très mal ressenties. De plus, nombreux sont les Algériens qui n’ont pas oublié ses déclarations sur les « bienfaits de la colonisation », son refus d’admettre la responsabilité de l’État français dans les crimes commis pendant la guerre d’Algérie et le fait de vouloir réhabiliter les fascistes de l’OAS !
- La thèse de la « bavure » militaire algérienne, évoquée par le général Buchwalter, commise par des hélicoptères provoque l’ire de certains journaux. Pour le Soir d’Algérie, le général français « prétend que, pour dissimuler les preuves du mitraillage, les militaires algériens ont fait disparaître les corps criblés de balles des moines, ne conservant que les têtes ! » Mais « se peut-il qu’un mitraillage depuis un hélicoptère atteigne les victimes partout sur le corps sauf au niveau de la tête et du visage », écrit le journal ? « Jamais dans une lutte antiterroriste, que ce soit en Algérie, en Afghanistan ou en Irak, un hélicoptère se pose pour identifier les corps » comme le prétend le général français, assure le quotidien Liberté. D’autant, dit-on à Alger, qu’en 1996 dans cette région montagneuse de Médéa, le GIA régnait en maître.
- Enfin, plusieurs journaux ont relevé que le général Buchwalter a évacué de sa mémoire « l’épisode de la négociation menée avec le GIA » par deux équipes françaises (DGSE et DST) et les contacts entre l’émissaire du GIA, du nom d’Abdellah, et l’ambassade de France à Alger, à qui il avait remis une cassette dans laquelle étaient enregistrées les voix des sept moines ! « Si Sarkozy a décidé de lever le secret-défense sur cette affaire, pourquoi ne le fait-il pas pour l’accès à certains documents dits “Très secret” sur la guerre d’Algérie », s’étonne Ali, avocat au barreau d’Alger ! Une chose est sûre : cette affaire intervient dans un contexte tendu entre les deux pays. Bouteflika a reporté la visite qu’il devait effectuer en France.