Tibéhirine: Sarkozy demande la vérité, veut la levée du secret
Le président français Nicolas Sarkozy a demandé mardi la “vérité” sur le massacre des moines de Tibehirine en Algérie en 1996, et indiqué qu'il voulait la levée du secret défense sur tous les documents demandés par la justice française. De son coté l'ex-Premier ministre français Alain Juppé, en fonction en 1996 au moment de l'assassinat des moines de Tibéhirine en Algérie, s'est dit mardi favorable à la levée du secret défense sur cette affaire, affirmant ne pas voir “ce qu'il y a à cacher”.
- “Ce fut un drame épouvantable et dès que nous avons appris l’enlèvement des moines de Tibéhirine par le GIA, nous avons utilisé toutes les procédures et tous les moyens pour essayer d’obtenir leur libération”, a déclaré M. Juppé à la radio France Info, disant “prendre acte” de ce nouveau témoignage. “Malheureusement ces négociations ont échoué, depuis lors des rumeurs circulent sur l’origine de ce massacre”, a-t-il admis. Interrogé pour savoir s’il était favorable à la levée du secret défense sur cette affaire, M. Juppé a répondu: “je ne vois pas ce qu’il y a à cacher sur ce drame”, a-t-il dit.
Pour sa part, Hervé de Charette, alors ministre des Affaires étrangères, a affirmé mardi n’avoir pas été informé à l’époque d’une possible “bavure” de l’armée algérienne, qualifiant un témoignage en ce sens de “énième version”, sur la chaîne d’informations en continu LCI. “J’ai entendu: ce sont des conflits internes entre les civils et les militaires algériens; j’ai entendu: ce sont des règlements de comptes menés par les services spéciaux algériens; j’ai entendu: c’est une action du GIA (Groupe islamique armé) d’ailleurs c’était la version officielle; puis on a dit, ah mais non, c’est une action du GIA mais menée par un groupe très spécial conduit par un dénommé Zitouni mais qui est manipulé par les autorités algériennes”. “Voici donc la quatrième ou cinquième version de ces faits. Moi je m’en tiens à ce que je sais, à ce que j’ai pu voir, et pour le reste malheureusement
ça restera dans les mystères de l’Histoire”, a-t-il estimé. Les sept moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame de l’Atlas, au sud d’Alger. Le Groupe islamique armé (GIA) avait revendiqué cet enlèvement. - Pour sa part, Alain Marsaud, ancien chef du service de lutte antiterroriste du parquet de Paris, a estimé mardi que “l’ensemble des hautes autorités (françaises) de l’époque étaient complètement au courant de ce qui c’était passé” en 1996, au moment de l’assassinat des moines de Tibehirine. “J’ai l’impression maintenant que l’ensemble des hautes autorités (françaises, ndlr) concernées de l’époque étaient complètement au courant de ce qui c’était passé, qu’elles n’étaient pas dupes”, a indiqué M. Marsaud,
interrogé par téléphone. “Les informations qui ont été données par les services de renseignements
français en Algérie étaient bien remontées mais il avait une volonté de ne pas investiguer”, a ajouté l’ancien député de droite, proche de Charles Pasqua, ajoutant: “c’est une affaire qui a été enterrée volontairement”. En 1996, M. Marsaud, ancien chef du service central de lutte antiterroriste
(SCLAT) du parquet de Paris, avait reçu dans son bureau de l’Assemblée nationale, “la visite de quelqu’un qui se présentait comme étant un membre des services de renseignements algériens”. Ce dernier, envoyé par un officier traitant français, était venu lui “expliquer que l’affaire des moines (de Tibehirine, ndlr) était beaucoup plus compliquée qu’on ne le disait et qu’il ne s’agissait pas d’une opération GIA, avec enlèvement et assassinat, mais d’une opération montée par les services
algériens ou par l’armée algérienne”, a poursuivi l’ex-député. Les sept moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame de l’Atlas, au sud d’Alger, et leurs têtes décapitées retrouvées deux mois plus tard. Le Groupe islamique armé (GIA) avait revendiqué cet enlèvement, mais selon l’ancien attaché militaire français à Alger, le massacre a résulté d’une
“bavure” de l’armée algérienne.