Turquie: Erdogan relance le débat sur le port du voile islamique
Le parti du président turc Recep Tayyip Erdogan va déposer un amendement à la Constitution pour graver dans le marbre le droit de porter, ou non, le foulard islamique dans la vie courante.
Le parti au pouvoir du président turc Recep Tayyip Erdogan s’apprête à déposer au Parlement un amendement à la Constitution pour graver dans le marbre le droit de porter, ou non, le foulard islamique dans la vie courante, au lycée et au bureau.
Dans cet Etat laïc, la décision très politique à quelques mois des élections ravive un débat que le fondateur de la République de Turquie, Mustafa Kemal, avait voulu clore au début du XXe siècle.
Preuve que le sujet est d’actualité: dans la série à succès de Netflix «Bir Baskadir», qui confronte une jeune paysanne (voilée) à deux psy, citadines et émancipées, l’une d’elles lâche en zappant devant sa télé: «C’est la nouvelle mode: dans toutes les séries maintenant, il y a une fille voilée». L’approche des scrutins présidentiel et législatif l’an prochain a convaincu le président Recep Tayyip Erdogan de monter au créneau, brandissant même la possibilité d’un référendum sur la question.
Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003 et son parti islamo-conservateur, l’AKP, espèrent bien se maintenir à la tête du pays. Mais c’est son probable concurrent, le leader de l’opposition et du parti historiquement laïc, le CHP (social-démocrate) de Mustafa Kemal Atatürk, qui a le premier relancé la question en accusant le président de vouloir «garder les femmes voilées en otages».
Interdictions levées
Kemal Kiliçdaroglu voulait ainsi rassurer les milieux conservateurs en assurant qu’une fois élu, il inscrirait dans la loi le droit de porter le foulard. «Y a-t-il discrimination envers les voilées ou pas voilées aujourd’hui dans la fonction publique? Dans les écoles? Non!», lui a renvoyé Recep Tayyip Erdogan en s’emparant du débat. «Nous avons réussi ceci!»
«Découragé» au nom de la modernité à la proclamation de la République, puis progressivement banni dans l’éducation et la fonction publique, le foulard islamique a été pas à pas réintroduit depuis 2008. L’AKP a levé d’abord l’interdiction à l’université, puis au collège, dans la fonction publique, au Parlement et même dans la police.