Ancien ministre libyen de la Défense: “La Libye s’est effondrée, le danger de Daesh guette l’Algérie”
L’ancien ministre libyen de la Défense, Oussama El Djouili, a dressé un tableau inquiétant sur la situation sécuritaire en Libye, semblable à celle qui prévaut en Somalie, en Irak et en Afghanistan.Dans cet entretien qu’il nous a accordé, l’ancien ministre libyen a affirmé que les forces de «Fajr Libya» et celles de Haftar, qui s’entretuent, sont incapables de faire face aux groupes terroristes, ajoutant que le danger de «Daesh» guette l’Algérie et les pays voisins.
Comment trouvez-vous la situation sécuritaire en Libye après la décapitation des ressortissants égyptiens et la manœuvre militaire de «Daesh» ?
La situation est très inquiétante, car elle est incontrôlable. Ce qui se passe est un résultat naturel du mauvais usage de la force et de la progression des organisations terroristes, car la Libye est devenue un terrain fertile pour la propagation des groupes extrémistes sous leurs diverses appellations et leurs différentes composantes humaines, en l’occurrence celles en provenance de l’extérieur du pays.
Peut-on dire que la Libye s’est effondrée à présent ?
L’Etat libyen était en phase de formation et de construction organisée et complémentaire tant sur le plan politique que sécuritaire, avant que le système militaire et sécuritaire ne soit complètement détruit. Résultat: la prolifération des armes, l’incapacité des appareils de sécurité restants de maintenir l’ordre public et l’inexistence d’une armée forte capable de sécuriser les frontières et l’entrée dans le pays des dizaines de terroristes. Nous sommes devant un échec de former un Etat.
Vous dites qu’il n’y a pas de forces sécuritaires, qu’en est-il des forces de «Fajr Libya» et celles de Haftar?
Les forces dont vous parlez ne sont que des milices incapables même de prendre le contrôle à l’intérieur des villes ou des frontières. Le plus dangereux, c’est que le conflit qui a éclaté entre les deux parties qui s’entretuent, profite par conséquent aux organisations terroristes qui se fortifient.
Il y a plusieurs options pour traiter avec les groupes terroristes, dont l’intervention militaire… Sera-t-elle la meilleure solution, d’après vous ?
Une intervention étrangère, même si elle a pour but de lutter contre les groupes terroristes en Libye, aura des conséquences désastreuses si elle est menée sans coordination avec les autorités libyennes et sans collaboration régionale ou arabe et n’aura aucune chance d’aboutir et ne fera qu’empirer la situation davantage.
Des pays voisins de la Libye étaient confrontés au terrorisme, comme l’Algérie, mais jamais l’on a vu une manœuvre militaire des terroristes comme c’est le cas en Libye. Pourquoi, selon vous ?
Bien que les pays de la région, à savoir l’Algérie, la Tunisie et le Mali avaient souffert du phénomène du terrorisme, mais le fait qu’ils aient une armée a réduit les groupes terroristes à l’impuissance. La Libye vit actuellement ce que l’Irak, l’Afghanistan et la Somalie ont vécu. Il y a un effondrement total des services de sécurité. L’absence des appareils de sécurité cède la place aux organisations terroristes.
Les groupes terroristes, plus précisément «Daesh», présentent-ils un réel danger pour l’Algérie ?
«Daesh», à l’instar des autres organisations terroristes présentes en Libye, constitue un réel danger pour l’Algérie, du fait que les deux pays partagent une frontière commune. En outre, l’absence de système de sécurité sur les frontières ne fera qu’aggraver la situation. La menace de «Daesh» et d’autres groupes terroristes ne concernent pas l’Algérie uniquement, mais tous les pays voisins.