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Barack Obama, le candidat qui valait 500 millions de dollars

الشروق أونلاين
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Barak Obama

Barack Obama deviendra le premier candidat à une présidentielle américaine à rejeter les règles du jeu adoptées après le scandale du Watergate en étant le “candidat à 500 millions de dollars”.  “Flip flop, flip flop, flip flop” – l’image du politicien qui, telle la girouette, un jour jure une chose et le lendemain affirme le contraire, selon l’électorat visé ou l’impératif du moment, est un éternel classique des campagnes électorales, aux États-Unis comme ailleurs. La plupart du temps, les candidats s’en tirent à bon compte – les électeurs ont la mémoire courte, ils ne suivent pas de si près la campagne et, de toute manière, ils sont sans illusion, puisque tous les candidats le font. Il arrive pourtant que cela coûte plus cher à un candidat qu’à un autre, comme le démocrate John Kerry en a fait l’amère expérience en 2004, sa défaite face à George W.Bush ayant eu pour cause, parmi d’autres, l’image de “flip-flopper” en chef que lui avaient valu ses prises de position contradictoires et confuses sur la guerre d’Irak.

Barack Obama peut-il subir le sort de Kerry ? L’interrogation est débattue, jusque dans les rangs démocrates, après les dernières volte-face du candidat qui avait promis de “faire de la politique autrement” pendant la bataille des primaires, et n’avait cessé de fustiger son adversaire, Hillary Clinton, comme représentante d’une “politique politicienne” sans principes. Mais voilà que le candidat démocrate agit selon les principes les mieux établis de la stratégie politique classique, sans trop s’embarrasser de principes.

Il y a eu d’abord son virage à 180 degrés sur la question du financement de sa campagne présidentielle. Barack Obama s’était publiquement engagé à faire campagne sur fonds publics, et avait proposé à son adversaire républicain de se rencontrer pour définir des règles du jeu saines, dans le but d’éviter que les tombereaux d’argent déversés par les groupes parallèles qui soutiennent les candidats sans faire partie directement de leur campagne – on les appelle les groupes 527, d’après la section du code électoral qui les autorise -, ne fassent une fois de plus de l’argent un des éléments principaux du scrutin.

Mais dès qu’il a été assuré de la nomination de son parti, il a fait savoir qu’il n’accepterait pas le financement public de sa campagne, qui aurait limité celle-ci à 84 millions de dollars. Il deviendra ainsi le premier candidat à une présidentielle à rejeter les règles du jeu adoptées après le scandale du Watergate, et à devenir le “candidat à 500 millions de dollars”, budget estimé total de la campagne qu’il va mener.
Les raisons qu’il a invoquées pour justifier son revirement ne tiennent pas vraiment la route.

“La première campagne véritablement financée par le peuple”

Il a cherché à présenter sa campagne sur fonds privés comme “la première campagne véritablement financée par le peuple”, par un million et demi de petits contributeurs qui lui ont donné moins de 200 dollars via l’Internet. Ce n’est qu’en partie vrai, puisqu’il a rassemblé de cette manière 120 millions des 287 millions de dollars de son trésor de guerre, le reste lui ayant été donné par de gros donateurs. À peine a-t-il fait son annonce qu’il s’est d’ailleurs précipité à une réception du côté d’Hollywood qui lui a rapporté 4 millions de dollars en une seule soirée, puis a rencontré les principaux financiers de la campagne Clinton, pour leur demander de lui apporter leurs réseaux capables de rassembler 250 000 ou un million de dollars en mobilisant leurs amis ou obligés… Il a ensuite accusé les républicains de contourner les règles de financement en ayant recours à des groupes 527, alors qu’en réalité les plus actifs de ces groupes sont pour l’heure démocrates.

Les médias ont haussé les sourcils, et quelques éditorialistes l’ont sévèrement critiqué pour avoir trahi sans hésiter les efforts de ceux qui tentent de réformer le financement des campagnes afin que le poids de la richesse y soit moins sensible. Mais la majorité a haussé les épaules, voire a applaudi la manoeuvre, sur le thème “la fin justifie les moyens”. Après tout, Obama a démontré ce faisant qu’il est bien décidé à gagner par tous les moyens, et c’est bien tout ce que veulent ses partisans.

En sortant du système public, il est assuré d’écraser McCain de sa force de frappe financière. Il espère collecter 300 millions de dollars et se donner ainsi les moyens d’attaquer son adversaire à coup de bombardements publicitaires en tapis et d’armées de militants dans les cinquante États. McCain, qui a déclaré qu’il accepterait pour sa part de se limiter aux 84 millions de fonds publics, risque fort d’être noyé sous ce déluge de dollars, même s’il peut dénoncer un rival qui “a trahi la parole qu’il avait donnée au peuple”.

Obama risque de brouiller son image aux yeux de ceux qui avaient été séduits par sa rhétorique

Plus problématique est le soutien apporté Barack Obama à la nouvelle loi sur les écoutes électroniques (FISA) que vient de voter à la Chambre des représentants une majorité de républicains et démocrates modérés, et que le Sénat s’apprête à entériner. Le sénateur de l’Illinois avait pris l’engagement de s’opposer à cette loi, qui étend les écoutes électroniques de l’Agence de sécurité nationale (NSA) et accorde une immunité rétroactive aux compagnies de télécommunications ayant collaboré avec des écoutes et interceptions de communications ordonnées par le président Bush, en violation de la loi. Cet autre virement de bord a provoqué la fureur d’une partie des internautes militants de la gauche démocrate, les “netroots”, qui accusent Obama de trahison pure et simple.

En fait, le soutien d’Obama à la loi FISA est un des éléments de son virage au centre toutes. La priorité pour lui est désormais d’échapper aux tentatives des républicains de lui coller une étiquette de dangereux gauchiste, et de grand mou sur les questions de sécurité. Il n’apparaît plus en public sans son drapeau américain à la boutonnière pour témoigner de son patriotisme. Il a certifié qu’il ne retirerait pas les troupes américaines d’Irak sans consultation des chefs de l’armée et du gouvernement irakien, et ne le ferait que très progressivement. Il a fait savoir qu’il est “prêt à tout pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire”, comme Bush et McCain. Et qu’il n’est plus question pour lui de rencontrer sans conditions le président iranien Ahmanidejad, comme il avait dit être prêt à le faire…

Bref, Obama a mis beaucoup d’eau dans la rhétorique du “changement auquel on peut croire”, qui avait été son leitmotiv pendant les primaires. L’homme nouveau endosse des habits de plus en plus classiques de politicien de la vieille école de Chicago. C’est évidemment de bonne stratégie, car la présidentielle se gagne au centre. Mais il y a quand même un risque pour Obama à passer brutalement des grandes odes lyriques au “changement” et des promesses d’une “politique différente” à une stratégie classique, qui est bien plus au centre qu’à gauche. Il risque de brouiller son image aux yeux de ceux qui ont été séduits par sa rhétorique et de faire retomber la vague d’enthousiasme que sa candidature a suscitée dans une partie de l’électorat, en particulier les jeunes.

Il va devoir réussir l’exercice compliqué de séduire des “obamacons” (conservateurs d’Obama), c’est-à-dire des gens qui ont voté Bush en 2000 et 2004, sans pour autant décevoir les “obamaphiles”. Mais avec 500 millions de dollars, il devrait pouvoir y parvenir…

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