Bouguerra Soltani: “Des responsables ont reconnu leur erreur commise à notre encontre”
L’invité de l’émission « El Wathiqa wa Al Haqiqa » (Document et vérité) diffusée sur Echorouk TV, l’ex-président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Bouguerra Soltani est revenu sur les contacts « personnels » qu’il a entrepris avec de hauts responsables de l’Etat « sans la consultation des leaders de sa formation politique».
Pourquoi avez-vous observé le silence tout ce temps après votre départ de la tête du parti ?
Selon ma conviction, de mai à novembre 2013, il n’y avait aucun événement qui incitait à se prononcer ou à contribuer à ajuster les démarches d’un pays qui aspire à se relever. Sur la scène nationale, le silence m’est suffisant, mais l’accélération des événements et le silence observé sur certaines questions et certains dépassements m’ont sollicité à intervenir.
Vous n’aviez pas pris part aux manifestations par lesquelles le MSP et ses partisans appellent au boycott de l’élection présidentielle ?
Au Sanctuaire du Martyr, il était prévu une présence symbolique pour ne pas faire peur à l’autre et tester le degré de tolérance à l’égard des manifestants de s’exprimer librement. Mais, lors du meeting de la salle Harcha, aucune invitation ne m’était envoyée et je me suis considéré comme étant non-concerné.
Qui devrait vous inviter alors ?
Bien sûr, j’étais président du Mouvement et je respecte le statut que j’occupe. Pour y prednre part, une invitation me doit être remise par les leaders du parti, voire par le président.
Après l’annonce du boycott par votre famille politique, des informations circulaient alors sur des contacts que vous auriez pris avec de hauts responsables de l’Etat ?
J’ai effectivement rencontré de nombreuses personnalités nationales car j’étais convaincu du message et de la décision du parti que j’ai voulu faire partager avec d’autres. J’entretiens de fortes relations avec d’autres, d’où il m’était obligé de mettre en garde contre les dangers qui guettent notre pays.
Il y a parmi eux Sellal et Belaïz ?
Evidemment !
Avez-vous pris attache avec la présidence de la République ?
Oui. J’ai reçu en outre des contacts de plusieurs parties.
Quel message aviez-vous porté pour eux ?
Je voulais savoir comment ils pensaient et qu’est-ce qu’ils préparaient pour le futur. Je leur ai dit qu’ils avaient poussé le MSP à se positionner dans la position actuelle, car certains d’entre eux nous ont provoqués en nous disant qu’ils souhaitaient que le MSP prenne part à leur fête. Je leur ai répondu que nous accepterions d’y participer, si vous ne nous invitiez pas uniquement pour déjeuner ensemble. C’est nous qui avions préparé la démocratie avec du sang. A ce sujet, ils ont reconnu une erreur qu’ils ont attribuée à certaines parties, et je leur ai dit que l’Algérie et son avenir ne puisse se bâtir sans le courant islamique.
Y a-t-il des militaires parmi les personnalités que vous avez rencontrées ?
Il y en a et j’ai discuté avec un bon nombre d’entre eux.
Ces contacts avaient-ils été entretenus en coordination avec les leaders du MSP ?
Je suis un soldat dans les rangs du Mouvement et ils doivent me faire confiance, car toutes mes démarches que ont au final un seul but, celui de l’intérêt du pays. Je n’ai pas consulté les leaders du parti. Lorsque la presse est revenue sur mon entrevue avec le Premier ministre, certains leaders m’ont contacté et je leur ai expliqué mon attitude.
Vous avez qualifié le message de Bouteflika d’une repentance, et vous aviez pressenti qu’il soit suivi de réformes profondes une fois réélu ?
L’homme a manifesté un certain regret et aurait même senti que le temps passe sans qu’il ne parvienne à aller au bout de sa mission. Si les gens ne s’impliquent pas pour venir à bout de la crise, la situation va s’aggraver davantage. Je suis convaincu que le Président, s’il est réélu pour un autre mandat, il fera de son mieux pour poursuivre sa mission. Cependant, je pense pas qu’il soit à même de tout rattraper car ce qu’il lui échappe est important et il aurait même perdu de nombreux soutiens.
Peut-il, selon vous, rattraper ce qu’il lui échappe ?
Bouteflika n’est pas de ceux qui refusent les réformes, mais ceux qui l’entourent le mettent en garde d’engager des réformes globales de peur que ceux qui s’étaient enrichis lors de la tragédie nationale soient identifiés. S’il ne se débarrassait pas de son entourage, il ne rattraperait plus rien.
Selon vous, ce seraient eux-mêmes qui l’auraient poussé à se représenter contre son gré ?
Ce que je savais du président de la République, c’est qu’il émettait des craintes quant au sort de l’Algérie, mais lorsque vingt personnes lui expliquent que sa non-candidature conduirait le pays au désastre…
Ne pensez-vous pas que c’est une erreur le fait de se représenter à l’élection eu égard de son état de santé ?
Non, en fait je ne suis ni médecin ni président du Conseil constitutionnel. D’ailleurs, on nous a dit qu’un certificat médical figure dans son dossier de candidature qu’a validé le Conseil constitutionnel. Dans la forme, tout est fait. Reste à savoir le fond. Des circonstances extrêmement difficiles attendent le Président s’il réussit à briguer un autre mandat.
Quelle lecture faites-vous de ce qui se dit sur l’opposition des appareils de sécurité à la candidature de Bouteflika ?
Une partie de ce qui ce qui se dit est vraie. Le chef de l’Etat n’a pas émis le souhait de se porter candidat au départ, ce qui a amené certaines parties à se mettre à la recherche d’un successeur. Lorsque son entourage a appris ce qui se trame, il a considéré la démarche comme étant une trahison. C’est là, qu’un conflit ait refait surface. Dès que le Président a annoncé sa candidature, tout est vite rentré dans l’ordre.
L’armée ne se place-t-elle pas derrière la candidature du Président sortant ?
Etant donné qu’il n’y ait rien qui mijote, cela veut dire que tout est remis dans l’ordre.
Dans sa lettre rendue publique récemment, Liamine Zeroual a estimé l’ouverture des mandats présidentiels lors de la révision de la Constitution en 2008 constituait un début de dérapage, partagez-vous son avis ?
Oui ! C’est vrai.
Mais vous aviez soutenu vous-même cette décision.
En 2009, nous avons demandé aux décideurs s’il est possible de promouvoir lors du 3e mandat d’aller vers une amnistie générale à travers la réconciliation nationale. On nous a dit que oui. En effet, nous, nous avons placé d’un côté l’intérêt de notre parti, et d’un autre le sang des Algériens et des femmes violées et de ceux qui ont fui le pays.
Abderrazak Makri a qualifié de grand péché l’ouverture des mandats présidentiels en 2008, et que tous ceux qui ont soutenu ce choix doivent le regretter. Pensez-vous être concerné ?
Si je devrais regretter devant Allah, je le ferais. Allah ne me demandera pas des comptes sur mon militantisme au sein du MSP, mais plutôt du sang des Algériens déversé, des femmes violées et des déplacés.
Ne pensez-vous pas que le choix de participation au sein du gouvernement, lorsque vous étiez en tête du parti, est faux en tenant compte des résultats du dernier congrès du parti ?
J’ai dirigé le parti pendant 10 ans et j’assume aussi bien les points positifs et négatifs de cette période. Je suis prêt à rendre des comptes s’ils le veulent.
Makri a indiqué que vous vous étiez opposé à lui ?
Il est difficile de prouver cela. J’ai traité les deux frères en pied d’égalité et je n’avais qu’une seule voix que qua j’avais exprimé à travers le bulletin que j’ai glissé dans l’urne.