Echorouk honore le cheikh Ahmed Sahnoun : le sage qui s'est autant opposé aux autorités qu'au radicalisme islamiste et a changé la fin de semaine pour le vendredi
Durant les années ou la violence armée avait prit en Algérie comme feu sur paille, le cheikh demeura inflexible, considérant que le jihad n’était pas encore légitime et que « la violence armée contre l’Etat est illégitime ». Une phrase reste célèbre de lui : “Ni la violence contre l’Etat, ni les louanges à son encontre ne sont licites”
- La salle de Conférences de la Maison de la Presse de Kouba s’avéra être réduite pour abriter un colloque comme celui organisé à la mémoire du défunt érudit et imam algérien Ahmed Sahnoun. Des personnalités de qualités sont venues lui rendre hommage, ainsi que des amis, des compagnons de route, des élèves et des admirateurs.
- Poète, homme de foi, figure charismatique d’un islam modéré et tolérant, il incarnait encore jusqu’à sa mort l’islam indulgent et civilisé. Docte savant, distingué, homme de lettres à la rédaction délicieuse et à la poésie chantante, Ahmed Sahnoun était l’homme du juste milieu, vers lequel tous convergent quant les choses vont mal
- Pour Le directeur d’Echorouk, Ahmed Sahnoun mérite beaucoup plus qu’un hommage, considérant que le flux extraordinaire des participants et des visiteurs est la meilleure preuve que le cheikh mérité plus qu’un colloque. « Nous souhaitons bénéficier de l’apport de cette homme d’envergure, et je considère que ce valeureux érudit mérite plus qu’un colloque, parce qu’il est réellement une personnalité hors du commun, et d’autant plus qu’il avait par le passé souffert de la marginalisation et la désinformation à son sujet. Echorouk est à la fois honoré et heureuse de pouvoir lever le voile sur ce grand homme qui na jamais renié ses convictions ni concédé sur des principes, vivant mesuré et tempéré, et dispensant des cours modéré en indulgents pour la nouvelle génération. » Et de clore : « Ahmed Sahnoun est une des gloires de l’Algérie, et peut à juste titre être considéré comme un miracle dans le pays du million et demi de martyrs, et l’honorant, Echorouk ne fait qu’une partie de ce qui doit être fait pour cet homme d’exception… »
- Le témoignage de Ahmed Taleb El-Ibrahimi
- L’ancien ministre Ahmed Taleb El-Ibrahimi, qui a prit la parole lors de ce colloque, se rappelle qu’un jour, au début des années 90, alors qu’une campagne de presse hostile le ciblait, il n’a pas trouvé meilleur réconfort que de se diriger vers la maison d’Ahmed Sahnoun. « Celui-ci, affable, m’acceuilla au seuil de la porte, et quand il prit connaissance de mon chagrin, il me dit ce vers :
- «
- »
- Taleb se rappelle aussi avoir apprit des vers, qu’ils considèrent majestuex de Sahnoun, comme :
- « Le Coran a beaucoup besoin d’un gouvernement
- Si seulement le gouvernant connaissait le Coran »
- Et encore celui-ci :
- « Ne dis pas que l’érudit est mort
- Celui qui enseigne la vie aux hommes ne meurt pas
- »
- »
- « Le cheikh était mesuré et juste, il n’aimait ni le fanatisme, ni l’entêtement à faire valoir des thèses précises et préjugées. Dans la Rabita, nous discutions et il nous écoutait, évaluons avec rigueur le degré de notre attachement à nos partis politiques respectifs.
- Plusieurs de ses compagnons de route racontèrent qu’un groupe d’imams avait été reçu par l’ancien président de la République, Houari Boumédienne, et Ahmed Sahnoun profita pour lui demander de changer la fin de semaine de samedi-dimanche pour la journée de vendredi. Suite à cela, Houari Boumédienne signa un décret au début des années soixante-dix pour le changement du week-end. En fait, et malgré ses fonctions officielles, Sahnoun resta toujours très critique envers les autorités, mais le faisait avec affabilité, et jamais avec haine et violence. Il s’opposa notamment à l’orientation socialiste de l’Etat, dans le milieu des années soixante-dix, et fut un des rédacteurs du communiqué dit « le Conseil », lors du regroupement de 1882, ce qui lui entraîna une mise sous résidence surveillé.
- »
- Lorsque dans les années quatre vingt, les premiers germes de la violence armée ont prit racine, avec notamment la constitution du groupe de Mostafa Bouyali, le premier groupe islamique armé en Algérie, d’aucuns espéraient que Sahnoun allait se fondre dans la masse ambiante et appeler au jihad, car beaucoup estimaient que sa présence constituait déjà une caution pour leurs actes. Mais le cheikh demeura inflexible, considérant que le jihad n’était pas encore légitime et que « la violence armée contre l’Etat est illégitime ». Une phrase reste célèbre de lui : « Ni la violence contre l’Etat, ni les louanges à son encontre ne sont licites ».