France: Garaudy, intellectuel communiste, converti à l'Islam, militant
Longtemps chef de file des intellectuels communistes français, puis converti à l’Islam, Roger Garaudy, décédé mercredi à 98 ans, a terni son œuvre par la défense de thèses négationnistes qui lui valurent d’être condamné en justice.
De stature imposante, lunettes épaisses, regard droit, élégant et fier d’un accent méridional, il fut un temps considéré comme “l’homme du dialogue des civilisations”. “Ma plus grande fierté est d’être fidèle au rêve de mes vingt ans, l’unité des trois religions, christianisme, judaïsme et islam”, disait ce brillant philosophe, auteur de quelque 70 livres, qui se définissait comme un “Don Quichotte” luttant contre les “moulins à vent” capitalistes.
Mais il fut aussi un homme d’appareil. Au sein du Parti communiste auquel il adhéra à 20 ans, et dont il fut exclu en 1970 pour avoir notamment dénoncé la “normalisation” en Tchécoslovaquie, il cautionna nombre d’exclusions. Douze ans auparavant, polémiquant avec Jean-Paul Sartre qui divorça alors avec le PCF, Garaudy avait approuvé l’invasion de la Hongrie par l’URSS. Au bureau politique, il était surnommé “le cardinal” à la fois pour son sens de l’autorité et son attirance pour l’Eglise.
Il fut, des décennies durant, prisé des milieux intellectuels et des médias français pour son œuvre philosophique et son courage politique.
Cela cessa avec sa conversion à l’Islam en 1982, sous le prénom de Raja’a” (l’espérance) et ses attaques contre le “sionisme”. Son livre, “Les Mythes fondateurs de la politique israélienne”, fit de lui un paria dans le monde politico-médiatique.
En 1998, au terme de cinq arrêts distincts, la Cour d’appel de Paris le condamna pour contestation de crimes contre l’humanité, diffamation raciale et provocation à la haine raciale, à 9 mois d’emprisonnement avec sursis et une forte amende.
Soutien de très nombreuses voix arabes
Dans ce livre, il évoquait “le mythe des six millions de Juifs exterminés, devenu un dogme justifiant toutes les exactions de l’Etat d’Israël en Palestine” et mettait en doute l’existence des chambres à gaz.
M. Garaudy avait reçu le soutien de très nombreuses voix arabes ainsi que celui de son vieil ami l’abbé Pierre, prêtre catholique engagé auprès des pauvres, soutien indéfectible qui avait fait scandale.
Né le 17 juillet 1913 à Marseille, fils d’un comptable, Roger Garaudy, attiré à 14 ans par le protestantisme, passe son agrégation de philosophie et son doctorat ès lettres. Il est interné trente mois de 1940 à 1943 dans le camp de concentration vichyste de Djelfa, en Algérie, aux côtés de républicains espagnols. Il échappe à la faim, à la typhoïde, et à l’exécution, sauvé in extremis par des musulmans Ibadites. Ce geste l’attirera vers l’Islam.
En 1945 il est élu député, puis il devient sénateur. Professeur de philosophie, il dirige, de 1960 à 1970 les Cahiers du communisme, revue théorique du parti, et le Centre d’études et de recherches marxistes (1960-70).
En 1981, le candidat socialiste et futur président François Mitterrand le fera participer à sa campagne mais les deux hommes se brouilleront.
Dans les années 1980, Garaudy, déjà très apprécié dans le monde musulman, tente des démarches personnelles, à Téhéran et à Bagdad – où il est reçu par Saddam Hussein – pour mettre fin au conflit Irak-Iran.
Son œuvre avait notamment été saluée par le régime islamique iranien, l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, le responsable du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah et les autorités saoudiennes.