Ighilahriz : « Bouteflika en faveur de la reconnaissance de la France pour ses crimes commis en Algérie »
La moudjahida Louizette Ighilahriz revient dans cette interview accordée à Echorouk à partir du Turin en Italie juste après avoir reçu une étude académique d’une thèse de doctorat qui a abordé sa participation et la participation de la femme algérienne à la guerre de libération réalisée par la chercheuse italienne Maria Paula Paladinho sur sa participation ainsi que sur de nombreux sujets.
Echorouk fut le premier à avoir interviewé la combattante Ighilahriz et avoir fait la lumière sur cette étude ainsi que d’autres sujets, à savoir son différend avec Yacef Saâdi, les réformes politiques annoncées en Algérie ainsi au sujet du pardon de la France pour ses crimes qu’elle a perpétrés en Algérie et le projet de loi sur la criminalisation du colonialisme.
Echorouk : Premièrement, quel est votre sentiment Mme Ighiahriz après avoir reçu ce travail académique de l’Université de Turin en Italie qui a abordé votre participation à la Guerre de libération en particulier, et la participation de la femme algérienne en général ?
Ighilahriz : C’est un sentiment indéfinissable et je ne trouve pas de mots pour exprimer ma joie pour avoir reçu cette étude académique. Je dois préciser que ma joie est bel et bien grandiose non pas parce que cette étude académique a fait une lumière sur ma participation moi-même à la Révolution algérienne, mais sur la participation de la femme algérienne en général. Dieu merci, car notre lutte contre les généraux français, contre la torture sous toutes ses formes exercée par l’armée coloniale a fait de notre Guerre l’une de grandes guerres qu’a connue l’humanité.
Je dois profiter cette occasion pour remercier la chercheuse Maria Paula Paladinho qui a réalisé un travail que notre chercheurs algériens n’ont pas fait. Je ne vous cache pas ma joie de ce travail très bien élaboré qui permettrait aux Italiens d’en avoir davantage d’informations sur l’Algérie et sur sa Révolution non connues suffisamment dans ce pays européen.
Echorouk : Considérez-vous cette étude comme une sorte de reconnaissance par l’étranger pour votre rôle joué lors de la Guerre de libération et du rôle des femmes algériennes au moment même où Yacef Saâdi vous accuse de n’avoir pas participé à la Révolution algérienne ?
Ighilahriz : Pour être franche avec vous, ce travail montre le degré de la querelle lancée par Yacef Saâdi qui m’accuse de n’avoir pas eu aucune contribution lors de la Guerre de libération. Comme vous voyez, les étrangers reconnaissent le rôle que j’ai joué lors de la Guerre contre le colonialisme tout comme mes consœurs et même les généraux qui m’ont torturée ont reconnu mon rôle et le rôle joué par les femmes algériennes.
Quant à Yacef Saâdi, je crois qu’il a atteint un Alzheimer et je m’interroge s’il est chargé par certaines parties contre moi, ou bien la presse a agrandit ses dires sur moi ou parce que il a craint de son poste de sénateur ou il profite se son statut et de son immunité parlementaire pour ne pas paraître devant le juge.
Echorouk : D’après vous, pourquoi Yacef Saâdi a-t-il prononcé de tels propos à ton égard ?
Ighilahriz : Je ne trouve toujours pas d’explications à ses accusations portée contre moi. Saâdi a porté atteinte à ma réputation moi-même, à celle de ma famille, de mon père et de ma mère et de les Ighilahriz en général. A la fin de la guerre nous n’avions même pas de toit où se réfugier, et aujourd’hui ce Saâdi vient de m’accuser et de tenter de ternir mon image. Je vous fais savoir que j’ai chargé Me Mokrane Ait Larbi à trouver de solution pour qu’il (Saâdi) soit traduit en justice.
Echorouk : Pensez-vous que ce qui s’est passé entre vous et Yacef Saâdi serait dû au non-engagement de manière suffisante de l’Etat à l’écriture de l’Histoire ?
Ighilahriz : Je me pose aujourd’hui la question sur l’Etat et sur son rôle dans l’écriture de l’Histoire. Comme vous voyez dans mon cas avec Saâdi, comme ce dernier jouit d’une immunité parlementaire rien ne peut l’empêcher ni l’arrêter de lancer une attaque contre moi. L’Etat n’a pas accompli sa mission dans l’écriture de l’Histoire et de la protection des figures de la Révolution. Qu’est ce qu’il veut ,en fait, ce Yacef Saâdi qui possède des milliards, des immobiliers et des villas à Nice en France, à l’île de Palme en Espagne, à New York et en Algérie ?
Echorouk : Récemment, des films historiques ont été diffusés et ont retracé le parcours de certains héros de la Révolution. Comment évaluez-vous donc ces films ?
Ighilahriz : Je trouve que les travaux cinématographiques sur les héros de la Révolution comme Mustapha Benboulaid, Ahmed Zabana, Aissat Idir et d’autres permettront aux futures générations à ne pas oublier les symboles de la Révolution algérienne. Mais, j’attire l’attention des scénaristes lors d’écriture des scénarios à être sûrs pour que les vérités ne soient pas falsifiées.
Echorouk : On a beaucoup parlé ces derniers temps sur le pardon de la France sur son passé colonial en Algérie et le projet de loi portant la criminalisation du colonialisme. Avec les développements qui se sont survenus récemment, Mme Ighilahriz soutient-elle la réclamation d’un pardon français pour ses crimes commis en Algérie et pour l’adoption de la loi sur la criminalisation du colonialisme ?
Ighilahriz : J’ai été parmi ceux qui sont pour l’adoption de la loi sur la criminalisation du colonialisme et je souhaite qu’il se réalise un jour. Quant à la reconnaissance de la France pour ses crimes perpétrés en Algérie, je l’ai dit déjà et je le redis qu’il appartient à la France de reconnaître ses crimes et de demander pardon. D’ailleurs, même certains courants en France se positionnent aux côtés des Algériens. Mais, je crois que Bouteflika demande lui aussi à la France de reconnaître des crimes et de demander pardon à l’Algérie. Je pense que le report de ce projet est dû à certaines circonstances. Le seul qui n’a pas demandé à la France de reconnaître ses crimes, c’est bel et bien Yacef Saâdi qui réclame des indemnisations matérielles, tandis que nous nous avions réclamé la reconnaissance ainsi que l’indemnisation.
Echorouk : Comment évaluez-vous la situation en Algérie comparativement aux autres Etats voisins ?
Ighilahriz : Ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte reflète bien le courage de ces peuples et je profite l’occasion pour les encourager. Pour ce qui est de l’Algérie, le président a annoncé des réformes politiques qui n’avancent pas comme ils e doit,mais je souhaite qu’on parvienne à instaurer une véritable démocratie.