La bureaucratie séquestre les… morts !
L’odeur de la mort flotte autour de la morgue de cet hôpital situé à Alger. La peur vous enveloppe, et elle est accrue face à l’image frappante qui vous attend derrière la porte de ce service, y compris dans la salle où les cadavres sont lavés.
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Il était 15 heures à notre arrivée devant la porte du service de la morgue. Des citoyens effondrés étaient là regroupés et d’autres vagabondaient dans les couloirs ou l’administration de l’hôpital pour accomplir les formalités nécessaires à la remise des dépouilles de leurs proches afin qu’ils puissent ensuite les enterrer.
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Une des familles qui a parcouru 600 kilomètres pour récupérer son mort, était en colère. Elle est ici à attendre depuis plus de 12 heures le retrait des documents et la fin de la procédure.
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Dans la salle réservée à la toilette mortuaire, l’image était cauchemardesque. Les cadavres étaient placés sur des semblants de brancards rongés par la rouille, et une odeur nauséabonde régnait. De plus, n’importe qui pouvait s’introduire dans la pièce ouverte à tout vent. Les corps inertes sont découverts, leurs vêtements déchirés, une grande bassine d’eau est versée d’un coup sur le mort sans suivre les prescriptions de la Sunna, un linceul est jeté sur lui avant que les personnes en charge de cette toilette ne le sorte impassiblement. L’anarchie était flagrante. Du linge et des couvertures qui s’amoncèlent, jetés à même le sol dégageant une odeur fétide.
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Nous avons interrogé une des personnes en charge de la toilette mortuaire sur cette méthode peu orthodoxe utilisée, il nous a répondu que c’est ce qui est fait pour les dépouilles non identifiées. Il ajoute que c’est également la manière utilisée pour les brulés, les accidentés de la route, les victimes de mutilations ou d’explosions et dont le corps a été sévèrement abimé. Notre interlocuteur explique que pour ce genre de cas, il est difficile de suivre la toilette mortuaire selon la Sunna. Il nous apprend par ailleurs que certaines infirmières et femmes de ménages volent les organes de ces cadavres, ou parfois récupèrent l’eau avec laquelle a été lavée la dépouille pour l’utiliser dans le charlatanisme.
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