La crise financière fait tomber le pétrole à 85 dollars à Londres
Pour contrer la chute des prix, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pourrait être tentée de réduire sa production lors de sa prochaine réunion en Algérie, le 17 décembre
- Le prix du pétrole brut a chuté lundi matin sous 90 dollars à New York, son plus bas niveau depuis huit mois, alors que la crise financière sape les perspectives de demande et que le renforcement du dollar précipite une fuite des investisseurs.
- La crise financière s’étend au marché pétrolier: les cours, qui trois mois plus tôt frôlaient 150 dollars, sont tombés lundi sous le seuil de 90 dollars le baril à New York, soit une chute de près de 40% en trois mois.
- Ils ont atteint 85,56 dollars à Londres et à 89,07 dollars à New York, leurs niveaux les plus bas depuis début février.
- Vers 10H45 GMT, ils valaient 86,71 dollars à Londres, en baisse de 3,54 dollars par rapport à vendredi soir, et 89,92 dollars à New York, cédant 3,96 dollars.
- “Les acteurs du marché continuent à craindre que les conséquences de la débâcle du +subprime+ ne freinent de façon importante la croissance économique mondiale et n’entament la demande de matières premières, et notamment d’énergie”, a résumé Andrey Kryuchenkov, de la maison de courtage Sucden.
- La baisse de la demande est déjà manifeste aux Etats-Unis — la consommation de produits pétroliers a flanché de 7,1% sur un an — ainsi qu’en Europe, où les consommateurs ont réagi à la flambée des prix. En France, la consommation de carburants a ainsi chuté de 9,7% au mois d’août par rapport à l’an dernier.
- Bien que les experts tablent encore sur une hausse de la demande pétrolière cette année grâce aux pays émergents, ils ont fortement revu à la baisse leurs perspectives
- Deux semaines plus tôt, le marché pétrolier avait pourtant rebondi, jusqu’à près de 110 dollars, en apprenant que l’administration américaine lançait la plus grande opération de renflouage public de son histoire. Mais les investisseurs considèrent à présent que le plan Paulson, voté vendredi après deux semaines d’atermoiements, ne sera pas la panacée, loin s’en faut.
- Le vote “est peu susceptible d’améliorer la situation de la demande pétrolière, sachant que l’économie montre de nouveaux signes de contraction”, estiment ainsi les analystes du cabinet John Hall.
- “Le plan de sauvetage américain a échoué à restaurer la confiance et empêcher la panique de s’étendre”, abonde M. Kryuchenkov.
- En plus des craintes sur la demande, le pétrole est victime de son succès auprès des investisseurs: considéré comme un produit financier, le pétrole avait attiré en début d’année de nombreux fonds désireux de se protéger contre la dépréciation du dollar et diversifier leurs placements.
- Le phénomène joue donc aujourd’hui en sens inverse: le troupeau des investisseurs spéculatifs déserte le marché, dans un contexte de panique financière et de rapatriement en urgence de capitaux.
- “Les marchés mondiaux sont toujours sévèrement sous pression, et ils sont obligés de procéder à des amortissements et des réductions dans leurs portefeuilles”, observait ainsi Olivier Jakob, du cabinet suisse indépendant Petromatrix.
- Et le regain du dollar, qui a touché un nouveau plus haut face à l’euro depuis plus quatorze mois, à 1,3544 dollar lundi matin, ne fait qu’accélérer les choses.
- “Sachant que l’Europe commence à céder à la panique, le dollar se renforce (…) et cela continue d’être un facteur négatif pour les matières premières”, souligne M. Jakob. Pour contrer la chute des prix, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pourrait être tentée de réduire sa production lors de sa prochaine réunion en Algérie, le 17 décembre.
- Signe que les “faucons” du cartel pétrolier feront pression en ce sens, le ministre iranien du Pétrole, Gholam Hossein Nozari, a estimé samedi que le prix du baril ne devrait pas être inférieur à 100 dollars.