La persistance de la crise financière mondiale aura raison de l’économie algérienne
Le forum d’Echorouk a consacré sa dernière édition à la crise financière internationale. Les nombreux experts qui y ont participé se sont accordés à dire que l’Algérie ne court aucun risque si la crise mondiale reste à son stade actuel sans évoluer en crise économique globale. Les réserves de changes en dollars américains en bons du trésor américain sont en sécurité grâce au mode de placement des 45 milliards de dollars choisi par l’Algérie même s’il ne lui rapporte pas grand-chose, a-t-on précisé.Si la crise financière mondiale venait à empirer engendrant une situation de récession, la demande sur l’énergie et le billet vert baisseront et là, l’Algérie sera affectée.
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Genèse de la crise: les crédits hypothécaires
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L’expert financier Abdelkader Beltas estime que la crise est due aux prêts à risques consentis par des banques d’investissements qui ne se conforment pas aux règles de ce genre d’opération. L’octroi de crédits à risques avait eu un important succès au début et contribué à atténuer la problématique de l’accès au logement dans plusieurs pays mais l’avidité des américains a amené les banques à «échanger» des dettes risquées sans garanties contre un nouveau prêt garanti par le fait que si un emprunteur ne pouvait pas rembourser le prêt, la banque avait les moyens légaux de s’approprier le logement du débiteur.
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Les banques d’investissements voulaient ainsi augmenter le profit à n’importe quel prix bafouant les conditions-mêmes du crédit. Les obligations ont été transformées en actions et revendues avec des fausses valeurs.
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L’expert rassure: l’Algérie n’est pas arrivée à ce stade de la dérive pour en subir les fâcheuses conséquences.
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Par ailleurs, l’injection par les gouvernements et les banques centrales de trillions de dollars dans le marché financier pour freiner la crise n’est pas une solution et pourrait même générer d’autres effets néfastes sur l’économie, selon Abdelkader Beltas. Il est important de refonder le système financier mondial où gouvernements et organismes de contrôle combattront la spéculation, ajoute Beltas qui rappelle que la crise n’est pas la première aux États-Unis. Celle qui avait secoué Wall-Street au début des années quatre-vingt avait occasionné des pertes s’élevant à l’époque à plus de 300 milliards de dollars.
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L’Algérie à l’abri, pour l’instant
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L’expert économiste, Abderrahmane Benkhalfa, explique que les conséquences directes de la crise peuvent se traduire par des pertes enregistrées chez les banques et les fonds d’investissements qui traitent avec le marché américain ainsi que chez les investisseurs privés qui interviennent dans des marchés affectés.
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L’Algérie, d’après Benkhalfa n’est pas concernée puisqu’elle n’a pas de rapports avec les marchés financiers mondiaux.
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Le spécialiste indique que la crise a partagé le monde en trois. Les États-Unis, l’Europe et l’Asie forment la partie la plus touchée par la crise et où de nombreuses banques se sont écroulées et endossent la facture des pertes induites.
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Les autres états sont ceux dont l’économie n’est pas totalement ouverte et qui contrôlent le mouvement des capitaux, à l’instar du Chili et la Malaisie.
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Le troisième groupe se compose d’états complètement fermés appliquant la règle du contrôle des réserves, ne disposant pas d’investissements de portefeuilles et pouvant donc éviter la crise, comme l’Algérie. Le remboursement de la dette étrangère a également prémuni l’Algérie d’une éventuelle catastrophe et les conséquences indirectes de la crise pourraient notamment être la perte de la valeur des réserves de changes.
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L’expert Abderrahmane Benkhalfa a soutenu que cette crise mènera à la disparition des banques d’investissements qui laisseront une place de choix aux banques commerciales.
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Où est placé le reste des réserves de changes?
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Le professeur Abderrahmane Mebtoul a souligné que si la crise venait à persister, elle aura des conséquences directes sur l’économie algérienne. Etant donné qu’une grande partie des exportations algériennes est évaluée en dollars, la régression du billet vert se répercutera alors sur les recettes en devises de l’Algérie. L’expert estime qu’une partie des réserves de changes aux États-Unis pourrait s’évaporer alors que rien n’a été dit au sujet du reste des réserves de changes placé dans des banques dites classées (AAA).
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Les banques pointées du doigt
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Le spécialiste des questions économiques, Bachir Mesitfa, a affirmé que les responsables de cette grave crise financière mondiale sont les banques qui ont encouragé les gens à contracter des crédits alors qu’ils n’étaient pas en mesure de rembourser. Les crédits ont été octroyés sans garanties et les liquidités se sont transformées en actifs de logements dont l’injection dans la bourse a fait exploser la situation.
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Le docteur Bachir Mesitfa prédit la fin du phénomène de la mondialisation et avec lui le concept du capitalisme traditionnel sauvage après qu’il ait montré ses limites. La crise née des crédits hypothécaires a accéléré la chute du système.
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Des solutions conjoncturelles…
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Le professeur Aissa Annou, secrétaire général de la fédération des banques et assurances cite l’exemple de la banque Lehman Brothers pour illustrer l’anarchie américaine. Annou poursuit en disant que l’absence de contrôle sur les établissements financiers a généré la crise qui présage de la chute prochaine du système capitaliste.
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Les solutions proposées par l’administration Bush sont conjoncturelles selon l’expert et ne visent qu’à rassurer les bourses mondiales. Le Congrès doit soit, laisser les choses aux marchés et précipiter l’effondrement de l’économie américaine, ou alors intervenir et mettre en place un contrôle rigoureux sur les banques et le marché. Annou a mis en exergue la rumeur et la spéculation qui aggravent la crise actuelle et ajoutera que le système capitaliste mondial s’appuie sur la rumeur et non sur la création d’investissements.
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Les pertes des établissements financiers mondiaux chiffrées à 2mille milliards USD
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Le Fonds Monétaire International a révélé que les pertes des établissements financiers internationaux pourraient atteindre les 945 milliards de dollars en raison de la crise des crédits hypothécaires. Le FMI demande que des mesures immédiates soient prises en vue d’améliorer le contrôle et la gestion des risques, précisant que les pertes dans le domaine du financement de l’immobilier pourraient s’élever à 565 milliards de dollars.
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Alors que la crise s’étend à d’autres secteurs comme celui des assurances, les experts s’attendent à des pertes allant de 1600 à 2000 milliards de dollars. Revenant sur l’intervention des États-Unis, les analystes ont estimé que le FMI agit sur la politique du deux poids, deux mesures, en critiquant l’intervention des pays africains dans l’économie et en bénissant ce genre de démarche lorsqu’il s’agit de l’économie américaine.