La révolte des “baraques” à Chlef: 60 personnes arrêtées et 40 blessées
La grogne a éclaté hier matin parmi les habitants des maisons en préfabriqué à Chlef. La protestation des citoyens a tourné à l'émeute et plusieurs édifices administratifs et publics ont été saccagés.
Des dizaines de personnes ont été blessées, d’autres ont été arrêtées par les forces anti-émeutes et le calme n’est revenu que dans l’après-midi. Cette vague de protestations, première du genre à Chlef depuis l’interruption du processus électoral en 1992, coïncide avec le procès du président de la coordination des cités en préfabriqué, Mohammed Yakoub, poursuivi par le wali pour diffamation. Mohammed Yakoub avait accusé les autorités de wilaya de bloquer l’indemnisation des habitants des baraques en préfabriqué qui demandent l’application du décret présidentiel de décembre 2006 qui prévoit une indemnité de 10 millions de centimes comme aide et le même montant en prêt bancaire.
Dès les premières heures de la journée, la tension était palpable et prédisait que quelque chose allait survenir au regard du grand rassemblement des habitants du préfabriqué devant le tribunal. Ils étaient venus soutenir président de la coordination des cités en préfabriqué et assister à son procès sous un dispositif sécuritaire renforcé. Il n’a pas fallu longtemps pour que la grogne éclate. Les petites escarmouches entre des jeunes et les forces de sécurité se sont transformées en émeutes.
Les gens rassemblés ont commencé à marcher en signe de protestation, à peine se sont-ils éloignés du tribunal, que des actes de vandalisme ont éclaté. Jets de pierres, pneus brûlés, édifices publics saccagés à l’instar de la Banque Extérieure d’Algérie, le siège des douanes et le feu a même été mis dans un camion de la protection civile.
Ce mouvement de protestation ne s’est atténué qu’en début d’après-midi après que les brigades anti-émeutes eurent dispersé les manifestants en ayant recours au gaz lacrymogène. Des dizaines de jeunes qui affrontaient les forces de sécurité ont été interpellés. Les blessés ont été transportés à l’hôpital de Ouled Mohammed. Durant leur mouvement, les émeutiers ont appelé les pouvoirs publics à répondre aux doléances des habitants des logements en préfabriqué et au départ du wali accusé d’être le premier responsable des évènements.
La ville de Chlef a ensuite plongé dans une léthargie inhabituelle. Tous les magasins avaient baissé rideau et la circulation était paralysée. Les automobilistes qui transitent par Chlef avaient été contraints d’emprunter d’autres voies qu’ils ne connaissent pas forcément. Résultats: nombreux ont été attaqués et délestés de leur argent et de leurs téléphones portables.
Les émeutes qui ont ébranlé hier la ville de Chlef sont une conséquence inévitable des souffrances qu’endurent les habitants des logements en préfabriqué depuis 28 ans. Ils attendent d’être indemnisés depuis le séisme de 1980 et refusent l’alternative d’être délogés vers la nouvelle ville actuellement en construction.
L’image de chaos qu’offrait Chlef hier nous rappelle l’état de cette ville au lendemain du tremblement de terre de 1980.A noter enfin que les incidents qui ont eu lieu ont amené au report au 11 mai prochain du procès du président de la coordination des cités en préfabriqué Mohammed Yakoub, poursuivi en justice par le wali de Chlef pour diffamation.