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L’Algérie, cette République coincée dans la gorge de la France

Laala Bechetoula
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L’Algérie, cette République coincée dans la gorge de la France

On croyait que tout était réglé : les adieux du général, les archives poussiéreuses, les discours officiels sur la « réconciliation des mémoires ».
Mais voilà que chaque saison politique en France ramène sa toux sèche : une allergie chronique à l’Algérie.
Les mêmes symptômes, les mêmes démangeaisons verbales, les mêmes politiciens qui toussent des phrases de travers, comme s’ils avaient avalé un noyau d’histoire sans parvenir à l’avaler ni à le recracher.
Oui, décidément, l’Algérie leur est restée dans la gorge.

I. Le mal français : l’indigestion postcoloniale

Bruno Retailleau vient de raviver le feu sacré : selon lui, la France serait « faible face à l’Algérie ».
Faible ! Un mot qui sonne comme une gifle donnée à l’ombre de De Gaulle.
Mais faible de quoi ? De lucidité, sans doute.
Car derrière le vernis du courage verbal, il y a la vieille peur du miroir : celui où l’on voit l’empire nu, sans décor, sans illusions, et surtout sans supériorité.
La France ne digère pas. L’Algérie ne passe pas.
C’est un os d’histoire resté coincé entre le souvenir de la grandeur et la réalité du monde nouveau.

Alors, quand un sénateur s’étouffe à la télévision, il ne faut pas y voir une réaction politique — mais un spasme mémoriel.
Chaque mot sur l’Algérie devient une gorgée d’eau tiède impossible à avaler.

II. « On tend la main » ou la gymnastique diplomatique à sens unique

« Ça fait des années qu’on tend la main », dit-il, avec ce ton de bienfaiteur fatigué qui croit encore distribuer des miettes d’empire.
Mais quelle main ?

Cette main qu’on prétend tendre ou avoir tendue n’est pas celle de la fraternité :
c’est une main sale, jamais lavée, tachée de souvenirs, de discours paternalistes et de promesses qu’on n’a jamais tenues.
Une main qui a serré trop de gorges avant de vouloir serrer des mains.
Une main qui tremble moins de fatigue que de mauvaise conscience.

On la tend, cette main, comme on tend une leçon : en espérant que l’autre s’incline pour la recevoir.
Mais l’Algérie, elle, regarde cette main sans la prendre.
Non par arrogance, mais parce qu’elle sait qu’une main qui n’a jamais été lavée ne peut pas offrir la paix.

Alors la France se fâche : elle ne supporte pas qu’on lui refuse ce geste qu’elle croit noble.
Mais l’Histoire, elle, ne s’écrit pas à coups de poignées de main souillées.
Il faut d’abord se laver — de l’orgueil, du mépris, du complexe du sauveur.
Et là, peut-être, la main redeviendra humaine.

III. Le syndrome de la valise et du cercueil

Ce n’est pas la première crise de hoquet diplomatique.
À chaque fois que l’Algérie parle d’égal à égal, la France éternue :
« Ingrate ! », « Arrogante ! », « Non coopérative ! ».
Ce sont les mêmes mots depuis 1962, recyclés comme les vieux films de guerre qu’on rediffuse pour se souvenir du bon vieux temps où le drapeau tricolore flottait à Bab El Oued.
Le mal est profond : une nostalgie obstinée d’un empire qui croyait avoir civilisé, et qui découvre qu’il n’a fait que coloniser.

On dit souvent que les peuples font la paix quand les mémoires se taisent.
Mais en France, la mémoire crie plus fort que la raison.
Elle vit dans les plateaux télé, dans les débats sur « l’immigration algérienne », dans chaque micro tendu à un polémiste en manque d’oxygène.
Il y a, bien sûr, une France digne, lucide, honnête, celle des professeurs, des écrivains, des travailleurs, des amis sincères de l’Algérie.
Mais hélas, cette France-là n’a pas de chronique à 19 heures sur CNews ou BFM.
Ce sont les autres qu’on entend : les ventriloques du ressentiment, les stratèges de la nostalgie, les vendeurs de rancune à la minute d’antenne.

IV. Le théâtre de l’absurde franco-algérien

Chaque scène se rejoue à l’identique :
Paris accuse, Alger hausse les épaules, et tout recommence.
Les journalistes s’agitent, les diplomates traduisent, les ministres soupirent.
Pendant ce temps, les jeunes des deux rives veulent simplement travailler, voyager, respirer — mais l’Histoire, elle, continue de fumer sa pipe au balcon.

Retailleau, Zemmour, ou un autre, peu importe : ils rejouent tous la même pièce.
Titre : « Comment j’ai perdu l’Algérie et trouvé un électorat ».
Une comédie où l’on confond mémoire et marketing politique.
Les mots y sont graves, mais les intentions souvent légères.
Ils parlent d’« honneur », mais comptent les voix.
Ils évoquent « la grandeur », mais pensent sondages.

V. L’Algérie, ce miroir mal poli

Ce qui dérange vraiment la France, ce n’est pas l’Algérie d’aujourd’hui.
C’est l’Algérie qu’elle voit en elle-même :
le rappel d’un empire brisé, d’une aventure morale finie, d’un peuple qu’on croyait silencieux et qui parle désormais avec assurance.
L’Algérie ne quémande plus.
Elle négocie, elle refuse, elle rit — et parfois, elle ignore.
Et cette indifférence-là, c’est la plus insupportable des blessures.
Car elle prouve que la puissance coloniale n’est plus le centre du monde.

VI. La diplomatie du sourire

Face à la crispation, l’Algérie répond souvent par le silence ou la politesse.
Une ironie calme, presque aristocratique.
Pendant que certains politiques français hurlent à la faiblesse, Alger répond par un sourire d’orfèvre : celui qui sait que la véritable force n’a pas besoin de prouver qu’elle existe.
La diplomatie algérienne, souvent moquée, est en réalité d’une supériorité tranquille : elle laisse parler la France jusqu’à ce qu’elle s’étouffe dans sa propre rhétorique.
La sagesse du désert a cela de particulier : elle ne crie pas, elle attend que la tempête passe.

VII. Une conclusion à boire lentement

Ce n’est pas un conflit, c’est une digestion qui n’a jamais eu lieu.
Une bouchée d’histoire coincée entre le palais et la mémoire.
Et chaque fois qu’un politicien français prononce le mot « Algérie », on dirait qu’il ravale un secret amer.
Peut-être faudrait-il simplement un bon verre d’eau.
Ou mieux : un thé à la menthe, partagé à Alger, dans un café tranquille, sans micros, sans caméras.

Là, peut-être, la France comprendrait que l’Algérie n’est pas un souvenir coincé dans la gorge —
mais un pays debout, entier, respirant, libre.
Et qu’il suffit d’avaler sa fierté pour commencer à dialoguer.

> Moralité :
L’Algérie n’est pas le problème de la France.
Elle en est la vérité refoulée.
Et tant que Paris cherchera à la tousser,
elle lui restera dans la gorge.

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