Libye: les rebelles prennent le QG de Kadhafi qui reste introuvable
Les rebelles libyens ont pris mardi le contrôle du quartier-général de Mouammar Kadhafi à Tripoli, portant un coup de massue au régime libyen déjà chancelant, mais le sort du dirigeant libyen restait encore inconnu.
« Les rebelles ont défoncé les murailles en béton de l’enceinte et ont pénétré dedans. Ils ont pris Bab al-Aziziya (QG de Kadhafi), entièrement, c’est fini », a indiqué le correspondant de l’AFP qui se trouvait à l’intérieur du QG avec les rebelles. A l’intérieur du complexe, d’une superficie de plusieurs centaines de mètres et composé de plusieurs bâtiments les rebelles au nombre de quelques centaines, se sont emparés de nombreuses armes qu’ils ont trouvé dans un des bâtiments. « Ils ont pris des stocks de munitions, des fusils mitrailleurs des pistolets », a indiqué le correspondant. Des images diffusées par Al-Jazira montrait un jeune rebelle juché sur une sculpture représentant un poing empoignant un avion (symbole des attaques aériennes américaines sur le complexe en 1986) tâchant de détruire ce symbole. Un autre montrait fièrement un fusil qui semblait être en plaqué or. Plusieurs corps jonchaient le sol dans l’enceinte de la résidence du leader libyen, apparemment des soldats pro-Kadhafi, a indiqué le correspondant faisant état également de nombreux blessés. On ignorait mardi en début de soirée la situation du dirigeant libyen et de ses proches. Dans la nuit, un de ses fils, Seif al-Islam, avait indiqué que son père était toujours dans la capitale. « Bab al-Aziziya est entièrement sous notre contrôle, le colonel Kadhafi et ses fils n’étaient pas sur place », a indiqué le colonel Ahmed Omar Bani, porte-parole militaire de la rébellion, qui s’exprimait depuis Benghazi. Les rebelles, entrés samedi soir à Tripoli, ont décidé en milieu d’après-midi de lancer l’assaut contre la résidence de Kadhafi après avoir reçu le renfort de combattants venus de l’enclave de Misrata qui les ont aidés à s’attaquer au fief du dirigeant libyen. A Benghazi (est), fief des rebelles, le colonel Ahmed Omar Bani avait peu auparavant indiqué que « les forces assiégeaient Bab al-Aziziya » et qu’une « violente bataille s’y déroulait ». Selon eux quelque 2.000 combattants sont actuellement dans la capitale qu’ils contrôlent à 80%. Depuis leur arrivée dans la capitale, les rebelles avaient déclaré que l’ère Kadhafi était révolue. De très nombreuses capitales occidentales avaient également à tour de rôle jugé très proche la fin du régime de Mouammar Kadhafi. Mais l’euphorie des premières heures et l’espoir d’une chute éclair du pouvoir, était retombée. Des hommes sous-armés et sous-entraînés tenaient plusieurs barrages à travers la capitale, en espérant des renforts après être entrés dans la capitale pratiquement sans résistance de la part des pro-Kadhafi. Les rebelles avaient également subi un revers quand dans la nuit de mardi un des fils de Kadhafi Seif Al-Islam qui avait été donné comme prisonnier par les rebelles s’était présenté devant quelques journalistes à Tripoli, fanfaronnant et indiquant que son père était toujours dans la capitale. Le Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion, avait annoncé l’arrestation dimanche de Seif al-Islam, influent fils de Mouammar Kadhafi. « Je suis là pour démentir les mensonges », a déclaré Seif al-Islam, tout sourire, à des journalistes emmenés à bord d’une voiture blindée à Bab Al-Aziziya. « Kadhafi et toute la famille sont à Tripoli », a-t-il dit un peu plus tard à l’hôtel Rixos, sans préciser de lieu exact. Seif al-Islam est visé comme son père par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des crimes contre l’humanité commis depuis le 15 février, date à laquelle a éclaté la rébellion qui s’est ensuite transformée en conflit armé. Un autre fils de Mouammar Kadhafi, Mohamed, dont la rébellion avait également annoncé la détention lundi, s’est échappé, a indiqué un haut responsable des rebelles à Benghazi. Sur le plan international, le président français Nicolas Sarkozy, à l’issue d’une conversation téléphonique avec Barack Obama ont indiqué qu’ils allaient « poursuivre leur effort militaire » jusqu’à ce que « Kadhafi et son clan » déposent les armes, a affirmé mardi. Parallèlement, les rebelles enfonçant le front de l’Est, avançaient vers le port pétrolier de Ras Lanouf, en direction de Syrte, ville d’origine de M. Kadhafi, a indiqué la rébellion. « Nos combattants ont avancé de plus de 40 kilomètres au-delà de Brega. Nous avons dépassé la localité de Bishr, nous serons ce soir à Ras Lanouf ». Située à environ 240 km au sud-ouest de Benghazi, fief des rebelles, la cité pétrolière de Brega marquait jusqu’à présent le front Est du conflit. Le Conseil national de transition (CNT) en Libye, organe politique de la rébellion, a affirmé mardi contrôler 80% de Tripoli, dans un entretien avec le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, a déclaré cette dernière dans une conférence de presse.