L'Otan veut rassurer la Géorgie sans trop énerver la Russie
L'Otan va se livrer à un exercice d'équilibriste en envoyant lundi à Tbilissi une grande délégation afficher sa solidarité avec la Géorgie sans avoir l'air de chercher une confrontation militaire avec la Russie.
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Le Conseil de l’Atlantique-Nord regroupant les ambassadeurs des 26 pays alliés, avec à sa tête le secrétaire général de l’Otan Jaap de Hoop Scheffer, tiendra lundi dans la capitale géorgienne la réunion inaugurale de la commission Otan-Géorgie créée dans la foulée du conflit russo-géorgien en août.
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Même si la visite en Géorgie des Occidentaux – similaire à celle qu’ils ont effectuée en juin en Ukraine – était prévue de longue date, le fait qu’elle intervienne un mois après la brève guerre russo-géorgienne lui donne une tout autre dimension.
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La Russie ne s’y est pas trompée. Elle a exprimé son mécontentement via son ambassadeur auprès de l’Otan Dmitri Rogozine, qui a appelé mercredi l’Alliance atlantique à annuler une visite susceptible selon lui d’être “interprétée par (le président géorgien Mikheïl) Saakachvili comme un soutien politique et militaire total”.
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Le programme des ambassadeurs de l’Otan semble cependant bien pesé pour éviter au maximum une telle interprétation.
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Au deuxième et dernier jour de sa visite, mardi, la délégation doit notamment se rendre à Gori, ville géorgienne proche du territoire sécessionniste d’Ossétie du sud, dont les troupes russes doivent quitter les abords d’ici au 10 octobre aux termes de l’accord du 8 septembre entre l’Union européenne et la Russie.
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Il s’agit de marquer l’appui de l’Otan à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de la Géorgie, mais pas à n’importe quel prix.
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Pas question notamment de parler d’aide militaire massive lors de la réunion de la commission Otan-Géorgie.
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Au plus fort de la crise, la Géorgie, appuyée par Washington, avait déjà réclamé sans succès à l’Otan le déploiement chez elle d’avions Awacs de surveillance aérienne, ainsi que de navires de guerre près de ses côtes. “L’Otan se refuse à envoyer à la Russie le moindre message d’action militaire” potentiellement menaçante pour elle, a résumé un diplomate. “Il est certain que l’Alliance ne souhaite pas revenir à un scénario de Guerre froide”, a déclaré samedi l’amiral italien Giampaolo Di Paola, après une réunion à Sofia du Comité militaire des chefs d’état-major de l’Otan qui a “examiné les implications stratégiques” du conflit géorgien.
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L’Allemagne, la France et la Belgique, qui s’étaient opposés au sommet de l’Otan à Bucarest début avril à ce que la Géorgie accède au “Plan en vue de l’adhésion” (MAP, selon l’acronyme anglais) qui lui aurait donné le statut formel de candidat, n’ont en tous cas pas changé d’avis après ce conflit. L’alliance, estiment-ils toujours, ne peut se permettre d’accorder une clause automatique de soutien militaire –via l’article 5 du traité de Washington fondant l’Otan– à des pays comme la Géorgie et l’Ukraine dont les divisions internes offrent à Moscou de larges possibilités d’ingérence.
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La question du MAP doit être réexaminée en décembre par les chefs de la diplomatie de l’Otan. Les pays les plus favorables à une adhésion de la Géorgie (Etats-Unis, Pologne et Baltes) affirmaient à Bucarest que l’octroi du MAP à Tbilissi dissuaderait Moscou de toute intervention militaire.
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Le président russe Dmitri Medvedev a tenu à les contredire en affirmant vendredi que la Russie aurait agi contre la Géorgie même si celle-ci avait déjà obtenu le MAP.
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A ce stade en tout cas, un diplomate de l’Otan “ne voit pas d’accélération dans l’octroi du MAP” à la Géorgie.
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“Rien n’est joué. Cela dépendra aussi de la manière dont la Russie respectera ses engagements du 8 septembre, notamment vis-à-vis des observateurs que l’UE doit envoyer en Géorgie”, a-t-il estimé.
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L’UE doit approuver formellement lundi le départ de 200 observateurs en Géorgie d’ici au 1er octobre.