Mais quelle est donc la « nature » du Parti socialiste français ?
Le site oumma.com vient de publier une Lettre ouverte à Martine Aubry, secrétaire nationale du Parti socialiste français, écrite par Lahouari Addi, professeur de Science Po à Lyon d'origine algérienne. Oumma.com précise que «cet article a été envoyé au journal de gauche Libération qui a refusé de le publier ».
- Décidément, oumma.com ne manque pas d’humour : si Libération est un « journal de gauche », alors Le Figaro est un journal d’extrême-gauche ! Dans sa lettre, un tantinet pompeuse, assez dans le style de la langue de bois franco-algérienne, Lahouari Addi fait une série de remarques qui méritent des réponses :
1 – Il commence en exprimant sa « colère en raison des positions contre-nature du PS face au carnage que commet l’armée israélienne à Gaza ». Contre-nature ? Quelle nature ? Celle du PS ? Addi semble oublier que le PS français –tout comme le FFS algérien d’Aït Ahmed*, dont Lahouari Addi a été proche – est membre de l’Internationale socialiste, qui fut longtemps présidée par Pierre Mauroy, le prédécesseur de Martine Aubry à la mairie de Lille. Et que cette Internationale compte parmi ses membres de plein droit un certain parti Avoda, qui n’est autre que le parti « travailliste » israélien, dont le chef est le général Ehud Barak. Et ce même Ehud Barak, en tant que ministre de la Défense, est le responsable politique et opérationnel n°1 de l’Opération Plomb Jeté actuellement en cours à Gaza. Pourquoi le PS français condamnerait-il une opération menée par son parti frère ? Au contraire, l’Internationale socialiste et ses partis membres devraient remplacer la rose par le missile dans le poing.
- 2 ° – L’auteur de la lettre rappelle ensuite le rôle historique des socialistes français dans le déclenchement de la Guerre d’Algérie et a une drôle de phrase : « Durant la guerre d’Algérie, le FLN non plus ne partageait pas les valeurs de la SFIO et était accusé d’être anti-français. L’histoire a montré que, puisque les colons leur refusaient la citoyenneté française, les « indigènes » ont cherché à être des citoyens d’un État indépendant. » Donc, si l’on comprend bien, à en croire Frère Addi, si Madame la France leur avait accordé la citoyenneté, les Algériens n’auraient pas eu besoin de se battre pour leur indépendance et seraient aujourd’hui d’heureux citoyens français, tout comme lui (Addi, l’auteur de la lettre).
3° – Si Lahouari se lance ensuite dans une proposition pour le moins bizarre : il explique qu’il est convaincu que « « Martine » (il appelle tous ces gens-là par leur prénom, à croire qu’il est leur intime, mais c’est sans doute sous l’effet de mode lancé au congrès de Reims) réprouve « dans son for intérieur » à la fois l’héritage colonial du parti socialiste et les crimes israéliens à Gaza mais qu’elle est « gênée » dans son expression par « Laurent et Dominique », autrement dit Fabius et Strauss-Kahn. Il lui conseille donc de se débarrasser d’eux. Et ainsi, par un coup de baguette magique, le PS deviendra ce « grand parti », qui, selon Addi, est le seul à pouvoir porter « l’humanisme français, celui de 1789 » (pas celui de 1792, bien sûr) et donc à pouvoir « condamner les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement d’Israël ».
Traduction : il suffira que Martine se débarrasse des deux principaux sionistes juifs du PS pour devenir un parti sinon antisioniste du moins critique d’Israël. Et c’est là que Monsieur le Professeur Lahouari Addi se fourre le doigt dans l’œil jusqu’à l’épaule. Il n’a pas compris la nature profonde et historique d’Israël, pur-produit de la social-démocratie européenne. Il a oublié que les pères fondateurs d’Israël étaient des gens de gauche, socialistes, laïcs et même athées (Ben Gourion et Golda Meïr), qui n’avaient jamais mis les pieds dans une synagogue. Et que ces gens étaient du même acabit que les républicains barbus français de 1848 qui, déportés par Napoléon III en Algérie, devinrent des colons exemplaires une fois libérés du bagne de Lambèse et se permirent même de proclamer une Commune d’Alger en 1870 (en même temps que la Commune de Paris), mais une Commune d’un genre un peu particulier : elle était interdite aux Musulmans et aux…Juifs.
Pour que le parti socialiste français rompe avec le sionisme, il ne suffira pas qu’il se débarrasse de tous ses responsables à double passeport (français et israélien) – car il n’y a pas que « Laurent et Dominique » -, il faudra aussi qu’il se débarrasse de toute son histoire, jalonnée pendant plus d’un siècle de crimes coloniaux, de l’Indochine au Cameroun, en passant par Madagascar et la Nouvelle-Calédonie. Et ce n’est pas parce qu’ils étaient juifs que les sionistes ont été accueillis dans la grande famille socialiste, mais parce qu’ils étaient colonialistes.
En semblant croire que Martine Aubry, n’étant pas juive, n’a donc pas de raisons de se taire sur les crimes d’Israël, Lahouari Addi tombe dans le panneau des sionistes, qui ont établi toute leur stratégie sur l’équation entre judaïsme et sionisme. Or, les pires sionistes n’ont jamais été juifs que par convenance. Les juifs authentiques, ceux de la Torah ont, depuis 1897, clairement dénoncé l’idée même – et à plus forte raison l’existence – d’un État juif comme une hérésie. Et comble de l’ironie, ces mêmes sionistes ne vont pas rater l’auteur de cette lettre et s’empresseront de le dénoncer comme « antisémite ». Il l’aura bien cherché, malheureusement.
* Ce même Aït Ahmed qui emboîta le pas à la délégation israélienne, lorsque celle-ci quitta la réunion de l’Internationale socialiste où le Fatah de Yasser Arafat avait été invité pour y devenir membre observateur, pour protester contre cette invitation