Moscou promet d'amorcer le retrait de son armée de Géorgie
La Russie respectera-t-elle ses engagements? Malgré l'accord, chars et soldats russes étaient toujours en Géorgie dimanche, où ils “consolidaient” leurs positions non loin de la capitale, Tbilissi, selon le gouvernement géorgien. Dans une allocution télévisée lundi, le président Mikheïl Saakachvili, a toutefois appelé le Kremlin à “penser à de nouvelles façons de gérer les relations” afin de ne pas, à l'avenir “semer la discorde pour les générations futures entre nos deux pays”. Les Occidentaux, qui ont les yeux rivés sur un retrait russe qui tarde à venir, ont, eux haussé le ton à l'égard de Moscou.
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M. Sarkozy a mis en garde le Kremlin, indiquant que le non-respect de l’accord conclu entre Moscou et Tbilissi grâce à son entremise aurait des “conséquences graves” pour la relation Russie-Union européenne (UE). Dans une tribune parue lundi dans Le Figaro, le président français précise que le retrait “doit être effectué sans délai”, sans quoi il convoquera en session extraordinaire le Conseil européen.
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“Il y a un cessez-le-feu, et la Russie, pour le moment, ne respecte pas ses engagements”, a déploré, dimanche, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice. Avant sa rencontre, mardi à Bruxelles, avec ses homologues de l’OTAN et de l’UE, elle a clairement laissé entendre que Moscou allait devoir payer le prix de son action militaire en Géorgie. “Faire usage de force disproportionnée et être ensuite le bienvenu dans les cercles des institutions internationales. Cela ne se passera pas comme ça”, a mis en garde MmeRice. “La Russie paiera un prix. Nous examinerons avec nos alliés et de façon bilatérale les conséquences des actions de la Russie, par rapport à son intégration dans les institutions”, a-t-elle promis.
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“LA GÉORGIE SERA MEMBRE DE L’OTAN, SI ELLE LE VEUT”
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Selon la chef de la diplomatie américaine, l’intervention militaire russe en Géorgie a ruiné la réputation internationale de Moscou, désormais “en lambeaux”. Par ailleurs, en intervenant militairement en Géorgie, la Russie n’a fait que “renforcer la détermination” de ses voisins à chercher la protection des Etats-Unis, a souligné MmeRice, citant l’accord donné, jeudi, par la Pologne à l’installation d’éléments du bouclier antimissile américain sur son territoire alors que les négociations avaient du mal à se conclure avant l’assaut russe.
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Arrivée dimanche à Tbilissi, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré pour sa part que le retrait des forces russes était une question de “crédibilité”. Elle a aussi admis que la Géorgie rejoindrait un jour l’Alliance atlantique, une déclaration pour le moins surprenante venant de l’Allemagne, qui s’était opposée lors du sommet de l’OTAN en avril à Bucarest à ce que la Géorgie et l’Ukraine reçoivent le statut de candidat officiel qu’ils réclamaient. La question de leur accès au statut de candidat officiel à l’adhésion doit être réexaminée en décembre par les 26 pays membres de l’OTAN.
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“La Géorgie sera membre de l’OTAN, si elle le veut, et c’est ce qu’elle veut”, a déclaré MmeMerkel avant ses entretiens avec le président géorgien, Mikheïl Saakachvili. Ce dernier a demandé que le retrait russe débute immédiatement et qu’il soit supervisé, de même que le cessez-le-feu, par l’UE ou l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
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Sur le terrain, contrairement aux assurances du Kremlin, les forces russes ont poursuivi, samedi et dimanche, leur incursion en territoire géorgien. Des villages géorgiens situés le long de la ligne de démarcation entre la Géorgie et la région séparatiste d’Abkhazie ont été pris par l’armée russe et ses supplétifs abkhazes. Les forces russes contrôlent également le port commercial et pétrolier de Poti, ainsi que la ville de Zougdidi, unique porte d’entrée en Abkhazie. Les organisations humanitaires présentes dans la ville doivent désormais demander l’autorisation des Russes pour secourir la population.
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Dimanche, la police géorgienne était toujours interdite d’entrée à Gori, et les forces russes y étaient toujours positionnées. “Quand j’aurai un coup de fil personnel du président [Medvedev], j’ordonnerai le retrait”, a expliqué le général russe Borissov, commandant du secteur de Gori, au correspondant de Radio Svoboda. Par ailleurs, les soldats russes ont établi, dimanche, des postes de contrôle avec des blindés sur la route reliant Gori au village d’Igoïeti.
- TBILISSI À PORTÉE DE TIRS
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Selon Viktor Baranets, un officier russe retraité qui publie des commentaires dans Komsomoloskaïa Pravda, “l’incursion en profondeur de nos unités vise à détruire le plus possible l’infrastructure militaire géorgienne de façon à ce que toute réhabilitation soit impossible”. Le bombardement, samedi, d’un pont ferroviaire (sur la rivière Mtkvari) de la ligne de chemin de fer qui relie la Géorgie à l’Arménie, ainsi que l’occupation par les “Forces russes de maintien de la paix” de la centrale hydroélectrique sur l’Ingouri (le fleuve qui sépare Géorgie et Abkhazie) indiquent plutôt que la Russie veut vandaliser l’économie géorgienne.
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S’il a bien lieu lundi, le retrait des forces russes se fera vers l’Ossétie du Sud, la région séparatiste géorgienne où le conflit a éclaté, et non vers la Russie. Il semble que Moscou mise sur une présence militaire russe à long terme en Ossétie. Selon le New York Times, des rampes de lancement de missiles tactiques SS-21 ont été installées au nord de Tskhinvali, la “capitale” sud-ossète, mettant Tbilissi à portée de tirs, et Moscou s’apprêterait à déployer des troupes d’élite en Ossétie.
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Une incertitude demeure. Selon l’accord signé, Moscou s’est engagé à retirer ses troupes régulières, mais qu’adviendra-t-il des bataillons de “volontaires” ossètes, cosaques, tchétchènes engagés sur le terrain? Formellement, ceux-ci ne sont pas incorporés à la 58earmée déployée en Géorgie. Croisés par des journalistes occidentaux dans la région de Gori, ces supplétifs portent des brassards blancs. Principaux auteurs des exactions commises contre la population géorgienne ces derniers jours (incendies, pillages, assassinats) dans les villages géorgiens attenants à l’Ossétie du Sud et à l’Abkhazie, ils agissent avec l’approbation tacite de l’armée russe. Parmi eux se trouve le bataillon Vostok de Sulim Iamadaïev, réputé incontrôlable et responsable de nombreuses exactions contre les civils en Tchétchénie.