Scandale du lait frelaté en Chine: le point, un mois après
Un mois après l'apparition du scandale du lait frelaté en Chine le 11 septembre, voici ce que l'on sait, mais aussi les zones d'ombres, de cette affaire de contamination de nourrissons qui, partie d'une province rurale chinoise, a gagné toute la planète.
-
-
BILAN:
-
Officiellement, quatre nourrissons sont morts en Chine après avoir bu du lait en poudre maternisé frelaté à la mélamine. Au total, 10.666 enfants restent hospitalisés, sur un total de 46.810 ayant dû faire un séjour hospitalier.
-
-
VICTIMES:
-
Les bébés sont morts de défaillance rénale. Si la substance toxique a été décelée ensuite dans du lait classique, des glaces ou des bonbons, seul le lait en poudre frelaté a été mortel: les concentrations de mélamine y étaient particulièrement élevées, les nourrissons, aux organismes fragiles, étaient exclusivement dépendants de cet aliment.
-
-
LA SUBSTANCE TOXIQUE:
-
Inconnu du grand public, le mot “mélamine” a fait une entrée en force dans les foyers, de la Nouvelle-Zélande à la Belgique, en passant par Singapour et le Congo, parmi les dizaines de pays à avoir retiré les produits laitiers chinois de la vente.
-
Entrant dans la fabrication de résines synthétiques et de plastique, la mélamine provoque des calculs rénaux, voire le blocage des fonctions rénales.
-
-
LA FRAUDE:
-
La mélamine, fortement azotée, “mime” une bonne teneur en protéine quand elle est ajoutée à du lait “mouillé” frauduleusement pour augmenter les volumes.
-
Très peu d’explications ont été fournies mais, selon les experts, la contamination a soit eu lieu dans les milliers de centres de collecte de lait, soit chez les intermédiaires livrant le lait des petits élevages aux grandes laiteries.
-
Dans tous les cas, vu l’échelle du scandale, les mêmes experts évoquent des “réseaux clandestins bien organisés”, voire une “mafia de la mélamine”, qui profite des failles du système de sécurité alimentaire.
-
L’intention n’était pas de tuer, mais d’augmenter les volumes de lait et, partant les gains financiers.
-
-
LES PRODUITS FRELATES:
-
Après le lait en poudre Sanlu, la mélamine a été détectée dans le lait classique de 22 compagnies laitières de Chine (y compris les mastodontes Mengniu, Yili et Bright Dairy: 70% du marché).
-
A l’étranger, la mélamine chinoise a été décelée sur tous les continents dans des crèmes glacées, boissons lactées, biscuits, bonbons, thé au lait, cacahouètes au fromage, et a touché de grandes marques: chocolats Cadbury, barres Snickers (Mars), M&M’s ou Kit&Kat (Nestlé).
-
-
LES COUPABLES:
-
En dehors de 42 arrestations de trafiquants de mélamine, dans les régions laitières du Nord: Hebei et Mongolie intérieure, le scandale a fait tomber des têtes:
-
Limogeage de Li Changjiang, directeur de l’AQSIQ (l’Administration chinoise chargée du contrôle de qualité), de la présidente du groupe Sanlu, Tian Wenhua, également arrêtée, du secrétaire du Parti communiste et du maire de Shijiazhuang, siège de Sanlu, capitale du Hebei.
-
-
PEKIN REAGIT:
-
Le scandale “a montré que le marché des produits laitiers est totalement désorganisé et que le système de supervision présente des failles”, a admis le gouvernement.
-
Des centaines de tonnes de lait ont été détruites, des produits retirés de la vente, des bataillons d’inspecteurs envoyés dans les provinces.
-
Fin septembre, Pékin rassure les diplomates sur l’innocuité depuis le 14 septembre des produits laitiers chinois. Mais à l’étranger, on continue de s’inquiéter: les retraits se poursuivent.
-
-
PEKIN CENSURE:
-
Les témoignages se sont accumulés sur les pressions exercées par les autorités pour que la presse, alertée depuis plusieurs mois, se taise, surtout avant les jeux Olympiques d’août qui ne devaient pas être ternis par de mauvaises nouvelles.
-
Pages de blog évanouies dans le cyberespace, vidéos mettant en cause Sanlu effacées et pressions sur les rédactions ont été dénoncées par des journalistes en Chine et des organisations de défense de droits de l’Homme.